Les ministres européens de la Culture sur un nuage | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, à Francfort, le 12.10.2017 à 00h06 (mis à jour le 12.10.2017 à 01h00) Francfort 2017

Les ministres européens de la Culture sur un nuage

Françoise Nyssen et Monika Grütters - Photo OLIVIER DION

Rassemblés pour une réunion informelle à Francfort, sept ministres européens de la Culture espèrent enfin obtenir la reconnaissance du secteur qu'ils représentent au sein de l'Union.

"La culture va aider à refonder l'Europe" a déclaré Françoise Nyssen, ministre de la Culture du gouvernement français en ouverture de la réunion informelle organisée le 11 octobre avec six de ses collègues européens, ainsi qu'avec une représentante du parlement de l'UE, à la Foire de Francfort. Sans le protocole et la rigueur d'organisation des réunions dans le cadre du Conseil européen, ce rendez-vous, porté par l'atmosphère de la foire et l'euphorie de l'inauguration franco-allemande la veille, voulait faire exister la culture au delà de la dimension symbolique à laquelle elle est en général réduite dans les instances européennes.

Ainsi parée de toutes les vertus, la culture en général (le livre a été peu mentionné, en dépit du lieu) devrait servir de rempart au populisme et aider à résoudre la question migratoire que l'Europe ne sait comment traiter. La ministre allemande s'est ainsi grandement félicitée de la confiance qui lui a été accordée par son gouvernement, pour traiter ce dossier dans l'optique d'une intégration des migrants accueillis dans son pays.

Les ministres présents ont aussi exprimés les actions concrètes qu'ils mènent dans leur pays respectif, pour illustrer la façon dont il était possible de refonder "l'Europe des citoyens par la culture". Une tâche toutefois délicate, dans la mesure où la culture ne fait pas partie du domaine de compétence de l'Union, même si elle y est progressivement intégrée.

Le mur de l'argent

La discussion entre les ministres de l'Allemagne, la Belgique, la Croatie, la Grèce, le Luxembourg, la Roumanie et la Slovénie (avec des représentants de l'Espagne et l'Estonie) s'est focalisée sur l'idée d'une mobilité des professionnels de la culture inspirée du programme Erasmus, qui fonctionne si bien parmi les étudiants. Le pass culture, initié par l'Italie et préparé activement par la France, a été aussi jugé très positif.

La présidente de la Commission culture du Parlement a toutefois rappelé les ministres à une dure réalité: pour mener ces initiatives, il faut de l'argent, et le budget de la Commission n'est que de 1,7 milliard d'euros, accaparé essentiellement par l'audiovisuel. Quelques moyens supplémentaires seront débloqués l'an prochain pour l'année européenne du patrimoine, mais il a fallu batailler ferme pour les obtenir. Les ministres de la Culture et la représentante du Parlement se sont mutuellement encouragés à ne pas relâcher leurs efforts pour convaincre les ministres des finances, vrais décideurs de ce qui se fait ou pas dans l'UE.

Le droit d'auteur

Ils ont aussi évoqués les discussions en cours autour du projet de directive sur le droit d'auteur, concernant une juste répartition de sa valeur progressivement captée par les géants des nouvelles technologies, la défense de la territorialité des droits, le géoblocage, la création d'un droit voisin pour la presse, ou encore l'aboutissement du dossier TVA sur le livre numérique. Il est bloqué pour le moment par la République tchèque, qui s'en sert comme moyen de pression pour faire passer une réforme qu'elle souhaite concernant un autre point de cet impôt, illustrant ainsi la difficulté de faire avancer les problématiques européennes, et la patience nécessaire pour y parvenir.

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