Partir pour se retrouver. L'envie de larguer les amarres était devenue un besoin. À 45 ans, Lola sent que l'heure est venue de reprendre sa vie en main, pour elle mais aussi pour son fils Ennio, victime de harcèlement scolaire. En avait-il souffert « parce que sa maman était une femme d'affaires riche et médiatisée » ? Dans une autre vie, Lola était une entrepreneuse à succès qui avait « un peu changé le monde », comme aimait à le dire son père. « Sauf que l'humain est ainsi fait que pour rester dans la course il faut générer et générer et générer encore de l'argent. » Pas la quête de Lola qui, un matin, décide de jeter le bébé avec l'eau du bain et de revendre son entreprise. Entre-temps, Ennio était né et le papa de ce dernier, Nathan, s'était éloigné. Alors, « après des années à prendre [s]on élan », Lola propose à son fils une année sabbatique. « Un an de liberté totale. Allez... ¡ Vamos ! » Nathan ne s'y oppose pas. « Tels deux pirates prêts à dépouiller le monde de ses trésors », Lola et Ennio prennent le large.
Pour convaincre son préado de voyager seul avec sa daronne, Lola choisit la Floride pour première destination, et le Walt Disney World d'Orlando. Trente-cinq degrés, une allergie à l'écran total et des « ritournelles insupportables de dessins animés » à chaque coin de rue... Pour la découverte d'une autre culture, on a fait mieux. Jusqu'à ce que mère et fils tombent sur John, alias Unkie, un biker originaire des Everglades, « tas de muscles de cent cinquante kilos » qui se révèle un guide attentionné. S'ensuivront Essaouira, Le Caire, Madrid et La Havane avec, à chaque escale, des rencontres et des retrouvailles. À Cuba où elle a vécu quinze ans plus tôt, Lola revoit Javier, un amour de jeunesse. Avant son arrivée, elle lui écrit « dans le secret espoir de vibrer à nouveau ». Mais c'est auprès des siens, à Marseillette, dans le Sud de la France, que cette petite fille d'immigrés espagnols réalise peut-être le séjour le plus dépaysant. Lors d'une réunion familiale, Volver, la chanson d'Estrella Morente, se rappelle à elle. « Volver, ça veut dire revenir. »
Un retour qu'Olivia Ruiz, avec ¡ Vamos !, opère elle-même vers des thèmes qui avaient guidé l'écriture de ses deux précédents romans (La commode aux tiroirs de couleurs, Écoute la pluie tomber, JC Lattès, 2020, 2022) : l'exil, les non-dits, l'héritage parfois douloureux des mémoires familiales. Si ¡ Vamos ! peut se lire comme un savoureux road trip, entre ses lignes affleure l'histoire d'une « transmission silencieuse », celle d'une violence héritée génération après génération dont Lola et son fils tentent de briser « les branches toxiques pour faire place à de nouveaux bourgeons ». Spontanée et sans chichi, l'écriture d'Olivia Ruiz nous embarque dans un récit oscillant entre les « papillons » et les « corbeaux », entre la célébration des joies de la maternité et le sacerdoce qu'elle peut parfois représenter, entre les forces et les fragilités d'une héroïne immédiatement sympathique dans son rôle de « mère désespérée » mais bien décidée à ne pas se laisser aller. Si certains traits sont un peu trop appuyés, le charme opère, l'émerveillement du duo mère-fils séduit et ce qu'ils retirent de leur voyage nous questionne en retour : « ce n'est pas seulement notre histoire qui nous fait [...], mais nous qui faisons notre histoire. »
¡ Vamos !
JC Lattès
Tirage: 100 000 ex.
Prix: 20,90 € ; 234 p.
ISBN: 9782709674935
