Franck Riester face aux préoccupations des bibliothécaires | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, le 06.06.2019 à 14h59 (mis à jour le 06.06.2019 à 16h55) Congrès de l'ABF 2019

Franck Riester face aux préoccupations des bibliothécaires

Alice Bernard, présidente de l’ABF, et Franck Riester, ministre de la Culture - Photo OLIVIER DION

Le 65e congrès de l'Association des bibliothécaires de France a été inauguré par un discours très engagé de sa nouvelle présidente, Alice Bernard. Franck Riester, venu en fin de matinée, a rencontré différents membres du bureau national de l'ABF.
 

La présidente de l'Association des bibliothécaires de France (ABF), Alice Bernard, a inauguré jeudi 6 juin le 65e congrès de l'association par un discours à la teneur très engagée. Après une présentation des grands axes de la manifestation, qui se tiendra jusqu'au 8 juin au Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, par le président sortant Xavier Galaup, la nouvelle présidente a d'abord évoqué la situation des auteurs et rappelé leur combat actuel pour la défense de leur statut. Elle a salué les avancées du cadre législatif au niveau européen, qui permet notamment la fouille de données, mais a regretté l'absence d'avancée pour le prêt numérique en bibliothèque. "Va-t-on continuer à priver les lecteurs de tout une partie de la production éditoriale ?", a souligné Alice Bernard.
 
La bibliothèque, c'est avant tout de l'humain. Alice Bernard

Face aux incitations du ministère de la Culture pour ouvrir plus les bibliothèques, la présidente a pointé la contradiction de cette demande avec les contraintes que le Pacte financier du gouvernement fait peser sur les collectivités locales. "Alors que nombre de bibliothèques rurales fonctionnent avec des bénévoles dont la charge de travail est comparable à celle d'un salarié à plein temps, ne faudrait-il pas mieux investir sur la formation et la profesionnalisation ?, a déclaré la présidente, qui a réaffirmé que la position de l'ABF était "d'ouvrir mieux plutôt que d'ouvrir plus".

Après avoir exposé avec humour une dystopie dans laquelle les données privées des lecteurs étaient vendues pour alimenter les budgets d'acquisition, l'ouverture du dimanche financée par une loterie nationale, et où les bibliothécaires étaient remplacés par des androïdes, la présidente a rappelé qu'une bibliothèque n'était pas qu'une série d'étagères mais une équipe et un projet au service des citoyens. "Le métier de bibliothécaire est-il en passe de devenir obsolète ?", a poursuivi encore Alice Bernard, avant de conclure, "la bibliothèque, c'est avant tout de l'humain".
 
Franck Riester avec le bureau de l'ABF - Photo VÉRONIQUE HEURTEMATTE
Le ministre au salon

Le ministère de la Culture, Franck Riester, qui devait initialement faire un discours en ouverture de la manifestation, est finalement venu en fin de matinée. Après avoir fait un tour du salon professionnel, il a rencontré les membres du bureau national de l'ABF pour un bref échange autour des principales préoccupations de la profession. Les bibliothécaires ont mentionné à nouveau les questions qui se posent autour de la transposition dans le droit français de la directive européenne sur le droit d'auteur. "Protéger le droit d'auteur et garantir l'accès à l'information des usagers n'est pas incompatible", a rassuré le ministre en réponse aux inquiétudes exprimées.

L'ABF a ensuite affirmé l'importance pour les bibliothèques d'être bien identifiées comme des actrices de premier plan dans la mission d'inclusion numérique. "Je compte poursuivre cette initiative, a indiqué Franck Riester. A l'ère du numérique, il est important de prendre en compte les nécessités de formation des citoyens dans ce domaine".
 
Il est possible de faire passer des messages politiques forts, d'accompagner votre travail sans passer par une loi. Franck Riester

Stéphane Dumas, vice-président de l'ABF, a alerté le ministre sur les difficultés que rencontrent actuellement les bibliothèques départementales en termes de budget et en matière de cadre d'emploi. "Les directions sont de plus en plus souvent confiées à des administratifs et non à des bibliothécaires", a déploré le représentant de l'ABF. "Le rôle des bibliothèques départementales mérite d'être réinterrogé et leurs missions réaffirmées, en lien avec les collectivités territoriales, a acquiessé Franck Riester. Il faut trouver comment inciter à nouveau les conseils départementaux à se saisir de ce service".

Pour conclure, Alice Bernard a demandé au ministre sa position concernant la perspective d'une loi sur les bibliothèques, en débat depuis de nombreuses années. "Ce n'est pas d'actualité pour l'instant, a répondu le ministre. Mais il est possible de faire passer des messages politiques forts, d'accompagner votre travail sans passer par une loi".
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