Le personnel de la bibliothèque Louise Michel victime d’attaques homophobes | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 21.03.2019 à 15h45 (mis à jour le 21.03.2019 à 16h00) Harcèlement

Le personnel de la bibliothèque Louise Michel victime d’attaques homophobes

Rez-de-chaussée de la bibliothèque Louise Michel - Photo BIBLIOTHÈQUE LOUISE MICHEL

Une campagne de harcèlement de "grande ampleur" vise les employés de l’établissement qui a organisé un atelier de lecture de contes par des drag-queens.
 

Le personnel de la bibliothèque Louise Michel est victime de commentaires haineux et de harcèlement à la suite de l’organisation d’ateliers en lien avec la Queer Week rapporte, mercredi 20 mars, l’association des bibliothécaires de France, confirmant des informations de 20 Minutes.
 
L’établissement situé dans le 20e arrondissement de Paris a organisé, samedi 16 mars, un atelier de lecture de contes non-genrés pour les enfants animé par des drag-queens, et il prévoyait la tenue d’un évènement similaire mercredi dans l’après-midi. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre de la Queer Week, qui se tient du 15 au 23 mars, une semaine de réflexion sur les genres et les sexualités.
 
"C’était fait pour un public familial du quartier et venait qui voulait. Il s’agissait d’interroger les stéréotypes autour du fait que les petites filles seraient forcément des princesses et les petits garçons des chevaliers. La démarche, c’est simplement d’interroger le rôle des filles et des garçons", a déclaré à 20 Minutes la direction de l’établissement.

Des centaines de messages de haine
 
Partagée sur les principaux sites et comptes de la fachosphère tels FdeSouches, Boulevard Voltaire et Egalité et Réconciliation, l’information a suscité une vague de harcèlement sans précédent visant la bibliothèque, qui a bloqué plus de 400 messages haineux sur les réseaux sociaux. Le compte Twitter de l’établissement a par la suite été passé en privé.
 
Sur Twitter, on peut lire de nombreux propos homophobes critiquant la décision de "laisser [des enfants] avec des personnes aussi instables et sans raison qui fuient la réalité et leurs responsabilités !" ou bien condamnant "l’émasculation des esprits [des enfants]" et appelant à licencier le personnel "pour atteinte à la dignité de l’enfant". Le site Résistance républicaine qualifie les drag-queens de "salopes instrumentalisant des enfants très jeunes pour les faire entrer dans leurs obsessions malsaines d’adultes".
 
Des attaques "inacceptables" pour l'ABF

Dans un communiqué, l’association des bibliothécaires de France (ABF) a vivement réagi dans un communiqué : "Ces attaques sont inacceptables ! Nous tenons à réaffirmer que c’est le rôle même des bibliothèques et des bibliothécaires que de proposer au public des services, des animations et des collections pour tou·te·s, et sur tous les sujets pour favoriser les débats, lutter contre les prescriptions idéologiques et donner aux enfants comme aux adultes les clés pour comprendre le monde dans lequel ils et elles vivent."
 
L’organisme "tiens à soutenir haut et fort [ses] collègues parisien·ne·s" dont il salue "pleinement" l’initiative, et incite à envoyer un message à la bibliothèque et à son personnel afin "de noyer les propos haineux sous une avalanche de soutien". La mairie de Paris a également condamné "ces injures homophobes violentes" et déclare "être aux côtés" des bibliothécaires et "soutenir leur politique de diversité et d’inclusion".
 

Une attaque évitée aux Etats-Unis

Le 1er février, un animateur de radio supporter de Donald Trump armé d'un pistolet a fait irruption dans une bibliothèque du Texas afin de stopper l'atelier de lecture animé par une drag-queen. L'individu, déjà connu des services de police et frappé d'une interdiction de fréquenter l'établissement pour avoir filmé des enfants sans autorisation, a été interpellé par les forces de l'ordre avant de pouvoir atteindre la salle où se tenait l'évènement. "Ces homosexuels agressent nos enfants et ils le font avec votre assentiment" avait-il déclaré aux officiers. "Bien que son intention ait été de gâcher notre journée, il s'est complètement raté" s'était alors réjouie Regina Blake-DuBois, la drag-queen présente sur les lieux.

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