Retour à Barrie. Ainsi que le rappelle Philippe Forest au début de sa préface, Peter Pan est un mythe « qui n'est la propriété de personne », même pas de son créateur, surtout lorsque, comme dans le cas présent, celui-ci est presque un inconnu. « J. M. Barrie a disparu derrière Peter Pan », note encore l'écrivain, maître d'œuvre de cette « Pléiade » créative, et qui publie en même temps un essai « à propos de Peter Pan » : Gais, innocents et sans cœur (Gallimard). Mais si Peter Pan, « le petit garçon qui ne voulait pas grandir », est devenu un mythe universel, avec son monde imaginaire, Neverland, peuplé de personnages célèbres comme l'affreux capitaine Crochet (Hook en VO), ou la fée Clochette, confessons que c'est plus grâce au dessin animé de Walt Disney (1953), succès planétaire, qu'aux ouvrages de Barrie, éparpillés sur un quart de siècle, mêlant romans et théâtre, qui n'avaient jamais été rassemblés, traduits en français et commentés de cette manière. Sans compter les 265 illustrations qui scandent le volume.
James Matthew Barrie (1860-1937) était un Écossais, fils d'artisans cultivés, avant-dernier d'une fratrie de dix enfants, qui a tôt manifesté ses dons et voulu être écrivain. Dans son enfance heureuse, un seul drame, mais marquant : son frère David se tue en 1867, à 14 ans, en patinant sur la glace. On peut y voir l'un des modèles de Peter Pan. L'autre étant Peter (né en 1897), l'un des fils de Sylvia Llewelyn Davies, une grande amie de Barrie, fille de l'écrivain George du Maurier. -Barrie a toujours vécu entouré d'enfants, ceux des autres, dont il a même pris soin, n'ayant pu en avoir lui-même. Son mariage avec Mary, une actrice, fut un fiasco. Il ne fut pas consommé et s'acheva en 1909 par un divorce. Avant sa mort, l'écrivain, devenu riche et célèbre grâce à ses pièces - des triomphes en Angleterre mais aussi à New York ou à Paris -, a légué ses droits d'auteur à l'hôpital pour enfants malades de Great Ormond Street à Londres. Une sorte de cohérence.
Peter Pan apparaît sous sa plume dès 1902 (si l'on excepte la préfiguration dans l'album photo Les petits naufragés de l'île du lac Noir, réalisé en 1901) dans Le petit oiseau blanc. Il s'épanouit dans la pièce Peter Pan ou le petit garçon qui ne voulait pas grandir, créée avec succès en 1904, mais dont il ne publiera le texte qu'en 1928. Jusqu'à cette date, Barrie reviendra plusieurs fois sur le motif (dont Peter et Wendy, un roman, en 1911) et réorganisera cette partie de son œuvre. La plus connue, mais pas la plus abondante.
C'est une bien bonne idée qu'a eue « La Pléiade » de donner à lire au lecteur français cette œuvre, véritable découverte pour la plupart d'entre nous. L'univers de Barrie, fantastique, nostalgique et plus cruel qu'on ne pense, peut nous toucher, comme cette lutte vaine pour figer le temps. Proust connaissait-il Barrie ?
Peter Pan
Gallimard
Édition de Philippe Forest, avec Jean-Michel Déprats et le concours de Cornelius Crowley
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 67 € ; 1168 p.
ISBN: 9782073097804
