À l’occasion du premier jour du Festival du Livre de Paris, les acteurs de la filière se sont réunis lors d’une table ronde consacrée à la présentation des résultats de la 14e édition du baromètre des usages du livre. Étaient présents Marine Boulanger, directrice Cinéma et Entertainment chez Médiamétrie, Mathilde Jablonski, directrice de Cascades et présidente de la commission Livre Audio du SNE, Natasha Pauthier, chargée d’études et marketing produits chez Médiamétrie, ainsi qu'Arnaud Robert, secrétaire général du groupe Hachette Livre.
Réalisée par Médiamétrie pour La Sofia, le SNE et la SGDL, l’étude confirme un ancrage toujours solide de la lecture dans les pratiques des Français, tout en mettant en évidence une recomposition profonde des usages et des supports.
Une lecture hybride
En 2025, 47 millions de Français ont lu ou écouté au moins un livre. Le livre imprimé reste dominant, mais les usages numériques et audio poursuivent leur progression.
50 % des lecteurs restent exclusifs au papier, tandis que 11 % combinent les trois formats. « Cette évolution traduit une logique de complémentarité plus que de substitution », portée notamment par les nouveaux usages numériques, a expliqué Marine Boulanger.
Le livre audio, moteur d’une croissance rapide
En deux ans, le nombre d’auditeurs de livre audio numérique a plus que doublé, passant de 4,3 à plus de 10 millions. Pour Mathilde Jablonski, cette dynamique s’inscrit dans une transformation structurelle des usages culturels, soulignant un phénomène désormais aligné avec les tendances européennes.
Elle a également insisté sur l’adéquation du format avec les modes de vie actuels : « C’est un format très adapté à nos vies : mobile, multitâche, qui permet de faire plusieurs choses en même temps. » Le smartphone s’impose d’ailleurs comme support principal (58 % des usages).
Le livre audio se caractérise aussi par une forte hybridation des pratiques. Une majorité d’audio-lecteurs consomment également d’autres formats, ce qui confirme l’absence de concurrence entre supports. « Il n’y a pas de cannibalisation entre les formats, au contraire ils s’enrichissent les uns les autres », souligne encore Mathilde Jablonski.
Numérique et audio : des usages complémentaires
Le livre numérique (14 millions de lecteurs, âge moyen de 36 ans) et le livre audio participent à l’élargissement des publics. Le profil des audio-lecteurs reste spécifique : plus jeune, plutôt masculin, et fortement engagé dans des pratiques culturelles numériques (podcasts, streaming, plateformes).
« On observe que cette population, qui est jeune contrairement aux idées reçues, s’empare du livre audio. C’est une évolution dont nous nous réjouissons, car elle constitue aussi un vecteur de développement de la lecture sous toutes ses formes », a détaillé Mathilde Jablonski, interrogée par Livres Hebdo.
Des portes d’entrée vers la lecture
Le livre numérique et le livre audio apparaissent comme des leviers pour toucher de nouveaux publics. La bande dessinée joue à ce titre un rôle clé : « Véritable porte d’entrée culturelle, elle contribue à élargir le lectorat, notamment chez les plus jeunes ».
Ces formats s’intègrent naturellement dans les usages digitaux : près de la moitié des lecteurs numériques lisent sur smartphone.
Une lecture guidée par le plaisir et la recommandation
Le premier moteur de la lecture reste le plaisir, suivi par la détente et l’évasion. En matière de prescription, le bouche-à-oreille domine largement (60 %), devant les médias traditionnels, les librairies et les bibliothèques.
Comme l'a rappelé Natasha Pauthier, 80 % des lecteurs échangent autour de leurs lectures, faisant de la recommandation sociale un levier essentiel.
Le choix des livres repose avant tout sur l’histoire (63 %), puis le genre (55 %) et l’auteur (40 %). Les critères varient toutefois selon les profils : les jeunes sont sensibles à la couverture ou au format, tandis que les lecteurs plus âgés privilégient la notoriété de l’auteur.
Librairies, plateformes et occasion : des modèles complémentaires
L’achat de livres neufs reste dominant pour le livre imprimé, notamment via les librairies (31 %), tandis que les usages numériques privilégient les plateformes et abonnements, adoptés par près d’un lecteur sur deux.
Mais le véritable phénomène structurant est la montée en puissance du marché de l’occasion. 69 % des lecteurs déclarent acheter des livres d’occasion, principalement pour des raisons économiques, mais aussi pour accéder à des ouvrages rares. Les circuits d’achat se diversifient : brocantes et bouquinistes (65 %) restent importants, mais les sites en ligne (59 %) confirment le poids du numérique dans ce segment.
Comme l'a souligné Arnaud Robert, ce développement pose un défi économique majeur : « La filière est fondée sur la vente de livres neufs, la rémunération des auteurs et des éditeurs en dépend. Dès lors qu’une autre modalité de vente se met en place, il faut qu’elle génère de quoi alimenter la chaîne de création. »
Bibliothèques : un pilier toujours central
Autre point fort de l'étude, près d’un Français sur deux a fréquenté une bibliothèque en 2025, et 44 % y ont emprunté au moins un livre. Leur rôle est particulièrement crucial chez les jeunes : 70 % des 6-14 ans s’y rendent.
Les bibliothèques répondent à plusieurs attentes : accès gratuit, accompagnement et conseils, diversité de l’offre, ainsi que mise à disposition de titres introuvables dans le commerce. C’est ce que met en évidence l’étude, qui souligne également qu’elles demeurent un lieu essentiel de socialisation autour de la lecture.
Piratage : un enjeu persistant
En revanche, le recours aux offres illégales concerne encore 21 % des Français tous contenus confondus. Pour le livre, le phénomène reste plus limité (environ 5 à 6 %), mais progresse légèrement, notamment chez les jeunes hommes.
Si la principale motivation reste le budget (53 %), la facilité d’accès de plus en plus grande à ces contenus joue également un rôle important, a rappelé Arnaud Robert.
Des pratiques appelées à évoluer… lentement
Les Français anticipent globalement une stabilité de leurs pratiques dans les années à venir, quel que soit le format. Seul le livre d’occasion pourrait continuer à progresser significativement.
