450 professionnels aux premières Assises de la littérature jeunesse | Livres Hebdo

Par Claude Combet, le 02.10.2017 à 23h54 (mis à jour le 05.10.2017 à 18h11) - 1 commentaire Jeunesse

450 professionnels aux premières Assises de la littérature jeunesse

Thierry Magnier, Jeanne Benameur, Emmanuelle Beulque, Samantha Bailly et Magali Le Huche. - Photo OLIVIER DION

Pour leur première édition, les assises du livre de jeunesse initiées par le Syndicat national de l'édition ont présenté la chaine du livre et posé les bases d’un dialogue sur les sujets brûlants comme les droits d’auteur, la formation et la médiatisation.

Organisées par le groupe Jeunesse du Syndicat national de l’édition et le Centre national de la littérature pour la jeunesse-Bibliothèque nationale de France, les premières assises de la littérature pour la jeunesse se sont déroulées à guichet fermé lundi 2 octobre dans le grand auditorium de la BNF, à Paris.

Plus de 450 professionnels – bibliothécaires, enseignants, étudiants – ont suivi les tables rondes : «Du projet à l’objet», «Relation auteur-éditeur, création et prise de risque», «Promouvoir», «Diffusion-distribution» et «Médiation», montrant à la fois un besoin de formation et un réél intérêt pour le secteur comme l'ont montré les questions de la salle.

"C’est une excellente initiative. Il est important que les acteurs de la chaîne du livre créent les conditions d’une collaboration sereine" a déclaré Nicolas Georges, directeur du livre et de la lecture au ministère de la Culture, qui parlait au nom de la ministre de la culture, Françoise Nyssen. Il a donné d'emblée le ton de la journée en remerciant les éditeurs "qui n’hésitent pas à s’engager", Samantha Bailly, présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse pour "avoir mis la rémunération des auteurs au cœur des préoccupations de l’association", dont les tarifs font référence, et remercié Vincent Monadé, qui l’a mise au centre des aides du Centre national du livre. Il a aussi annoncé que "l’éducation artistique et culturelle serait l’un des grands chantiers du ministère de la Culture, avec des moyens renforcés, inscrits dès le budget 2018".

Trois axes stratégiques

Il a aussi rappelé les trois directions dans lesquelles Françoise Nyssen souhaitait travailler : d’abord ouvrir davantage les bibliothèques pour une fréquentation en famille (la mission d’Erik Orsenna), promouvoir le livre de jeunesse, notamment la lecture à voix haute et le programme "Premières pages",  et favoriser la diffusion du livre dans les centres de loisirs. Ensuite, resserrer les liens entre librairie et écoles, et enfin soutenir toutes les actions de promotion sur l’ensemble du territoire, comme le Salon de Montreuil, les manifestations en région et tous les événements nationaux comme "Partir en livres" et la "Nuit de la lecture" qui aura lieu le 20 janvier 2018 et pourrait être, dans le cadre de la France invitée à Francfort, européenne.

Nicolas Georges s’est aussi réjoui de la rencontre auteurs-éditeurs, sujet de la deuxième table ronde, « Relation auteur éditeur : création et prise de risque », dont le thème majeur a été le droit d’auteur. C’est Samantha Bailly, présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse qui a pris en charge les revendications des auteurs : droits d’auteur équivalents à ceux de la littérature adulte, statut et reconnaissance des auteurs jeunesse dans les manifestations et dans les médias. "On a l’air de trouver normal qu’un auteur ne gagne pas sa vie. Ce n'est pas normal. Je tenais à le dire" a-t-elle déclaré. "Nous sommes conscients des difficultés des auteurs, qui prennent des risques autant créatifs que financiers. C'est aussi le cas des éditeurs. Nous sommes dans le même bateau, celui de la création" a répondu Emmanuelle Beulque, directrice éditoriale de Sarbacane. "On doit avoir assez de temps pour travailler nos livres et être payés correctement. Tout est lié. Si on traite les auteurs pour la jeunesse comme les auteurs pour adules, le livre pour enfants aura sa reconnaissance" a insisté dans la salle Carole Trébor, ex-présidente de la Charte, qui a aussi souligné "la surproduction n’est pas le fait des auteurs".

Coûts et surproduction

L’intervention d’Amanda Spiegel, libraire de Folies d’encre à Montreuil, également applaudie, a apporté un côté à la fois humain et concret à la promotion du livre. Elle a rappelé le coût d’une animation - "qui n'est pas rentable dans 80 % des cas"-, la surproduction, la visite du représentant et la difficulté du choix. 

Il a aussi été question de fabrication – "pourquoi imprimez-vous en Chine ?" et d’impact environnemental -, de médiatisation – "Il est plus facile de déplacer des gens pour le tennis que pour le ping pong. Nous avons un petit côté ping pong" a commenté l’auteur Fred Bernard -, de distribution, de formation. "Les questions ont été posées. Sans avoir répondu, chacun a pu s’exprimer et on a posé les bases d’un vrai dialogue" a déclaré à Livres Hebdo, Pierre Dutilleul, directeur général du Syndicat national de l’édition, prêt à recommencer l’expérience comme l’ensemble des participants.

La journée, conclue par Vincent Montagne, président du SNE, s’est terminée par une note d’émotion quand Jo Hoestlandt a raconté qu’au cours d’une rencontre en classe une petite fille lui a demandé quelle lettre de l’alphabet, elle choisissait. Et losrqu'elle a répondu "le o parce que quand on embrasse, on fait un o",  la petite fille a suggéré "le c, comme un bras qu’on pose sur l’épaule de quelqu’un qu’on aime sans pour autant l’empêcher de partir".

Tandis que la voix brisée de Thierry Magnier a clôturé la journée avec un hommage à Robert Delpire, "qui m’a donné la foi en cette littérature de jeunesse comme Harlin Quist". Sans oublier le manuscrit de Vingt mille lieux sous les mers,  de Jules Verne, et la maquette préparatoire, à l’aquarelle, du Château de Babar, de Laurent de Brunhoff, tout aussi émouvants. 
 
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