La ville d’Épernon, dans le nord de l'Eure-et-Loir, accueillera bientôt un nouveau lieu dédié à la culture. Portée par Maeva Issico, monteuse vidéo dans le cinéma documentaire, et Lucile Pommier, graphiste, la librairie café Matulu ouvrira ses portes entre fin avril et début mai. Le projet est né d’une ambition commune : offrir aux quelque 6 000 habitants de la commune un lieu culturel convivial, décomplexé et propice aux rencontres et aux échanges.
Depuis le chantier de rénovation visant à rafraîchir le local de 80 m², autrefois occupé par une crêperie, Maeva Issico raconte, enthousiaste : « Il arrive régulièrement que les gens passent une tête, pour voir ce qui s’y prépare. Quand ils comprennent qu’il s’agit d’une future librairie, ils sont ravis et commencent déjà à se projeter ».
Une rencontre et une même ambition
Cet accueil chaleureux rassure et encourage la future libraire, qui cultive ce projet de longue date. Après son arrivée à Épernon en 2019, Maeva Issico a réalisé un bilan de compétences, à partir duquel ont émergé deux idées : créer un tiers-lieu culturel ou ouvrir une librairie café. « À l’époque, mon fils avait seulement un an et demi. Je ne me voyais pas gérer seule un commerce », se souvient-elle.
Avec d’autres personnes, elle choisit finalement de fonder une association à l’origine du tiers-lieu Les Souâtons, qui ouvre deux samedis par mois dans une salle prêtée par la mairie de Hanches, à quelques kilomètres d’Épernon. C’est dans ce cadre, et par l’intermédiaire d’une amie commune, que Maeva Issico rencontre Lucile Pommier.
« J’ai fini, moi aussi, par rejoindre l’association, cette synergie de toutes les bonnes volontés du territoire, animées par l’envie de créer un lieu de culture », retrace cette dernière. Graphiste indépendante et diplômée en lettres modernes, Lucile Pommier cultivait, elle aussi depuis de nombreuses années, « le désir de créer un lieu de vie autour du livre », sous la forme d’une librairie-café. En 2023, elle s'est même rendue à Aix-en-Provence pour bénéficier d’une formation dispensée par l’Agence régionale du livre de PACA.
Pendant près d’un an, l’idée fait son chemin, mais ce n'est qu'au début de 2025 que les deux femmes décident enfin de se lancer. Elles rencontrent alors des professionnels du secteur, échangent avec un comptable pour étudier la viabilité du concept et se rapprochent de la Chambre de commerce et d’industrie pour être accompagnées. Dans la foulée, elles diffusent un sondage auprès des membres de l’association afin d’identifier les attentes des habitants.
Une librairie-café très attendue
« Nous espérions 200 réponses, mais en à peine une semaine, nous en avons récolté plus de 400. Le questionnaire avait été beaucoup partagé en dehors de l’association. C’est là que nous avons compris qu’il y avait une vraie demande », détaille Maeva Issico. Et pour cause : privés de librairie depuis de nombreuses années, les habitants de la commune devaient se rendre jusqu’à la librairie Labyrinthe (Rambouillet), à L’Esperluète (Chartres) ou au rayon culturel de l’Hyper U local, pour trouver une offre littéraire.
Après avoir visité de nombreux locaux, Maeva Issico et Lucile Pommier finissent par trouver le lieu idéal : une ancienne crêperie de 80 m², située en plein centre-ville. Quelques travaux de rénovation sont néanmoins nécessaires. Tandis que le propriétaire, un bailleur social, prend en charge la mise aux normes de l’électricité, les deux futures libraires financent la création d’un accès PMR, l’installation d’un comptoir et les aménagements décoratifs.
Pour concrétiser leur projet, elles ont contracté un prêt bancaire de 40 000 euros et bénéficié d’un prêt à taux zéro de 20 000 euros grâce au réseau Initiative Eure-et-Loir. Elles ont également déposé un dossier auprès de Ciclic, dont la commission se réunira le 19 mars prochain. « Si notre dossier est retenu, nous bénéficierons d’une subvention de 25 000 euros qui nous permettra d’assurer notre trésorerie de départ », précise Maeva Issico.
Des coûts financiers importants mais nécessaires
Encore novices dans le milieu du livre, les deux femmes ont également souhaité se former au métier. Chacune a ainsi effectué deux semaines d’immersion à la librairie L’Esperluète, à Chartres. Parallèlement, elles ont lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme onparticipe.fr, qui a déjà permis de récolter un peu plus de 4 000 euros.
Sur cette page, elles présentent en détail leur projet de librairie indépendante et expliquent, en toute transparence, les nombreux coûts liés à l’ouverture : travaux, mobilier, équipement de cuisine, constitution d’un stock d’environ 6 000 références, achat de papeterie et de jeux de société, frais de notaire et de banque, logiciel professionnel, matériel informatique ou encore formation obligatoire à l’hygiène.
Malgré l’ampleur de l’investissement, financier comme personnel, Maeva Issico et Lucile Pommier ont hâte de donner vie à ce lieu qui, en s'installant dans cette zone semi-rurale, entend redynamiser le territoire avec un espace culturel ouvert à toutes et tous. « En plus, la clientèle est très diverse : on y trouve aussi bien des habitants qui prennent le train chaque jour pour aller travailler à Montparnasse que des ouvriers ou des agriculteurs », souligne Maeva Issico.
Pour satisfaire les appétits culturels de leur clientèle, les deux librairies entendent multiplier les animations, parfois en lien avec l’équipe du tiers-lieu. « Tout le monde y gagne. Pour la librairie, cela permettra par exemple d’attirer des personnes qui n’oseraient peut-être pas franchir la porte d’une librairie, mais qui viendront plus facilement à l’occasion d’un atelier ou d’une animation », explique Maeva Issico, ajoutant que des partenariats sont également déjà pré-engagés avec la médiathèque de la commune et la documentaliste d’un lycée voisin.
Alors que la boutique n'a pas encore ouvert ses portes, les deux libraires reçoivent quotidiennement des messages bienveillants des habitants d'Épernon et des communes voisines qui apprennent dans les journaux locaux l'inauguration imminente. « Encore l’autre jour, nous recevions le mail d’un monsieur qui disait qu’il était ravi, que cette nouvelle avait illuminé sa journée », se réjouit Lucile Pommier.
