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Ouvrir la nuit et le dimanche... Comment les bibliothèques passent le pas de l'extension des horaires

A partir du 11 septembre 2022, la médiathèque la Grand-Plage, à Roubaix, accueillera du public les dimanches. - Photo Médiathèque la Grand-Plage, Roubaix

Ouvrir la nuit et le dimanche... Comment les bibliothèques passent le pas de l'extension des horaires

Soutenues par des subventions, de plus en plus de médiathèques françaises étendent leurs horaires d’ouverture, notamment en soirée et le dimanche. Certaines passent le pas d’un accueil automatisé, sans bibliothécaire. Pratique courante au Danemark, elle demande une bonne dose de confiance envers les usagers, et quelques ajustements.

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Par Fanny Guyomard ,
Créé le 03.08.2022 à 11h39 ,
Mis à jour le 09.08.2022 à 11h24

Il est 21h ce dimanche, et la bibliothèque bruxelloise Bruegel est habituellement fermée. Un passant arrive devant la porte, scanne sa carte d’abonné sur une borne d’accès et entre dans la bibliothèque vide de personnels. Il ira sur un ordinateur, lira un magazine et papotera avec un voisin. Des signaux sonores et une baisse d’intensité lumineuse leur signaleront qu’il est l’heure de quitter les lieux.

« Plusieurs mesures ont été mises en place pour ouvrir cette bibliothèque en toute tranquillité, sans présence du personnel, incluant un système de surveillance et des numéros d’appels d’urgence », indique l’entreprise Bibliotheca, qui a vendu ce système baptisé "open + access" à plus de 1000 bibliothèques dans le monde, « dont 70% des bibliothèques danoises ». Il permet à cette bibliothèque belge d’ouvrir ses portes tous les soirs jusqu’à 22h (week-end compris), soit 42 heures de plus qu’auparavant. Le dimanche, elle est désormais ouverte de 9h à 22h, tout en automatique.

Des débuts en France

Cette technologie est maintenant aussi utilisée en France dans la médiathèque de Lomme (Lille - Nord) pour accéder au hall d’accueil, ou encore au Zèbre, à Albert (Somme), pour une phase d’expérimentation durant laquelle tous les espaces passent sous ce mode 6h30 par semaine. « Le créneau du lundi était une demande des commerçants, et nous réservons un temps le matin aux centres de loisirs », indique Chloé Dersigny, directrice du service de la lecture publique.

Le prêt de matériel informatique est suspendu. Un agent reste assurer la sécurité des lieux, mais depuis un bureau à l’écart. A l’avenir, cette permanence pourrait être assurée par un autre agent public du même bâtiment, qui comprend notamment une école de musique.

Coût de l'opération : environ 20 000 euros de matériel subventionné à 70% par la Drac et près de 3000 euros pour développer un logiciel adapté, sans compter sa maintenance à l’année de quelque centaines d’euros. Précautions à prendre : une charte à signer, un chariot où les usagers peuvent déposer les documents enlevés du rayonnage, et une fiche papier en cas de pépin de l’automate de prêt. 

« Nous ferons à la Toussaint le point pour savoir si cette ouverture a répondu à une attente, celle des étudiants notamment. Cela reste un service dégradé, il n’y a pas de conseil, reconnaît Chloé Dersigny. Mais nous envoyons un message aux usagers : vous êtes autonomes, on vous fait confiance. »

Vers une généralisation ? 

L’extension des heures d’ouverture des médiathèques s’intensifie en France. De manière ponctuelle (le réseau d’Est Ensemble, en Seine-Saint-Denis, ferme ses portes plus tard avant le brevet et le bac), ou de manière pérenne, souvent à l’occasion de la rénovation ou construction d’un bâtiment, comme à Porspoder ou Elliant (Finistère), qui doublaient leur plage d’ouverture au moment où elles quintuplaient et triplaient d’espace. Pour Le Petit Prince (Calais), sa réouverture était l’occasion de s’aligner sur les horaires du réseau (33h30 d’ouverture par semaine).

Dans le réseau de Plaine-Commune (Seine-Saint-Denis), l’ouverture du dimanche avait entraîné des manifestations d’agents en octobre 2021.

Le 17 octobre, les manifestants se sont retrouvés devant la bibliothèque centrale de Saint-Denis contre la mise en place de l’ouverture le dimanche après-midi dans neuf bibliothèques de Plaine Commune.- Photo CGT

Autre option : ouvrir seulement quelques espaces quand la médiathèque est fermée. C’est ce que fait La Chouette, à Guichen (Ille-et-Vilaine), dont la salle d’animation accueille projections, concerts et ateliers en dehors des heures d’ouverture de la média-ludothèque. Des automates de prêts et une boîte de retours de documents empruntés ont été installés, et deux bibliothécaires ont rejoint l’équipe.

Le taux d’assiduité revient aux bibliothèques universitaires, qui utilisent déjà le système d’entrée automatique. A l’ENS Lyon, les salles de lecture du site Monod sont accessibles par badge tous les jours, dimanches et jours fériés compris, de 8h à 23h15. Le Grand équipement documentaire (GED) du Campus Condorcet (Seine-Saint-Denis) vise lui une accessibilité 24h/24, 7j/7j.

5 millions d’euros aux BU entre 2016 et 2019

L’Etat encourage activement ces ouvertures. Entre 2016 et 2019, le ministère de l’Enseignement supérieur a attribué 5 millions d’euros à l’ouverture de BU le soir, le week-end et pendant les vacances, en aidant à l’embauche de moniteurs étudiants et de personnels de sécurité. Ce plan, baptisé Bibliothèques ouvertes +, a profité à 111 BU et été renouvelé pour la période 2020-2023.

Côté bibliothèques territoriales, l’Etat dédie depuis 2016 une part croissante de la dotation générale de décentralisation (DGD) aux élargissements des horaires d’ouverture. En étant plus conformes aux plages de disponibilité des citoyens, ils « entraînent une augmentation de la fréquentation et une diversification des publics, renforçant ainsi le rôle des bibliothèques dans la réduction des fractures sociales et territoriales », rapportaient les sénatrices Colette Mélot et Sylvie Robert en juillet 2020.

Entre 2016 et la fin de l’année 2020, 428 projets d’extension ont ainsi été soutenus, pour une augmentation moyenne de 8 heures 30 d’ouverture hebdomadaire, décomptent les députées Aurore Bergé et Sylvie Tolmont dans un rapport présenté en mars 2021. « Ces projets ont bénéficié directement à plus de 9 millions de Français, notamment dans les zones les plus fragiles : 41 % des projets incluent une zone de revitalisation rurale, un quartier prioritaire de la politique de la ville ou une commune bénéficiaire du programme Action cœur de ville », retracent-elles.

L'aide dure cinq ans. Pour continuer sur leur lancée et continuer à rémunérer des agents contractuels ou titulaires, les bibliothèques peuvent ensuite signer pour trois ans renouvelables des contrats territoire-lecture. Ou bien ouvrir leur établissement en libre-service.

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