Lors d’une intervention très remarquée sur la scène principale de la London Book Fair, mercredi 11 mars, Johanna Prior, directrice générale de l’historique maison d’édition britannique Pan Macmillan, a mis en garde contre ce qu’elle considère comme le véritable danger pour l’industrie du livre : non pas l’intelligence artificielle, mais le déclin de la lecture et l’effondrement de l’attention provoqués par les écrans. Devant un parterre de professionnels de l’édition internationale conquis, elle a appelé l’industrie à se mobiliser pour reconquérir les lecteurs. Voici quelques passages marquants de son intervention.
Le déclin de la lecture, premier défi de l’industrie
« Le déclin de la lecture est un défi bien plus grand pour notre industrie que l’intelligence artificielle. L’IA change la manière dont nous travaillons, mais la crise de la lecture détermine si nous aurons encore un marché tout court. »
La chute de la lecture chez les plus jeunes
« Aujourd’hui, seulement un enfant sur trois lit par plaisir pendant son temps libre, et la moitié des adultes britanniques ont arrêté de lire régulièrement. Nous sommes à la fois dans l’Année nationale de la lecture en Grande-Bretagne… et dans une véritable crise. Auparavant, un étudiant d’Oxford moyen lisait trois livres par semaine. Aujourd’hui, il peine à lire un livre en trois semaines ».
L’ombre tentaculaire du smartphone et du scroll
« La majorité des enfants aujourd’hui ne grandissent pas dans des villages tranquilles. Ils grandissent dans l’ombre du smartphone – et les adultes qui les élèvent aussi. C’est un environnement partagé où l’attention est constamment détournée. »
« Nous avons trop peur des machines et pas assez de la disparition des lecteurs. Nous passons beaucoup de temps à nous inquiéter de savoir si une machine pourra un jour écrire un livre primé. Mais pendant ce temps, nous ignorons le problème bien plus urgent : la disparition des lecteurs. »
« Nous observons la naissance de la première génération post-lettrée, élevée par des algorithmes de contenus courts qui démantèlent la capacité d’attention prolongée. »
Alphabétisation et notifications
« Dans un monde saturé de contenus générés par l’IA et de deepfakes, la capacité à lire et à penser de manière critique n’est plus un luxe : c’est notre seul moyen de défense. L’alphabétisation est notre seule défense collective ».
« Le livre doit redevenir aussi urgent qu’une notification. Nous ne pouvons plus attendre des lecteurs qu’ils viennent à nous selon nos propres règles. Nous devons aller à leur rencontre selon les leurs. Nous devons rendre le livre aussi accessible, aussi urgent et aussi socialement pertinent qu’une notification sur un smartphone. »
