Christel Hoolans : "rester proches des libraires" | Livres Hebdo

Par Fabrice Piault, le 08.05.2020 à 11h00 Le jour d'après

Christel Hoolans : "rester proches des libraires"

Christel Hoolans, directrice générale des éditions Le Lombard & Kana, en confinement début mai 2020 à Bruxelles - Photo DR.

Onzième épisode du feuilleton de Livres Hebdo "Le jour d'après"rédigé à tour de rôle par différents professionnels du livre. Aujourd'hui Christel Hoolans, directrice générale des éditions Le Lombard & Kana, et chargée de la structure bruxelloise Dargaud-Lombard SA.

« Je n’ai jamais connu Bruxelles comme cela, à part peut-être pendant la journée annuelle "sans voiture". Plus un bruit, à part celui des mésanges venues nicher dans le jardin. Plus personne dans les rues malgré ce beau soleil sans fin, plutôt très inhabituel dans notre beau pays. Des Belges cloîtrés alors qu’ils sont toujours les premiers à sortir dès qu’apparaît le moindre rayon de soleil pour aller boire un coup en terrasse.
 
Le moment de sidération passé, il a fallu réagir très vite. Quelques jours avant le confinement, nous nous organisions pour être tous capables de travailler à distance. Depuis, à Paris comme à Bruxelles, nos bureaux sont vides. Seule la réception continue à s’occuper chaque jour des colis et courriers, et quelques collègues passent de temps à autre pour un dossier ou des épreuves couleurs, par exemple, qui ne peuvent se faire à distance.

Finies les blagues

Les équipes se sont adaptées rapidement malgré des conditions compliquées pour certains. J’ai été épatée par la réaction de chacun, la solidarité et l’envie de trouver des solutions pour maintenir notre activité. La visioconférence nous oblige à être très efficaces. Finies (ou presque) les digressions, les blagues, les discussions informelles qui parfois font avancer un dossier ou jaillir une nouvelle idée.
 
Au Lombard, nous finalisons les albums en cours et planifiés, malgré le manque de visibilité. Nous restons en contact permanent avec nos partenaires, notre communauté de lecteurs et nos auteurs que nous essayons de rassurer au maximum. Côté Kana, les maisons d'édition japonaises ont – pour la plupart – mis leurs employés en télétravail depuis la déclaration de l'état d'urgence et l'incitation au confinement volontaire, le 8 avril dernier. La sortie de certains magazines de prépublication est suspendue. Nous ne mesurons pas encore l'impact que cela aura pour nous dans les mois à venir, mais nous nous préparons.
 
La fabrication continue à travailler normalement. Les imprimeurs n’ont quasiment jamais cessé leur activité même si, par période, les équipes étaient réduites. Quand notre distributeur MDS a fermé, fin mars, ils ont dû stocker dans leurs ateliers pour ne pas devoir arrêter leur activité, les gros entrepôts étant réquisitionnés pour l’alimentaire et le médical. Le système D a pris le relais, mais la réouverture de MDS, depuis le 20 avril, nous soulage. Les commandes de réassort, le traitement des retours afin de donner de l’oxygène aux libraires, l’atelier de montage des PLV pour nos opérations commerciales et la réception des livres ont la priorité. Les équipes travaillent selon un protocole sanitaire précis.

15 à 20% de nos titres décalés à 2021

La diffusion a travaillé sur plusieurs scenarios de reprise afin que, lors du déconfinement, nous puissions reprendre notre activité le plus rapidement et surtout le plus efficacement possible. Un vrai casse-tête ! Nous avons réorganisé l’intégralité de notre calendrier de parution 2020 et 15 à 20% de nos titres ont été décalés à 2021.
 
En cette période particulièrement difficile pour nos libraires, nous essayons de rester proches d’eux. A la reprise, ils recevront un grand nombre de nouveautés et nous les sensibilisons dès maintenant à nos enjeux. Nous avons la chance en France et en Belgique de pouvoir nous appuyer sur un solide réseau de librairies indépendantes, généralistes ou spécialisées, et avons bien conscience de la force qu’elles représentent pour l’ensemble de notre profession. La situation est difficile pour toutes, presque intenable pour certaines. En tant qu’éditeur, on se doit d’y être attentif et s'il y a un maillon de la chaîne à soutenir en priorité, c’est celui-là.
 
Ce temps de confinement pose aussi la question de la surproduction. Cela fait six ans déjà que Le Lombard a choisi de produire moins pour mieux accompagner chacun de ses livres. Sur ce laps de temps, nous sommes passés de 135 à 85 titres, essayant de privilégier la qualité éditoriale et le soutien promotionnel plutôt que la production à tout va.

L'opportunité de se poser des questions

Le numérique, quant à lui, explose et prend une place importante dans notre communication. Côté Lombard, auteurs et équipe se mobilisent pour offrir du contenu et de la lecture. Nos marques jeunesse ont le vent en poupe auprès des familles en manque d’activité et nos lectures gratuites sont toujours disponibles. En vingt jours, les pages "albums à lire gratuitement" ont été vues plus de 410 000 fois ! Une dynamique que nous tenterons de maintenir après confinement. Chez Kana, pour garder le lien, nous avons profité de cette parenthèse pour offrir de la lecture gratuite chaque jour et nous avons également démarré la semaine passée des FB live qui ont eu leur petit succès auprès de notre communauté manga.
 
Les chantiers de demain sont nombreux. Cette crise donne l’opportunité de se poser quelques questions sur le sens du travail, sur la gestion du temps, sur le collectif, et sur notre manière de travailler en général. Une autre de nos préoccupations majeures est la lecture, des jeunes et des moins jeunes. Le 23 avril a eu lieu la Journée mondiale du livre. Comme l’année dernière, l’opération "Tout le monde lit" qui encourage à lire 15 minutes tous les jours, était au rendez-vous en Belgique. Durant le confinement, lire un quart d’heure tous les jours avec nos enfants peut devenir un moment précieux en famille. Roman, BD, manga, journal ou magazine : peu importe ce qu’on lit, pourvu qu’on lise avec plaisir.

Développer leur imagination, stimuler leur langage, les faire rêver et s’évader à travers les pages. Parce que les bienfaits de la lecture sont infinis, pensons à remettre la lecture au centre des loisirs de chacun. Le temps du confinement nous aura rappelé que la lecture est un plaisir, un moyen de s’évader où que nous soyons. A quand le moment où nous pourrons lire à nouveau une bonne BD en terrasse ? »

Et vous ? Racontez-nous comment vous voyez le jour d’après, comment vous imaginez la relance de votre activité en nous écrivant à l'adresse  confinement@livreshebdo.fr
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