Une table ronde consacrée au prix de littérature de l’Union européenne s’est tenue, vendredi 17 avril, pendant le Festival du livre de Paris. Patrice Locmant, directeur général de la société des gens de Lettres, Hélène Frédérick, autrice lauréate, Aurélie Bontout-Roche, chargée de mission EUPL (European Union prize for literature) à la promotion auprès des éditeurs et Katharina Loïc Van Hoof, directrice générale des Argonautes ont participé à cette rencontre animée par Alexandre Mouawad (rédacteur en chef adjoint à Livres Hebdo).
« Ce prix doit être un tremplin »
Le prix de l’Union européenne pour la littérature, créé en 2009, œuvre pour le développement de la littérature européenne contemporaine. « Ce prix doit être un tremplin », a souligné Aurélie Bontout-Roche. Inscrit dans un programme européen dédié à la culture, « Europe créative », il s’appuie sur un principe simple : révéler des auteurs émergents à l’échelle internationale.
Chaque année, une sélection de 13 à 14 pays est opérée, chacun désignant un écrivain selon des critères précis : « Pas un primo-romancier », mais un auteur ayant déjà publié, « pas moins de deux livres, pas plus de quatre livres et pas plus de quatre traductions ». Patrice Locmant a ainsi mis l'accent sur l’un des objectifs majeurs du prix : penser la littérature au-delà des frontières nationales : « Ce prix symbolise l’existence d’une littérature européenne » en offrant à des écrivains encore peu traduits une visibilité nouvelle.
Dépasser les frontières
En France, la sélection est assurée par un comité de la Société des gens de lettres (SGDL). Cette année, c’est Hélène Frédérick qui a été consacrée pour Les Lézardes (Verticales), un essai autobiographique littéraire construit en fragments où l’autrice entremêle son enfance au Québec, marquée par la figure de son père réparateur de machines électroniques, ses années de libraire, son arrivée à Paris et son travail de correctrice dans la presse, ainsi que son apprentissage constant de la langue française devenue son outil.
Le livre explore aussi les milieux anarchistes liés au syndicat des correcteurs et met en lumière plusieurs paradoxes, notamment celui de vouloir libérer le langage tout en le contraignant par le travail de correction. Cette tension entre deux langues (français québécois et français de France), cette espèce « d’entre deux langues » comme le définit Hélène Frédérick, a fortement contribué à séduire le jury, une « littérature francophone qui ne s’arrête pas à l’Hexagone », a détaillé Patrice Locmant. « Ce prix qui mélange tant de culture trouve aussi un écho dans mon livre », a confirmé l’autrice.
Emma Rafowicz, députée européenne socialiste, vice-présidente de la commission culture du Parlement européen et rapporteur du programme Agora, un programme qui gère entre autres choses les politiques publiques culturelles européennes, est intervenue pour rappeler l’importance de l’implication de l’Union européenne dans ce prix : « Le succès de la culture européenne n’est pas un hasard, ce sont des infrastructures et des budgets dédiés ».
Des dispositifs de soutien
Mais c’est surtout dans ses dispositifs concrets que le prix joue pleinement son rôle de tremplin. Dès la sélection nationale, un extrait de chaque ouvrage est traduit en anglais : « Une traduction de 40 pages, très tôt les éditeurs étrangers peuvent se plonger dans l’œuvre ». Ces « samples » sont ensuite lus par un jury international, tandis que les éditeurs viennent défendre leur titre. Ce mécanisme favorise une mise en visibilité rapide auprès des professionnels du livre.
Les aides à la traduction constituent un autre levier essentiel. Le lauréat bénéficie de 10 000 euros ainsi que de deux subventions de traduction à hauteur de 80 % : « Tous les auteurs, même s’ils ne gagnent pas, obtiennent une traduction à hauteur de 60 % », a souligné Aurélie Bontout-Roche. Dans un secteur où la traduction représente « un tiers des coûts de production », comme l'a rappelé l’éditrice Katharina Loïc Van Hoof, ce soutien est déterminant, notamment pour les structures indépendantes.
Effet accélérateur
Au-delà du financement, le prix crée un véritable réseau. Anthologies, foires internationales, rencontres professionnelles : « C’est tout un networking qui se développe », a poursuivi la chargée de mission du prix. Les éditeurs peuvent ainsi découvrir de « nouvelles voix », accéder à des littératures peu visibles et nouer des collaborations. Katharina Loïc Van Hoof insiste sur cette dimension d’ouverture, qui permet de publier des auteurs venus de pays « qu’on ne voit quasiment jamais », notamment en Europe de l’Est ou dans les pays associés au programme (Arménie, Ukraine, Bosnie par exemple).
La lauréate de l’année précédente, Nicoletta Verna, illustre l’effet d’accélération du prix. Publiée en France chez Gallimard pour Les jours de Verre, elle est passée de deux à 25 cessions. Le prix a ainsi redonné de la visibilité à une œuvre parue un an plus tôt. Une publication aux États-Unis est également prévue, où la maison américaine pourrait s’intéresser à l’avenir à de futurs lauréats. « C’est tout un networking qui se développe », a conclu Aurélie Bontout-Roche.
