L'éditeur Gui Minhai réapparaît aux mains de la police chinoise | Livres Hebdo

Par Cécilia Lacour, avec AFP, le 12.02.2018 à 19h31 (mis à jour le 12.02.2018 à 20h00) Liberté de publier

L'éditeur Gui Minhai réapparaît aux mains de la police chinoise

Le copropriétaire de la maison d'édition Mighty Current, Gui Minhai, en larmes à la télévision chinoise en janvier 2016. - Photo DR

Gui Minhai, éditeur de nationalité suédoise et copropriétaire de la maison d'édition Current Mighty basée à Hong Kong, était porté disparu depuis le 20 janvier.

L'histoire se répète pour Gui Minhai. L'éditeur de nationalité suédoise et copropriétaire de la maison d'édition Current Mighty, basée à Hong Kong, est réapparu, vendredi 9 février, en détention dans les locaux de la police de Ningbo, sa ville natale en Chine, au sud de Shanghai. Gui Minhai était porté disparu depuis le 20 janvier, enlevé par un groupe de dix hommes. Il se rendait à Pékin pour un rendez-vous médical, accompagné de deux diplomates suédois.
 
Interviewé par des médias chinois et de Hong Kong, Gui Minhai a accusé la Suède d'avoir voulu le manipuler à des fins politiques. Les médias chinois ont assuré que l'éditeur est "soupçonné d'être impliqué dans des activités mettant en danger la sécurité nationale". Ces allégations sont susceptibles de retarder toute aide consulaire.
 
Déjà, en octobre 2015, Gui Minhai avait été enlevé par les autorités chinoises, avec quatre autres de ses collègues de Current Mighty. Il avait réapparu à la télévision chinoise en janvier 2016, affirmant, dans une déclaration jugée peu crédible, s'être rendu à la police de son propre chef pour une affaire de délit de fuite datant de plus d'une dizaine d'années. Il avait finalement été libéré sous condition le 17 octobre dernier.
 
Entretien jugé peu convainquant
 
Dès l'annonce de sa disparition, la communauté européenne, l'Union internationale des éditeurs et Amnesty International ont exhorté la Chine à libérer l'éditeur. Cette conférence de presse, jugée non convaincante, est manifestement une réponse à cette mobilisation. Dès le lendemain, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères suédois a expliqué qu'elle continuerait à exiger que "[son] citoyen puisse avoir accès au personnel consulaire et médical suédois".
 
Les ONG rappellent le recours fréquent par la Chine à ces mises en scène télévisées: "L'exercice montre à la fois le ridicule de la situation et combien le gouvernement chinois réagit aux pressions internationales: M. Gui arrive devant les journalistes entre deux policiers. Aucun journaliste occidental n'a été convié. Ensuite, il parlerait “librement” mais n'a accès ni à un avocat ni aux diplomates suédois", explique à l'AFP Patrick Poon, d'Amnesty International à Hongkong.
 
Aventure "digne d'Hollywood"
 
Gui Minhai "n'était évidemment pas libre, et sous des pressions intenses", estime une source au South China Morning Post, le grand quotidien de Hong Kong dont les journalistes ont été conviés à Ningbo. L'éditeur leur a expliqué qu'après deux ans de détention, son affaire de "commerce illégal" – en référence à la diffusion en Chine des livres de sa maison d'édition – n'était "pas encore conclue" et qu'il ne pouvait quitter la Chine, alors que les diplomates suédois n'avaient cessé de l'inciter à le faire, prétextant son état de santé. Or, les médecins chinois, a-t-il précisé, auraient diagnotiqué un problème cervical et non la maladie de Charcot, comme ce qui a été annoncé par sa fille. "Je suis devenu le pion de la Suède. Sous leur instigation, j'ai donc de nouveau enfreint la loi. Je ne leur ferai plus jamais confiance", a poursuivi Gui Minhai, ajoutant vouloir "vivre en Chine".
 
La presse officielle chinoise est passée à l'offensive contre Stockholm. Le Global Times, principal vecteur de la propagande vis-à-vis de l'étranger, éreinte la Suède, un "pays relativement petit", qui se serait lancée dans une aventure périlleuse "digne d'Hollywood".

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