Créée en 1979, la librairie Fontaine, située rue de Sèvres dans le VIIe arrondissement de Paris, fermera définitivement ses portes le 1er mars 2026. La décision a été prise par sa directrice, Sylvie Maillet, à la tête du réseau des librairies Fontaine depuis le début des années 2000, à la suite de son père, Jean-Claude Maillet. En cause : un chiffre d’affaires en net recul depuis plusieurs années, conséquence directe d’une baisse marquée de la fréquentation dans un quartier profondément transformé.
« C’est ma seule librairie qui n’a pas récupéré son chiffre d’affaires d’avant-Covid, hormis durant l’année 2021, qui a été exceptionnelle pour tout le monde. Après cela, le chiffre d’affaires a très vite replongé », explique Sylvie Maillet à Livres Hebdo. Selon elle, le chiffre d’affaires de la librairie a reculé de 15 % depuis 2023, passant de 860 000 à 750 000 euros.
« Conserver cette librairie risquerait de mettre en péril les autres points de vente »
Pour tenter d’expliquer les facteurs de cette situation dégradée, la directrice invoque avant tout les mutations économiques et sociales du quartier. « La librairie est située dans une zone où le télétravail s’est largement répandu, et où il y a de plus en plus de locaux vacants. Les magasins alimentaires, par exemple, sont tous fermés le midi », observe-t-elle.
Cette désertification urbaine s’est doublée d’une évolution des modes de déplacement dans le quartier, où le vélo semble avoir supplanté le métro. Si elle-même utilise quotidiennement ce mode de transport, Sylvie Maillet en pointe néanmoins du doigt les effets pervers sur la fréquentation de la librairie. Laquelle profitait autrefois d’un flot régulier de voyageurs, grâce à sa proximité immédiate avec la station Duroc.
En dépit de quelques tentatives de réajustement, la situation économique de la librairie de la rue de Sèvres ne s’est pas améliorée. « Cela fait deux ans, particulièrement, que ma librairie est dans le rouge. Au début, on contracte un peu la masse salariale, mais au bout d’un moment, on n’a plus le choix. Quand le chiffre d’affaires n’est plus suffisant pour couvrir des charges en hausse, il faut se rendre à l’évidence. Ce n’est pas une décision facile à prendre, mais conserver cette librairie risquerait de mettre en péril les autres points de vente. C’est la première fois, en 30 ans de passion pour ce métier, que je dois gérer la décroissance », confie l’entrepreneuse.
Un réseau de librairies historique
Gérée au quotidien par une personne pourtant à la retraite mais restée en poste par choix personnel, la librairie emploie également trois autres salariés. L’un d’entre eux prendra sa retraite au printemps prochain. À la fermeture du magasin, les deux autres salariés seront reclassés dans les autres librairies du réseau.
Quant au stock, une politique de réduction est déjà engagée. Les ouvrages non écoulés et qui ne pourront être retournés aux maisons d’édition seront redistribués dans les autres points de vente Fontaine, qui, eux, affichent une santé économique solide, avec « un chiffre d’affaires en hausse constante », affirme Sylvie Maillet.
Fondée en 1979 par Jean-Claude Maillet et Christophe Bon, la librairie Fontaine de la rue de Sèvres est le quatrième magasin du réseau ouvert par le duo, après Victor-Hugo (1965), Passy (1976) et Opéra (1977). Le réseau s’est ensuite étoffé avec Auteuil (XVIe), Haussmann (VIIIe), Villiers (XVIIe) et Lubéron, à Apt, en Provence. Dans les années 1990, il comptait jusqu’à dix librairies. Après la fermeture programmée de la rue de Sèvres, le réseau n’en comptera plus que six.
Au début des années 2000, Sylvie Maillet, qui ne se prédestinait pourtant pas à devenir libraire, prend la suite de son père, propulsée à la tête des quatre librairies Fontaine du XVIe arrondissement. Elle acquiert, au fil du temps, Fontaine Villiers, Fontaine Sèvres, puis Dumas à Apt, devenu Fontaine Lubéron. Très investie dans les actions collectives de la chaîne du livre, elle siège toujours au conseil d’administration de l’association Paris Librairies.
