Ouvrir les bibliothèques sans bibliothécaires | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, à Paris , le 08.06.2019 à 23h52 (mis à jour le 09.06.2019 à 12h00) Congrès de l'ABF 2019

Ouvrir les bibliothèques sans bibliothécaires

Bibliothèque de Konsberg en Norvège

Une rencontre organisée samedi 8 juin pendant le congrès de l'Association des bibliothécaires de France, à Paris, présentait les expériences de deux bibliothèques, une française et une norvégienne, qui ouvrent leurs locaux sans personnel sur certains horaires grâce à un système d'automatisation.
 

Ouvrir la bibliothèque sans bibliothécaire grâce à la technologie : la question était abordée devant une salle comble samedi 8 juin lors de la dernière journée du congrès de l'Association des bibliothécaires de France, à la Porte de Versailles à Paris.

Elisabeth Bergstrom, directrice de la bibliothèque municipale de Konsberg, en Norvège, a frappé l'auditoire en expliquant comment son établissement, constitué d'une médiathèque centrale et d'une annexe, auparavant sur des horaires classiques, ouvrait désormais tous les jours de 7 heures du matin à 22 heures le soir, soit 105 heures par semaine. Pour améliorer le service aux usagers, la bibliothèque a adopté en 2015 le dispositif d'automatisation Open + de la société Bibliotheca, constitué d'un boitier de contrôle d'accès à l'entrée des locaux, d'automates de prêts et retours des documents, et de caméras de surveillance. De 7 heures à 10 heures le matin, et de 19 heures à 22 heures le soir en semaine ainsi que tout le week-end, la bibliothèque fonctionne sans personnel, les usagers étant alors en autonomie complète.

Aujourd'hui, 4000 usagers utilisent ce service, réservé aux personnes majeures inscrites à la bibliothèque et ayant signé la charte d'utilisation. A la centrale, près de 20 % des prêts sont effectués pendant les horaires sans personnels. "Pour moi, il était évident que les gens devaient avoir accès à la bibliothèque aux heures où cela leur convient, pas quand c'est pratique pour nous", a souligné Elisabeth Bergstrom. En quatre ans, la bibliothèque n'a pas eu à déplorer de dégradations ou de vols. Elle a dû cependant interdir l'accès aux adolescents venant seuls, qui se montraient bruyants et monopolisaient l'espace réservé aux tout-petits. Aujourd'hui, 98 des 426 municipalités norvégiennes ont adopté ce dispositif. "En Norvège, il est utilisé comme un service complémentaire, pas comme un moyen de se passer des bibliothécaires", a précisé la directrice.

Un frein législatif

En France, la médiathèque L'Odyssée, à Lomme, commune de la banlieue lilloise, est la seule bibliothèque française à utiliser actuellement le dispositif Open +. Emmannuelle Kalfa, qui dirigeait l'établissement jusqu'au 1er juin, a exposé les freins à la pleine utilisation du service. La législation française stipule, en effet, qu'un établissement ne peut pas accueillir de public sans la présence de personnel. Mis en oeuvre dans un contexte favorable, la réflexion menée par la Métropole européenne de Lille sur les horaires des services publics, et un fort soutien des élus de Lomme, le service est aujourd'hui limité à quelques heures par semaine, pendant la présence de personnels dans les locaux mais qui n'assurent pas de service public, et il ne donne accès qu'à un petit espace à l'entrée de la médiathèque. "Ce compromis n'est pas satisfaisant, mais c'est ce qu'on a pu obtenir de mieux, a reconnu Emmanuelle Kalfa. Cependant, c'est un dispositif qui répond à une attente des usagers et qui améliore la qualité de notre offre de service".

 
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