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Vincent Montagne s’exprime sur le rapport Racine

Vincent Montagne aux voeux 2020 du SNE - Photo FABRICE PIAULT

Vincent Montagne s’exprime sur le rapport Racine

Le président du Syndicat national de l'édition a accordé un entretien aux Echos mardi 4 février dans lequel il souhaite la revalorisation du statut de l’ensemble des professionnels du livre.
 

Par Alexiane Guchereau,
avec Les Echos,
Créé le 05.02.2020 à 12h43,
Mis à jour le 05.02.2020 à 13h13

Vincent Montagne, président du Syndicat national du Syndicat National de l’édition, a réagi au cours d’un entretien accordé au quotidien Les Echos, paru aujourd'hui, à la publication du rapport Racine, le 23 janvier dernier. Si le rapport a été salué par les auteurs, il a été davantage décrié dans le milieu de l’édition. Le SNE a réagit le 30 janvier en demandant une étude d'impact complémentaire au rapport.
 
Si au nom des éditeurs, "qui ont par nature une relation très forte avec les auteurs", Vincent Montagne a salué "l’espoir" que la publication du rapport a pu susciter pour eux, il a par ailleurs "regretté" que le rapport ne prenne pas en compte les préoccupations de l’ensemble de la filière. "Notre constat, c'est qu'il y a certes une paupérisation des auteurs, mais aussi des éditeurs et des libraires" affirme-t-il.

"En 140 pages, il ne mentionne pas du tout le mot lecteur, ni acheteur de livres, ni consommateur" déplore-t-il avant de rappeler que "c'est un oubli important, car nos métiers forment une chaîne dont tous les maillons sont fragiles et interdépendants." S'il reconnaît que "Le rapport présente aussi l'avantage de poser sur la table des questions lourdes, communes à beaucoup d'autres industries culturelles et créatives, sur la complexité de nos métiers", il regrette "qu'il ne prenne pas en compte l'ensemble de la filière, c'est-à-dire l'auteur, l'éditeur, le diffuseur, le libraire, le bibliothécaire et le lecteur."

L'ensemble de la filière fragilisée
 
Le président du SNE reconnaît certes "une paupérisation des auteurs mais aussi des éditeurs et des libraires" et met en avant la fragilité du secteur de l’édition en s’appuyant sur les chiffres du syndicat. Sur les 720 éditeurs que représente le SNE, "près de la moitié de ses adhérents fait moins de 350000 euros de chiffre d'affaires par an" justifie Vincent Montagne, qui précise que 17% des revenus des éditeurs sont reversés aux auteurs. "En réalité, le bénéfice d'une maison d'édition qui marche bien, c'est 3 % !" précise-t-il dans un contexte où le chiffre d'affaires de l'édition a baissé de 4,4%.

Il alerte aussi sur la répartition de la valeur entre les différents acteurs, qui est une valeur "fluctuante". Certains secteurs sont dynamiques quand d'autres baissent ou disparaissent. "La solution à apporter est différente à chaque fois" explique le président du SNE: "Je vois, j'entends aujourd'hui des gens, qui s'étonnent que les libraires puissent avoir 35 à 40 % du prix d'un livre et qui disent pourquoi on ne leur enlèverait pas 10 % ? Mais ce n'est pas si simple. Avec moins de 1 % de marge, on ne peut pas dire que libraire soit un métier lucratif…"

Pour trouver une solution, il réaffirme la position du Syndicat national de l'édition, celle de réaliser une étude d’impact sur l’ensemble de la filière du livre: "les conséquences économiques de ce rapport" ne font "à ce stade, l'objet d'aucune mesure chiffrée".

Une économie menacée

Vincent Montagne pense ainsi qu'il est impossible de promettre aux auteurs un minimum de 10%, arguant que cela "reviendrait à amoindrir la production éditoriale et donc à publier beaucoup moins d'ouvrages". "C'est l'économie de notre système qui repose sur le succès ou pas, d'une oeuvre et qui fait que  tous les auteurs ne sont pas rémunérés au même niveau. Et tous les auteurs qui percent sont payés au-delà de 10 % du prix public" poursuit-il. … Il invite par ailleurs "tous les auteurs à être très précautionneux quand ils affirment haut et fort vouloir vivre de leur métier. Ce n'est pas possible pour tous et ils le savent."
 
Interrogé sur le déclenchement de la crise des auteurs, Vincent Montagne pointe la responsabilité du gouvernement. "L’État, et notamment le ministère en charge des Affaires sociales, a une grande part de responsabilité dans la colère qui s'exprime chez les auteurs". Le président du SNE affirme par ailleurs que "la hausse de la CSG, son incapacité à régler certains problèmes comme celui de l’Agessa, ou encore les réformes sociales, fiscales, conduites sans concertation" ont contribué à fragiliser les auteurs. "Nous pouvons comprendre que l'Etat ait du mal à trouver une solution car il serait probablement délicat d'ouvrir un débat sur la question d'un statut d'intermittent du spectacle pour les auteurs…" selon lui.
 
"Conscient qu’il faut trouver des réponses aux inquiétudes des auteurs ", Vincent Montagne insiste sur le caractère essentiel de la prise en compte de chaque secteur éditorial.
 
 

Commentaires (1)

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s

Susan

il y a 7 mois à 14 h 46

Toujours est-il que le rapport Racine ne concerne pas spécifiquement le secteur du livre - mais TOU.TES ARTISTES-AUTEUR.ES. Même dans le secteur de l'édition il y a d'autres auteur.es en plus que les écrivains : photographes, illustrateurs... Certes chaque secteur de l'économie de la création originale doit adresser leur fonctionnement dans l'ensemble. Mr Montagne remarque sur les lacunes, envers tous auteurs, de l'AGESSA ainsi que de l'administration de la sécurité sociale - les deux en illégalité depuis les années soixante-dix envers les artistes-auteurs. Par contre le rapport Racine n'avez pas vocation d'adresser "lecteur, ni acheteur de livres, ni consommateur..." Faut apprendre à considérer le statut d'artiste-auteur dans sa globalité, et non pas persister à tenter de les diviser pour mieux controller. La France a besoin de Make sa Culture Great Again... toute sa culture. Cela commence avec les créateurs eux-elles-mêmes.


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