Décentrer l'humain. À l'instar de Claude Lévi-Strauss qui fut son directeur de thèse, Philippe Descola s'est intéressé dès ses premiers travaux à l'Amazonie. L'auteur des Lances du crépuscule dirige ses pas vers la haute Amazonie, en Équateur : il vivra en immersion chez les Achuars, autrefois désignés « Jivaros ». Dépassement de l'idée de nature et de l'anthropocentrisme, déconstruction de la dichotomie nature/culture, concept d'identification, réflexion sur les modes d'échange... L'anthropologie descolienne fait école. Ces présents entretiens avec le journaliste du Monde Nicolas Truong, Nous sommes les hôtes de la Terre, retracent le parcours intellectuel du père de l'« écologie des relations ». Ils constituent une excellente introduction à Descola et, pour les connaisseurs, un rappel salutaire, en ses temps d'« internationale réactionnaire incarnée par Trump », qu'il existe une pensée embrassant d'autres manières de penser.
Philippe Descola rappelle cette « humilité principielle » chère à Lévi-Strauss mettant l'homme en garde contre son outrecuidance vis-à-vis du vivant en dehors de l'humain. Si de sa jeunesse d'extrême gauche l'anthropologue a évolué vers une vision moins utopiste, cela n'implique pas d'abdiquer la lutte contre les inégalités. Bien au contraire ! Il s'agit de la renforcer, en admettant que « nous autres, humains, sommes dépendants du tissu de la vie auquel nous sommes insérés et que traiter les autres qu'humains comme de simples choses aliénables, c'est contribuer à étendre l'empire de la marchandise et nous transformer nous-mêmes en choses aliénables. »
Nous sommes les hôtes de la Terre. Entretiens avec Nicolas Truong
Arthaud
Tirage: NC
Prix: 17 € ; 160 p.
ISBN: 9782080512321
