Quais du polar s'ouvre à la traduction | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Lyon, le 03.04.2016 à 14h10 (mis à jour le 03.04.2016 à 15h00) Lyon

Quais du polar s'ouvre à la traduction

Photo QUAIS DU POLAR

Avec l'aide de l'Association des traducteurs littéraires de France, le Festival Quais du Polar à Lyon a organisé une journée professionnelle dédiée à la traduction.

En partenariat avec l'ATLF, la journée professionnelle de Quais du polar a proposé plusieurs rencontres autour de la traduction du roman policier.

Aux côtés des rencontres sur les adaptations au cinéma et en séries télévisées qui ont fait le plein, le Festival Quais du polar à Lyon, a testé avec l'aide l'Association des traducteurs littéraires de France (ATLF), le thème de la traduction du polar lors de sa journée professionnelle organisée, le 1er avril, pour la 3e année. Le métier des traducteurs, leurs rapports avec les éditeurs, leur rôle de découvreurs ont notamment été débattus au cours de la journée. Mais c'est la plongée dans le cœur du métier qui a passionné les participants, et le thème a été clos magistralement samedi à 14 h lors de la joute de traduction.

Comment trouve-t-on les textes à traduire ? s'est interrogée la première table ronde "Polars à l'export : éditeurs et traducteurs à la recherche des nouveaux auteurs", avec Robert Pépin, traducteur et éditeur de romans policiers chez Calmann-Levy, Manuel Tricoteaux, directeur de la collection "Actes Noir » (Actes Sud), Frank Wynne traducteur du français vers l'anglais, d'Eric Boury, traducteur de l'islandais et notamment d'Arnaldur Indridason, et de l'éditrice américaine Olivier Taylor Smith (UnNamed Press), qui s'est présentée comme "l'éditrice américaine qui lit le français, courtisée par tous les éditeurs hexagonaux". Sans être "l'unique source", aux côtés des revues littéraires, des agents et autres moyens de s'informer, les éditeurs reconnaissent faire confiance aux traducteurs pour trouver des textes et découvrir des auteurs.

Comment traduire ? Faut-il traduire que ce qu'on aime ? "Traduire un texte qu'on n'aime pas permet de repousser ses limites et d'élargir sa palette avec des choses différentes" a répondu le traducteur Franck Wynne. Faut-il tout traduire ? "Dans un roman japonais que nous avons publié, l'inspecteur de police présente ses excuses avant de poser les questions lors de l'interrogatoire. Nous les avons conservées. Cela donne une atmosphère très bizarre au roman", a raconté l'éditeur Manuel Tricoteaux. Il a aussi expliqué avoir gardé les grognements et borborygmes d'un polar coréen, sans explications afin de laisser son identité au texte.

"C'est la langue qui m'intéresse" a déclaré Marie-l'éditrice Caroline Aubert (Le Seuil) lors de la rencontre "Traduire les richesses de la langue du polar" avec le traducteur de l'italien Christophe Mileschi, animée par Laurence Kiéfé, présidente de l'ATLF.  Le traducteur de l'italien Christophe Mileschi a évoqué la difficulté de traduire les dialectes vénitiens de Luigi Meneghello, qu'il a choisi de traduire en dialecte metzien et en pseudo-wallon, pour jouer sur "la géographie de l'original", tout en se faisant "aider par la famille à Vicence". Tandis que Marie-Caroline Aubert racontait la constitution d'un glossaire de l'afrikaans pour les livres de Deon Meyer. Et Laurence Kiefé expliquait que pour un texte sur les noirs américains du Texas dans les années 30, elle refusait "l'élision, méprisante et visuellement désagréable au profit d'un relâchement syntaxique et d'un niveau de langue moins élevé". "Les traducteurs sont les réinventeurs de la langue" ont-ils conclu unanimement.

Fight in Translation

Avec la joute de traduction organisée samedi 2 avril à 14 h, devant une salle comble, les festivaliers ont plongé au cœur du métier.  Sur un texte de l'Américain Craig Johnson (à paraître chez son éditeur Gallmeister), invité du Festival, qui lisait les extraits de son livre en anglais, Sophie Aslanidès, la traductrice des huit titres parus en français et Charles Recoursé, son challenger (traducteur en autre de David Foster Wallace) ont confronté leurs traductions et répondu de leurs choix. Choisir le vouvoiement ou le tutoiement, le participe présent ou la proposition relative, chercher un synonyme, traduire le mouvement... "J'ai toujours l'impression de prendre des risques" a commenté Sophie Aslanidès, concluant : "Le texte est déjà sous presse, je ne peux plus rien changer alors que j'en ai encore plus envie parce que Charles m'a donné plein de bonnes idées".
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