Gutenberg One promet 55% de remise aux libraires | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, le 25.11.2019 à 18h46 (mis à jour le 25.11.2019 à 19h01) Fabrication

Gutenberg One promet 55% de remise aux libraires

Le robot Gutenberg One, en court de fabrication d'un exemplaire de La Croix reconfiguré en livre, sur le salon Creativ'Book. - Photo EMILIE SCOCCIA - CREATIV'BOOK

Le fabricant du robot d’impression à la demande précise son modèle économique et annonce une rentabilité de 10%, avec une moyenne de 44 livres produits quotidiennement.

Exposant vedette du salon Creativ’book qui s’est tenu à Paris le 25 novembre le prototype du robot imprimeur Gutenberg One conçu autour d’un bras articulé a aimanté les visiteurs professionnels, comme lors de sa première démonstration devant le grand public à Livre Paris en mars dernier.
 
Entretemps, les responsables de ce nouveau programme d’impression à la demande, qui vise notamment des installations en librairies, ont précisé leur modèle économique. « Nous pourrons monter jusqu’à 55% de remise pour les livres de fonds. Il nous faut encore un peu temps pour expliquer l’économie de ce projet, qui est le fruit de 6 ans de recherche pour réaliser ce « Netflix » du livre papier » reconnaît Hubert Pedurand, à l’initiative de ce système de fabrication, à installer au plus près des lecteurs. Sur une emprise au sol de 2,5 m2, le prototype réalise en 5 minutes un livre de 400 pages relié en dos carré collé.
 
Directeur général de Laballery, imprimerie organisée en coopérative de production qui a repris Floch et la Source d’or, il mène ce projet avec sa société Néomédias et sa filiale Gutenberg & Co, indépendamment de l’activité de ce groupe de trois unités de fabrication entièrement dédiées au livre, qui emploient 183 salariés et réalisent 22 millions d’euros de chiffre d’affaires, en croissance annuelle de 10%.

Multiplication des courts tirages
 
En dépit de cette bonne santé, le DG s’inquiète à la fois d’une fragilité de l’activité dans le livre, caractérisée par la multiplication des courts tirages et la réduction des volumes, et par une dépendance totale à l’égard de technologies et de composants étrangers dans le numérique. La maîtrise des brevets et de la fabrication en France est une des motivations de ce programme, que son concepteur espère transformer « en affaire collective, que l’ensemble du secteur s’appropriera ».
 
Il a été soutenu au démarrage par l’Union nationale des industries de l’impression et de la communication (Uniic), le syndicat professionnel du secteur, a reçu 150000 euros de fonds européens pour la conception du prototype et a convaincu récemment la région Bourgogne-Franche-Comté, où le siège de l’entreprise est installé, de l’accompagner dans une phase test en grandeur nature. Marie-Guite Dufay, la présidente de la région, a promis de mobiliser les partenaires locaux, l’Etat et la Banque publique d’investissement pour disposer des fonds nécessaires à la fabrication de 15 robots à installer dans autant de librairies de Bourgogne-France-Comté.

44 livres par jour
 
« Le taux de remise moyen en librairie est de 35%, auquel nous ajouterons 20% de coût de fabrication, pour arriver à 55% de remise globale qui servira à payer les consommables [papier, encre], la location de la machine, les charges de la personne qui s’en occupera. En tenant compte de l’absence de stock et de retours, nous estimons le point mort à environ 120000 euros par an, soit une moyenne de 44 livres imprimés dans la journée » explique Etienne Rosenstiehl, directeur général de Gutenberg & Co. Au-delà, la rentabilité peut atteindre environ 10%, à comparer avec le résultat moyen d’une librairie, bien inférieur, insiste-t-il.
 
Il faudra convaincre aussi les éditeurs de confier leurs livres à ce circuit de fabrication, qui paraît idéal pour maintenir l’ensemble du fonds disponible, même les livres les moins demandés, ou pour éviter les ruptures temporaires. Mais le projet soulève beaucoup de questions quant à sa réalité économique chez les intéressés, qui s’organisent et investissent dans le court tirage et la fabrication/livraison à flux tendus.
 
D’où la recherche aussi de travaux alternatifs, avec des auteurs autoédités, ou encore de la presse reconfigurée en livre, des publications Instagram sous forme d’albums et toutes expériences de rematérialisation de flux numériques sous forme imprimée. Au prochain Livre Paris en mars 2020, une nouvelle version de Gutenberg One sera présentée, plus proche de celle qui devrait être fabriquée en série, et la plateforme de production hébergeant les contenus à imprimer devrait aussi être prête.
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