Le palais Brongniart a accueilli jeudi soir la soirée inaugurale des Grandes Rencontres d'Hachette, festival littéraire organisé du 13 au 15 mars pour marquer le bicentenaire du groupe, devant quelque 400 personnalités du monde du livre (Vincent Montagne, président du SNE, Marion Glénat, Gilles Haéri directeur général d'Albin Michel qui représentaient les maisons partenaire du groupe, invitées à l'événement), mais aussi du monde politique (Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella ou Marion Maréchal publiés chez Fayard).
L'écrivain Boualem Sansal, libéré le 18 novembre dernier après plus d'un an de détention en Algérie, a pris la parole pour annoncer son départ de Gallimard et son ralliement au groupe Hachette, tout en livrant un témoignage personnel sur l'épreuve carcérale.
« J'ai changé, je ne suis plus Boualem Sansal »
L'auteur du Village de l'Allemand a confirmé mettre fin à une relation éditoriale de plus de deux décennies avec la maison dirigée par Antoine Gallimard. « J'étais dans une grande maison, la maison Gallimard, c'était très bien, mais ça, c'était avant la prison », a-t-il confié en précisant qu’il n’avait « que des amis dans cette maison ». Mais la détention a changé la donne. « Moi, j'ai changé. Je ne suis plus Boualem Sansal. » Rester chez Gallimard, explique-t-il, « c'était pour moi accepter de rester otage de quelque chose dont je veux me libérer. »
L'écrivain précise n'avoir pas activement cherché un nouvel éditeur : « Je connais à peu près tous les éditeurs de Paris. J'ai proposé quelques textes. » C'est la perspective d'une rencontre avec Arnaud Lagardère qui a fait basculer sa décision. « On me parle d’Arnaud Lagardère et je me suis dit peut-être que là je vais trouver mon petit bonheur, peut-être que là je vais trouver un chemin », raconte l’Immortel.
Un témoignage sur la détention
Boualem Sansal, déchu de sa nationalité algérienne, a décrit les effets physiques et psychologiques de sa détention. « Je suis rentré en prison en bonne santé. Je suis sorti avec 36 000 maladies, un cancer, un truc machin… » L’octogénaire a insisté sur la persistance du traumatisme : « La prison me poursuit. Elle vous poursuit toute la vie. » Décrivant une désorientation profonde, il a confié regarder son auditoire « soit comme un otage, comme moi, soit comme un gardien. »
Se définissant comme « otage du président de la République, Monsieur Tebboune » plutôt que prisonnier de l'État algérien, il a évoqué la dimension géopolitique de son cas, refusant d'être instrumentalisé dans les tensions franco-algériennes. Il a par ailleurs mentionné la situation du journaliste Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie, soulignant que tout le monde le met en garde sur ses propos qui peuvent « être utilisés contre lui. »
« Je connais à peu près tous les éditeurs de Paris », a rappelé Boualem Sansal- Photo HACHETTEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L'auteur a annoncé un livre en cours, consacré à cette expérience : « Je vais raconter tout ça parce que ça pose beaucoup de problèmes évidemment psychologiques, philosophiques. » Il rédige par ailleurs une réflexion sur la démocratie pour les éditions du Cerf. Son nouvel éditeur, Olivier Nora, n’a pas souhaité faire de commentaire sur cette recrue ni indiqué un calendrier éditorial pour la première parution de l’auteur dans la maison qu’il dirige. « Personne ne m’impose jamais rien », a-t-il seulement confié à Livres Hebdo. Lors d’une conférence de presse vendredi matin, Arnaud Lagardère a insisté sur le fait que l’auteur seul avait choisi la maison dans laquelle il souhaitait être édité au sein du groupe.
La manifestation d'un groupe en forme
La soirée a également été marquée par les discours de Jean-Christophe Thiéry, directeur général délégué d'Hachette Livre, et d'Arnaud Lagardère, président du groupe. Tous deux ont dressé un panorama d'un groupe fort de près de 8 000 collaborateurs, présent dans plus de 70 pays et classé troisième éditeur mondial.
Le numérique représente désormais près de 30 % du chiffre d'affaires de la maison. Avec 55 000 livres en stock et plus de 60 marques ainsi que la présence d’éditeurs tiers distribués par Hachette (Albin Michel, Glénat, Bayard…), les Grandes Rencontres sont l’occasion de mettre en lumière les réussites françaises et internationales du leader français.
Jean-Christophe Thiéry a invité le public à revenir « d'ici dimanche avec vos amis, vos familles pour rencontrer tous nos formidables auteurs, nos éditeurs, nos partenaires », décrivant « un programme d'une centaine d'événements » comprenant séances de dédicaces, conférences et lectures. L'événement s'accompagne d'une exposition retraçant les 200 ans de la maison. Boualem Sansal, « à l'étranger ce week-end », selon ses précisions, ne doit pas participer à l'évènement, tout comme Guillaume Musso, auteur phare de Calmann-Levy, excusé, et que le public pourra retrouver au Festival du livre de Paris (17-19 avril).
Arnaud Lagardère a pour sa part placé le festival sous le signe de la diversité des talents réunis, évoquant des invités qui « incarnent à peu près tout ce que vous allez voir dans les prochains jours », « à la fois le talent, à la fois le courage, la loyauté et la force de travail ». Il a rappelé la double dimension de la célébration : le bicentenaire de la fondation par Louis Hachette et la place du groupe « sur le podium mondial des maisons d'édition » du groupe. « On a planté un drapeau français numéro trois mondial, ce qui n'est pas rien », a-t-il déclaré, en concluant son discours par un hommage aux « trois grands bienfaiteurs » de la maison : Louis Hachette, Jean-Luc Lagardère et Vincent Bolloré.

