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David Meulemans, président Aux Forges de Vulcain
« Cela permet d'associer davantage les auteurs étrangers à la vie de la maison »
« Dans une maison de taille restreinte, la division du travail est moins forte. Nous avons une agence (BooksAgent) qui cède nos droits mais les éditeurs font aussi ce travail, avec cet espoir de rencontrer des maisons étrangères qui nous ressemblent, à taille humaine, où des éditrices et des éditeurs font les achats et les cessions. Cette exploitation internationale, à partir de la France, d'un texte écrit dans une autre langue permet d'associer davantage les auteurs étrangers à la vie de la maison, de contribuer davantage à les faire grandir à l'international. Pour prendre l'exemple de Doppelgänger de Gerard Guix, sorti à la rentrée littéraire 2025 et dont nous exploitons les droits premiers. J'avais déjà publié deux titres de Gerard Guix traduits du catalan, mais quand, au cours d'un déjeuner, il me mentionne qu'il a un inédit, écrit en espagnol, je lui dis que je suis prêt à l'éditer et que ce serait l'occasion rêvée pour travailler ensemble sur un texte, puisque, avec une traduction, le texte est déjà établi. Il est d'accord et m'adresse un texte de deux millions de signes ! Nous avons fait l'édition à partir de l'espagnol grâce à Alejandro Ferrer, assistant éditorial aux Forges, qui avait déjà travaillé sur des textes hispanophones en Colombie. Mon niveau d'espagnol ne me permettant ni sa finesse ni ses échanges fluides, Alejandro me faisait des comptes-rendus hebdomadaires avec l'auteur et la traductrice, Carole Fillière. Un travail passionnant. »
Gregory Messina, fondateur et directeur de Linwood Messina Literary Agency
« Si les planètes sont alignées, pourquoi pas ? »
« Les éditeurs sont toujours à l'affût de nouveaux projets. Se mettre en lien direct avec un auteur fait partie de cette quête. Les éditeurs français qui achètent les droits en littérature étrangère ont moins l'occasion de travailler directement avec un auteur. Mais si les planètes sont alignées, pourquoi pas ? Cela étant dit, le phénomène n'est pas nouveau. Quand j'étais l'assistant de Benita Edzard responsable des services droits étrangers chez Robert Laffont nous avions déjà travaillé en amont avec des écrivains étrangers. Le cas notamment de Moi, Victoria, enfant volée de la dictature argentine de Victoria Donda (2010), nous en avions vendu les droits dans une dizaine de langues (y compris l'espagnol de l'œuvre originale !). En tant qu'agent, je dirais que je ne suis pas inquiet de l'émergence d'un nouveau modèle d'exploitation des droits. L'édition se nourrit de projets d'où qu'ils viennent. Je ne parle pas au nom de toutes les agences littéraires mais je ne m'attends pas à ce que les éditeurs se fournissent uniquement chez nous. Et puis ce ne sont pas les idées de livres qui manquent, il y a de la place pour tout le monde ! »
