RNL 2015

Pourquoi la librairie résistera face au numérique

Ateleir "La force du lieu, la force du livre" aux RNL 2015 de Lille - Photo OLIVIER DION

Pourquoi la librairie résistera face au numérique

Trois chercheurs ont démontré que la librairie pourra résister à la dématérialisation lors d'une table ronde organisée en clôture des 3es Rencontres nationales de la librairie, lundi 22 juin à Lille.
 

J’achète l’article 1.50 €

Par Pierre Georges,
à Lille,
Créé le 22.06.2015 à 18h44,
Mis à jour le 23.06.2015 à 11h15

Dans une ambiance presque universitaire, donnant au grand auditorium des Rencontres nationales de la librairie de Lille des airs d'amphithéâtre de fac, trois spécialistes ont donné leur point de vue lundi 22 juin sur la résistance de la librairie physique et de l'objet livre face à la déferlante numérique. Cette table ronde plénière, animée par la journaliste Karine Papillaud, avait pour titre : "Force du lieu et force du livre : pourquoi le livre physique et le commerce physique résistent-ils face au numérique ?".

"Enchanter la société"

Roger Chartier, historien et professeur au collège de France, absent ce lundi 22 juin à Lille, a toutefois présenté son point de vue sur la question dans une vidéo diffusée au début de la table ronde. "La librairie et le libraire ont des fonctions et des rôles bien particuliers", a-t-il rappelé, illustrant son propos par le récit d'un dialogue entre deux jeunes hommes et un libraire dans la comédie La Galerie du palais de Corneille. Il a poursuivi : "Le libraire a un rôle de guide accompagnateur pour le lecteur, mais aussi d'initiateur de dialogue. Car ce qui caractérise et distingue la librairie, c'est sa capacité à être un lieu de sociabilité et un espace public".

Plus globalement, le monde de l'imprimé représente, pour Roger Chartier, le voyage et la découverte. La librairie, "dans laquelle on rentre pour acheter un guide de voyage sur Florence et d'où l'on ressort avec de la poésie", en est ainsi l'incarnation. Trois fonctions de la librairie la font ainsi, selon lui, subsister face aux marchands en ligne : "celles de l'apprentissage du maniement de la culture écrite, celle de la surprise et de l'émerveillement, et celle de l'échange de la parole à partir de l'écrit".

C'est en rappelant l'importance de la librairie dans la vie de la cité, et les difficultés que rencontrent les libraires, notamment dans les coûts des loyers et des transports, que Rocher Chartier a terminé sa présentation, en appelant à des réponses de la part des pouvoirs publics.

Le métier de libraire : "mettre des miettes sur la table"

Olivier Bomsel, professeur d'économie à Mines Paris Tech, a ensuite pris la parole : "Contrairement à Internet, la librairie est un lieu de "monstration", dans lequel on trouve, on montre, on donne à voir et on émiette la culture". Le rôle du libraire ? "Mettre des miettes sur ses tables". "Jamais un algorithme ne remplacera un libraire", a-t-il lancé, paraphrasant le discours, quelques heures auparavant, de Fleur Pellerin.

"D'une certaine façon, le livre numérique est propice au récit, rapide et factuel, que l'on lit en entier et que les Américains nomme le "story telling"", a expliqué Olivier Bomsel, devant un auditoire attentif. "Quant au livre physique, il est le lieu du mystère, où l'on désoriente et où on met en scène. Il n'est pas fait pour être lu de A à Z". D'après l'économiste, le numérique ne remplace pas le livre, mais il le hisse au rang de "monument". Les deux formats se complètent et permettent des médiatisations différentes.

La librairie, un village dans la ville  

Emmanuelle Lallement, ethnologue spécialiste des espaces marchands urbains a clos les discussions : "Dans la ville, fille du commerce et de l'échange, la librairie peut être vue comme le dernier commerce indépendant". "La librairie, face aux sphères numériques et face à un univers marchand fortement uniformisé, reste encore un monde où il y a des vendeurs, non remplaçables par des machines".

La boutique de livre physique demeure ainsi un "espace de commerce au sens noble du terme, qui produit une consommation "enchantée", malgré une dimension économique fortement présente". "La librairie est autant un symbole qu'un producteur de localité. Lorsqu'on rentre dans une librairie, on est plus qu'un client, on est un lecteur", a expliqué Emmanuelle Lallement.

Commentaires (2)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous
C

ChtiSuisse

il y a 5 ans à 20 h 25

Bonjour, Je ne commente pas souvent des articles. Mais il est temps pour tous les participants de sortir la tête du sable où elle est profondément enfoncée Il y a une grande partie de lecteurs qui ne prend tout simplement plus de conseils en librairie et ne passe même plus en librairie ! Où trouver des conseils de lecture alors ? Sur des réseaux sociaux spécialisés ou généralistes Sur des blogs La gamme d'avis est très large, bien fouillée et beaucoup plus large qu'en librairie ! Le niveau de conseil, de culture, de personnalisation que vous décrivez n'existe plus ou presque plus ! Je lis en numérique et en papier dans les 2 cas les récits sont vastes , contemporains , classiques, étrangers ou français ... Non le numérique n'est pas de la sous-littérature. La librairie "dernier commerce indépendant" ? Vraiment ??? Les tables sont pleines de livres commerciaux mis en avant. Réveillez-vous ! Sortez de votre bulle ! Arrêtez d'inviter des gens qui vous confortent Il sera bientôt trop tard Cordialement Christophe


j

JB

il y a 5 ans à 13 h 50

C'est quand même fou : quand vous parlez de livre à des professionnels, ils vont faire attention (à raison) à faire la distinction entre manuel, dictionnaire, beau livre, bande dessinée, roman, récit... autant de formats et de type d'usages différents. Mais en face, il n'y aurait qu'un boulgiboulga informe, le "livre numérique". La distinction que fait M. Bomsel me laisse dubitatif. Un livre numérique de chez ENI par exemple, documentaire sur un domaine traitant de l'informatique ne se lit pas plus de A à Z que sa version papier. Les supports induisent et collent à des usages divers, certes, mais il n'y a pas un seul type d'usage par support.


On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités