Bibliothèques universitaires: la France en retrait derrière ses voisins, selon une enquête inédite | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, le 26.03.2018 à 18h03 (mis à jour le 03.05.2018 à 15h02) Enseignement supérieur

Bibliothèques universitaires: la France en retrait derrière ses voisins, selon une enquête inédite

L’ADBU dévoile une enquête inédite comparant les données d’activité des bibliothèques universitaires de 13 pays européens.

L’Association des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation (ADBU) a dévoilé, lundi 26 mars lors d’une matinée d’étude à la Bulac (Bibliothèque universitaire des langues et civilisations), une enquête inédite synthétisant les données d’activité des bibliothèques universitaires de 13 pays européens.

Réalisée par le cabinet de conseil Six & Dix, cette étude permet pour la première fois à la France de se comparer à ses voisins à partir de données objectivées, même si les différents intervenants ont souligné la difficulté à établir des indicateurs communs réellement comparables. "Très peu de données sont présentes dans tous les pays sous la même forme" a expliqué lors de son introduction Hélène Coste, responsable de la commission Pilotage et évaluation de l’ADBU. Les données sur les collections physiques et numériques, par exemple, existent dans tous les pays concernés par l’enquête mais n’ont pas été retenues car elles recouvrent des réalités très différentes.
 
Le premier constat souligné par l’enquête est la forte hausse du nombre d’étudiants dans les universités françaises, +8,8% entre 2103 et 2016. "Cette enquête met en lumière les pressions qui s’exercent sur les bibliothèques universitaires telles que les tensions budgétaires, la transformation numérique, les évolutions pédagogiques, a détaillé Eric Anjeaux, du cabinet Six & Dix. En France, les efforts réalisés sont réels mais ne suivent pas le rythme de la hausse du nombre d’étudiants. On voit aussi très bien que les 13 pays partagent les mêmes évolutions".
 
Les BU françaises en retrait

La France se situe en retrait sur plusieurs indicateurs clés, notamment les horaires d’ouverture. Les BU françaises sont ouvertes 59 heures par semaine, tandis que la moyenne européenne se situe à 67,5 heures d’ouverture hebdomadaire. Elles ouvrent 235 jours par an, contre 266 jours en moyenne en Europe. La France se trouve également en dessous de la moyenne européenne concernant le nombre de personnels: 3,8 postes ETP (équivalents temps plein) pour 1000 étudiants en France, contre 5 en moyenne. A noter qu’en France comme dans le reste de l’Europe, le nombre de personnels est à la baisse, -6% en France entre 2013 et 2016, et -5,3% en Europe.

Le niveau de dépenses par étudiant est également défavorable à la France, où les universités consacrent 272 euros par étudiant, quand les 13 pays européens de l’enquête y consacrent en moyenne 503 euros. Les dépenses documentaires représentent en France 24% des dépenses totales, alors qu’elles atteignent en moyenne 31% en Europe, et 42% au Royaume-Uni.
 
Le nombre d’entrées par an et par étudiant est de 38,5 en France, contre 47,9 en moyenne dans les 13 pays concernés par l’enquête. Ce chiffre atteint 60,3 au Royaume-Uni mais seulement 39,7 en Allemagne.
 
Le nombre de prêts de documents physiques par an et par étudiant et de 6,5 en France, contre 11,6 en Europe, 11,9 au Royaume-Uni, et 13,7 en Allemagne. Dans tous les cas, il est en forte baisse: -12,6% en France entre 2103 et 2016, -16,1% en Europe, -19,6% en Allemagne et -23,9% au Royaume-Uni.
 
La France bien placée pour le nombre de places de travail
Les BU françaises sont en revanche bien placées en ce qui concerne le nombre d’étudiants par place assise : 10,1 étudiants par place, contre 13,5 en moyenne en Europe, et 19 en Allemagne. Le Royaume-Uni fait un peu mieux avec 9,7 étudiants par place assise. La bonne performance française est la conséquence des plans nationaux successifs de modernisation des universités, tels que U3M (Universités du 3e millénaire) ou Plan Campus. La France est également au-dessus de la moyenne européenne pour le nombre d’heures de formation: 0,43 heure pour 10 étudiants, avec une progression de 36,4% entre 2013 et 2016, contre 0,34 heure dans l’ensemble des 13 pays de l’enquête.
 
"Cette enquête permet de battre en brèche certaines idées reçues, s'est réjouie Sophie Mazens, chef du Département de l’information scientifique et technique et du réseau documentaire du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, qui a soutenu la réalisation de l’enquête. Ces données sont des éléments précieux pour élaborer les politiques nationales".
 
En conclusion, Christophe Péralès, président de l’ADBU, a rappelé que les bibliothèques universitaires étaient des leviers importants de la réussite étudiante et qu’elles participaient activement à la compétitivité des universités. "Les BU constituent des investissements rentables pour les universités, a fait valoir le président. Pourtant, en France, elles disposent de moins de budgets et de personnels que leurs homologues européens. Je me réjouis de la prise de conscience que permettent les données objectives de cette enquête. Plus on pourra démontrer notre impact, mieux on sera entendu des décideurs".

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