Réactions au blog de Claude Poissenot: les libraires en colère | Livres Hebdo

Par Livres Hebdo, le 02.04.2020 à 17h14 (mis à jour le 03.04.2020 à 19h52) - 1 commentaire Confinement

Réactions au blog de Claude Poissenot: les libraires en colère

Photo OLIVIER DION

Publié jeudi 2 avril au matin sur notre site, le blog de Claude Poissenot a suscité de vives réactions. Tandis que le SLF se déclare "sidéré" par le texte, de très nombreux libraires soulignent les sacrifices que la fermeture des librairies impose, mais rappellent l'importance du confinement et rejettent massivement la proposition de réouverture lancée par Bruno Le Maire.

Suite à la publication d’un blog de Claude Poissenot, sociologue, enseignant-chercheur à l'IUT Métiers du livre de Nancy, jeudi 2 avril au matin sur notre site, les réactions ont été vives sur les réseaux sociaux. Le débat sur l'ouverture des librairies en période de crise sanitaire, lancé par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, et sur la qualification du livre comme bien non essentiel, selon la définition gouvernementale, continue de diviser les opinions.
 
Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF), a réagi directement auprès de Livres Hebdo :
« Monsieur Poissenot, je suis sidéré, et de très nombreux libraires ou simples lecteurs vont l'être également, par votre article publié aujourd'hui dans Livres Hebdo. Comment, en cette période si difficile, pouvez-vous mettre en cause la "foi" qui anime les libraires dans l'exercice de leur métier et dans la vision du monde qu'ils défendent ? Oui, les libraires ont très massivement choisi, malgré les risques colossaux que cette crise fait peser sur leur avenir, de faire primer l'exigence sanitaire par rapport à leur intérêt financier immédiat. Cela illustre justement leur vision du monde, un monde où l'on se soucie de la santé de ses clients, de ses salariés, du transporteur, du livreur, un monde où la responsabilité et la solidarité ne sont pas de simples slogans. Les innombrables témoignages de sympathie et de soutien des clients des librairies permettent de mesurer leur reconnaissance, gage d'un attachement sans doute renforcé à l'avenir.

Les bibliothèques, que vous connaissez bien je crois, en tous les cas manifestement mieux que les librairies, sont également fermées et ne livrent pas d'ouvrages à leurs lecteurs. Si l'on suit votre raisonnement, on devrait, de ce fait, douter également de leur "foi" dans leur mission et de leur vision du monde... 

Vous citez la proposition de Bruno Le Maire d'étudier la réouverture des librairies mais vous négligez le fait qu'elles se retrouveraient alors évincées de la majorité des dispositifs d'aide tout en réalisant un chiffre d'affaires dérisoire. Bon calcul pour l'Etat mais pas pour les librairies. Ne pas comprendre la position actuelle des libraires et les mettre en accusation dans cette période douloureuse, c'est faire preuve de beaucoup d'ignorance ou de mauvaise foi. Et peut-être des deux... 
»
 
Sur les réseaux sociaux, les commentaires sont plus virulents encore  : « Article honteux », « C’est à se demander si Livres Hebdo est du côté des libraires », « à gerber », « anxiogène et culpabilisant », « les bras m’en tombent », « irresponsable »…

Un blog qui n’engage que son auteur
 
Très touchés par certains messages, y compris les plus exaspérés, Livres Hebdo tient à réaffirmer sa fierté de voir l'ensemble du secteur conscient des risques sanitaires que pourrait causer une réouverture des magasins. C'est aussi parce qu'il est lui-même conscient du sacrifice humain et professionnel consenti par les libraires que Livres Hebdo a facilité l'accès à la dernière livraison de son magazine, à son Guide des marchés et à ses articles dédiés, sur le web, à l'information en lien avec la crise sanitaire.
 
Les blogs de Livres Hebdo expriment, eux, l'expression libre de personnalités qui ne sont pas journalistes au sein de la rédaction. Dans le cadre de la liberté d’expression, et dans ses limites, ce blog engage son auteur sans refléter une opinion ou une position officielle de Livres Hebdo. Nos récents articles sur ce sujet, y compris le « Journal du confinement », qui donne chaque jour la parole à des libraires comme à d'autres professionnels, démontrent l'engagement de notre titre au côté des librairies et de leurs actions, que nous relayons, comme d'ailleurs les réactions au blog de Claude Poissenot car, précisément, il est de notre responsabilité professionnelle de donner la parole à tous.
 
Parmi les réactions suscitées par le blog de Claude Poissenot, plusieurs, comme celle de Dominique Lahary, rejettent d’ailleurs la censure. Le bibliothécaire Gérald Grunberg trouve « terrible cet appel à la censure de la part de libraires. »
 
D'autres ont choisi l'ironie, telle la librairie Gulliver qui assure que, « si on reste fermé, c’est uniquement par goût de la solitude et non pas pour préserver les gens de l’épidémie. »
 
La librairie parisienne Le coupe papier, qui trouve ce blog « dégueulasse », nous écrit sa colère :
« Ce billet n'est pas scandaleux, il est idiot de pied en cap. Cette intro grotesque "un livre pour tout usage" aurait bien fait d'être un encouragement à l'arrêt de la lecture, mal m'en a pris de continuer : je suis confiné, vite un livre sur les smoothies! Et cet argument des Français ne lisant pas par manque de temps! D'un comique infini issu d'un sondage encore plus comique puisque le temps passé devant un écran doit se situer entre 2 heures  et 5 heures par jour. » [bien plus en fait, puisque la consommation télévisuelle quotidienne est de près de 5 heures en moyenne depuis le confinement, ndlr].

Du côté de l'urgence sanitaire
 
Sur Facebook, le libraire Eric Dumas résume la situation : « Le débat pourrait être intéressant s’il n’était pas tronqué d’un élément simple : l’urgence sanitaire qui nous est rappelée chaque jour. Encore plus que la lecture comme bien de nécessité, nous défendons l’idée que la vie en bonne santé et en protégeant les autres est un bien d’absolue nécessité. »
 
Si le texte « contient des éléments de réflexion intéressants, notamment sur la possible modification des pratiques culturelles durant cette crise », « où est la mise en perspective », s’interroge Gwendal Oules ?
 
Sur Facebook, une grande lectrice, Claire Putiphar,  « très déçue des réactions que le blog suscite », appelle les libraires à contourner le confinement pour satisfaire les besoins du lecteur, à l’instar d’autres commerces, qui « trouvent des moyens de continuer à approvisionner leurs clients en denrées diverses (magasins de jeux de société, de bricolage...) en mettant en place des services de drive, par exemple ». « Quelques-uns trouvent malgré tout le moyen de continuer à vendre des livres : mon libraire local a mis en place un service de drive et de livraison pour les habitants de l'agglomération. J'ai vu hier qu'une autre librairie de la région livre des bouquins dans son village, à bicyclette, tout cela en respectant toutes les consignes de sécurité, et avec les autorisations nécessaire », précise-t-elle.
 
Les libraires rappellent aussi que la fidélisation n’est pas qu’un service commercial, « mais un partage intime et sensible, une relation de confiance » qui ne se résume pas « à « un acheteur et un vendeur », selon Jacques Houssay. « Nos clients nous font confiance pour ces prises de position qui vont à rebours du consumérisme béat », confirme Grégoire Courtois.
 
Pour Caroline Drapier, « il aurait fallu interdire toutes les ventes de livres, y compris Internet et la grande distribution. Plus on sera nombreux à être confinés, plus vite on pourra reprendre le cours de nos vies. »
 
Encore une fois : restez chez vous. Sauvez des vies en étant confinés. Lisez. Pour sa part, Livres Hebdo continuera à vous informer sur toutes les initiatives des libraires, des éditeurs et des bibliothécaires.


 
 
 
 

1 commentaire déjà posté

Vincent - il y a 2 mois à 10 h 30

Librairie Quartier Libre Vincent PAITRY - Cécile PREVERT 2 rue de la Boule, 61100 FLERS "l'oeil du sociologue" Henri Mendras. Elles sont loin mes études de sociologie mais la publication du blog de Claude Poissenot m'a fait pensé à la "sociolalie" qu'il faut absolument éviter en sciences humaines car c'est une facilité à laquelle trop de sociologues se laissent aller pour répondre aux demandes des journalistes sans le moindre commencement de preuve de leur bavardage. De la distance Monsieur Poissenot, de la distanciation sociale...

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