En courant les bois. Si l'on ne craignait de dissuader les lecteurs amateurs de « vraie fiction », on oserait écrire que ce nouveau livre de Laurent Graff, son quatorzième (les précédents essentiellement publiés au Dilettante), est poétique. Et l'on ferait référence à Julien Gracq, celui d'Un balcon en forêt, pour la peinture d'une nature comme hors du monde, et à Christian Bobin pour l'écriture, à la fois dense et aérienne. Assumons. Laurent Graff nous emmène suivre les pas d'un bipède, Han, qui est « entré en forêt » comme on entre à la Trappe. De lui, on n'apprend pas grand-chose, si ce n'est qu'il a eu une vie auparavant, normale, d'« homme pressé », avant de fuir au milieu des bois, de devenir une espèce de Robinson Crusoé silencieux, heureux, qui marche pour marcher et non pour se rendre quelque part, qui cueille le jour et vit intensément chaque instant qui passe, en communion avec la nature, les arbres, les rochers, les oiseaux... Bien sûr, il n'est pas idiot. Il sait que son paradis est minuscule, limité. Il entend parfois vaguement des voitures, aperçoit au loin des hommes en gilets jaunes, des chasseurs on suppose, dont certains s'entretuent comme pendant la guerre, de 14 sans doute, celle dont des traces sont toujours visibles. Et puis, un jour, Han recueille un « petit d'homme », Anton, un garçon de 9 ans égaré, dont il va prendre soin, à qui il transmet ce qu'il sait, la forêt, avant de le faire repartir vers les siens. Un beau texte initiatique, écologique au sens fort du terme, et, oui, poétique.
L'homme de la forêt
Les Cailloux
Tirage: 1 500 ex.
Prix: 13 € ; 72 p.
ISBN: 9791097897468
