Livres Hebdo : Vous avez fondé La Peuplade en 2006 avec Mylène Bouchard, à Chicoutimi. Vous avez aussi des collaborateurs en Europe, où vous êtes diffusé depuis 2018. À partir de quel moment avez-vous souhaité vous développer à l'international ?
Simon Philippe Turcot : L'impulsion remonte à 2013-2014, quand on a commencé à faire davantage de traductions. Pour convaincre les agents et les ayants droit, il fallait élargir notre territoire, trouver le moyen de devenir une maison de littérature internationale qui vend ses livres partout dans le monde. Le début de l'aventure européenne, c'est donc en 2018, avec la création d'une diffusion directe en France par le CDE. On est peut-être la plus française des maisons québécoises, dans le sens où on a vraiment adapté notre fonctionnement au modèle français. Nous publions aussi des auteurs français comme Marion Richez récemment, des auteurs québécois et canadiens, et des romans du monde entier avec un focus sur la littérature nordique.
Le 7 mai, vous publiez justement Les grues volent vers le sud, premier roman de la Suédoise Lisa Ridzén qui traite de la vieillesse et qui s'annonce comme un best-seller international. Comment La Peuplade a-t-elle mis la main sur les droits du livre en français ?
C'est une très belle histoire, qui nous définit bien comme une maison d'édition de littérature de découverte puisqu'on recherche constamment les prochaines pépites sur certains territoires, en particulier du côté nordique. Dans le cas des Grues volent vers le sud, le livre était déjà un best-seller en Suède quand on a acheté les droits et quelques territoires avaient été cédés mais ce n'était pas du tout le phénomène international qu'on observe aujourd'hui. Si on ne s'était pas positionnés si tôt, on ne l'aurait jamais eu ! Quand les éditeurs français ont découvert que les droits étaient vendus à La Peuplade, nous avons cédé les droits poche au Livre de Poche en quelques heures. En ce moment, nous travaillons fort pour qu'il soit identifié comme un titre incontournable cette année en France, par exemple avec un voyage de presse dans le nord de la Suède chez Lisa Ridzén.
Une autre de vos actualités concerne la poésie avec la création de Lames, une marque dédiée aux textes poétiques dont les trois premiers recueils paraissent le 2 avril. Pourquoi avoir « sorti » la poésie de La Peuplade ?
Pour les 20 ans de la maison, nous souhaitions donner à la poésie une place autonome dans notre catalogue. Cela nous permet de clarifier le message de La Peuplade du côté de la fiction, surtout vis-à-vis de l'Europe qui est un marché principal pour nous, tout autant que le Canada. Avec Lames, nous pourrons publier des textes – hybrides, poétiques, plus expérimentaux – qu'on ne se serait peut-être pas permis d'explorer autrement. La nouvelle maquette, avec une fabrication moins chère, permet aussi d'aller chercher un jeune public dont on sait qu'il s'intéresse beaucoup à la poésie, avec des prix un peu plus doux. L'idée est qu'on puisse distinguer les deux univers, fiction et poésie, et voir jusqu'à quel point on peut les pousser en France. C'est le début d'une aventure, comme recréer une nouvelle maison ! C'est aussi le premier geste d'une série qui va apparaître dans les prochaines années, notamment avec la création d'une marque éditoriale pour le poche d'ici 2028. Nous y publierons certains textes de La Peuplade et des acquisitions.
