Il y a un chat, du thé, des enfants qui passent dans le couloir. Dans la rue, une fromagerie évidemment, et dans le lointain, les lumières du Moulin-Rouge. Tout est bien, en place, bienvenue chez « Pauline in Paris ». Seulement, de cette fille-là, Pauline Klein, on a lu les livres et l'on sait conséquemment que chez elle rien n'est plus fugace, trompeur le plus souvent, que les apparences de la normalité. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Au fil de l'entretien qu'elle nous accorde, elle finira par reconnaître, évoquant ses années de formation : « Ma phobie, c'était d'être marginale. Je voulais passionnément être normale. » Raté. Elle est anormalement douée.
Faut-il l'être en effet pour réussir avec un tel brio un livre, son dernier, Pourquoi je mens, dont l'argument peut paraître à ce point rebattu. Sujet : le père. Le sien, Bernard, mort mystérieusement alors qu'elle n'avait que 10 ans et qu'elle n'a jamais vraiment connu (quelques visites de loin en loin avant la disparition finale). Alors qu'on la devine si peu adepte des confessions impudiques, elle avoue pourtant avoir en quelque sorte commencé à écrire ce livre dès la mort de son père. Un but, « l'envie de trouver quelque chose là où il n'y a rien ». Elle qui dit : « J'échafaude assez vite des hypothèses paranos » va pouvoir très légitimement cette fois-ci s'en donner à cœur joie... Elle fera avant ce rendez-vous si longtemps annoncé tout de même bien des détours. L'enfance, par exemple. Celle d'une fille qui ne lit pas vraiment, qui a la sensation que la culture, ce n'est pas pour elle. Et bientôt une adolescente qui se veut brutale, qui a envie d'en découdre et promet de se venger. Cela passera par quelques beaux chemins de traverse, loin de sa vie dans une famille qu'elle qualifie de « simili-bourgeoise et sans argent ». Un détour d'abord par la judéité paternelle qui « l'intrigue. C'était une résidence possible, une terre d'accueil ». Après, il y aura la vie. Un titre de championne de France de gymnastique rythmique et sportive (GRS) à 15 ans (une grâce que l'on retrouve dans son écriture). Le goût des études. Un mémoire de philo sur Nietzsche, une école d'art à Londres, trois ans à New York, l'envie de devenir médecin ou artiste (elle donne l'impression que cela pourrait être un peu pareil), la sidération éprouvée lors de la découverte de l'œuvre de Sophie Calle, un boulot pour Sonia Rykiel... Bref, un détour joli chez les heureux du monde. Et comme ligne d'arrivée, l'écriture. Remède pour une femme angoissée « à l'idée d'être folle ». Premier roman en 2010, chez Allia, Alice Kahn. Un ton s'impose, elle ne le sait pas. « Je minaudais quand même encore un peu. Je suis désormais plus détendue avec de quoi j'ai l'air. » De quoi a-t-elle l'air ? Déjà, d'une écrivaine qui sait que l'humour est une politesse faite au lecteur. On l'interroge sur ses inspirations, elle répond pince-sans-rire : « je suis très volage avec elles » (la formule est digne d'une Louise de Vilmorin). Avant de concéder Rachel Cusk, Maria Pourchet ou L'insoutenable légèreté de l'être. Et de se resservir du thé.
Pourquoi je mens
Gallimard
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 20 € ; 208 p.
ISBN: 9782073129710
