Bruno Le Maire réfléchit à une réouverture des librairies (et cible Amazon) | Livres Hebdo

Par Alexiane Guchereau, le 19.03.2020 à 12h28 (mis à jour le 19.03.2020 à 13h00) Coronavirus

Bruno Le Maire réfléchit à une réouverture des librairies (et cible Amazon)

Bruno Le Maire, invité de France Inter - Photo OLIVIER DION

Interrogé le 19 mars sur France Inter, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a proposé d'étudier le cas de la réouverture des librairies en concertation avec le ministère de la Culture, alors que les professionnels s'inquiètent de la concurrence d'Amazon, par ailleurs attaqué pour ses conditions de travail, "inacceptables" selon le ministre.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a indiqué à l'antenne de France Inter, jeudi 19 mars, qu'une concertation allait être mise en place avec le ministère de la Culture pour étudier le cas de la réouverture des librairies. Les professionnels, contraints de fermer, s'inquiètent de la concurrence d'Amazon.

Le ministre a estimé que les librairies "sont effectivement un commerce de première nécessité, c'est ma conviction", ajoutant qu'il "comprend très bien l'inquiétude des libraires".

"Je ne vois pas pourquoi ce serait uniquement Amazon qui récupèrerait ce marché au risque de fragiliser les libraires", a avancé Bruno Le Maire, qui reprend ici l'argumentaire du Syndicat de la librairie française (lire ci-dessous).

Respecter les règles sanitaires 

Si les librairies doivent rouvrir, "il faut cependant s'assurer que les règles de sécurité sanitaire dans les échanges entre le commerçant et le client" et de faire en sorte que "la librairie ne deviennent pas un lieu de rassemblement". 

Pour éviter cette situation, le ministre de l'Economie propose des solutions. "Il faudrait que les clients viennent un par un, qu'ils ne soient pas nombreux dans les librairies, qu'ils se contentent d'acheter le livre et de ressortir immédiatement et que ce ne soit pas un lieu où l'on flâne et où l'on reste longtemps."

Amazon dans le viseur

Dans le même temps, Bruno Le Maire a attaqué Amazon. Depuis mardi, des salariés de plusieurs Amazon se mobilisent contre des conditions de santé et de sécurité jugées insuffisantes et mal appliquées. Au moins 200 salariés du site de Douai (Nord), ont ainsi fait valoir, mardi, ce droit de retrait pour "danger grave et imminent". Le lendemain, mercredi 19 mars, environ 50% des CDI ont fait la même démarche ou étaient en débrayage à Montélimar, dans la Drôme. D'après les syndicats, la direction du groupe a fait savoir que l’absence des salariés optant pour leur droit de retrait serait considérée comme une "absence autorisée" mais "non payée".

"Ces pressions sont inacceptables et nous le ferons savoir à Amazon", a déclaré le ministre.

Mercredi 18 mars, Franck Riester, le ministre de la Culture, avait annoncé qu'il debloquait une somme de 5 millions d'euros pour sauver le secteur du livre. 
 

"Si la vente de livres en librairie n'est pas « indispensable » à la vie de la nation, pourquoi la vente de livres par Amazon ou un hypermarché l'est-elle ?"

Dans un communiqué daté du 18 mars, le Syndicat de la librairie française (SLF) a interpellé le gouvernement sur l'inégalité concurrentielle entre la grande distribution et les plateformes de ventes en lignes, toujours en activité, d'une part et les les librairies, contraintes de fermer, d'autre part.

"En application des décisions gouvernementales prises afin de faire face à la propagation du virus covid-19, les librairies, considérées comme commerces « non indispensables », ont interdiction de recevoir du public et ont donc baissé leurs rideaux. Dans le souci de protéger leurs clients, leurs salariés et les livreurs, elles sont une très large majorité à avoir également suspendu tout service de retrait et de livraison et renoncé à une ouverture lorsque la vente d'autres produits comme la presse les y autorisait.

Ces décisions représentent un sacrifice financier mais les libraires le font en responsabilité. Ils sont conscients du manque à gagner pour les auteurs et les éditeurs et le compenseront par un engagement décuplé lorsque cette crise sera surmontée.

Dans le même temps, la grande distribution et les plates-formes de vente en ligne poursuivent, comme si de rien n'était, la vente et la livraison de livres. Commander un livre sur Amazon aujourd'hui, c'est faire se déplacer, travailler et se croiser des salariés dans les entrepôts des éditeurs, des salariés dans les entrepôts d'Amazon, des transporteurs, jusqu'au livreur qui se rend au domicile du client. Les risques sanitaires engendrés par cette chaîne logistique sont très importants alors que les consignes officielles nous enjoignent à limiter au maximum les contacts. Si la vente de livres en librairie n'est pas « indispensable » à la vie de la nation, pourquoi la vente de livres par Amazon ou un hypermarché l'est-elle ?

Alors que les libraires, commerces fragiles économiquement, risquent de payer un très lourd tribut à cette crise, leurs concurrents de la grande distribution et d'internet en profitent pour accroître encore davantage leurs bénéfices. Bénéfices qu'Amazon localisera au Luxembourg afin de ne pas payer d'impôts en France !

La poursuite des commandes et des retraits de livres via la grande distribution ou Amazon représente une hérésie sanitaire et une concurrence déloyale et nous appelons le gouvernement à y mettre fin."
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