Les éditions Gallimard et la revue Le Grand Continent s’associent pour créer « La Bibliothèque de géopolitique », une nouvelle collection consacrée à l’analyse des dynamiques internationales actuelles. Le premier ouvrage, Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire d’Arnaud Miranda, paraîtra le 22 janvier.
« Nous sommes face à un moment géopolitique qui combine trois éléments », explique Gilles Gressani directeur de la revue Grand Continent interrogé par Livres Hebdo : « Une demande très large de débat public, une actualité de plus en plus inquiétante et centrale, et l'envie de créer un lieu de rencontre entre différentes disciplines ». C’est précisément cette conjonction qui a conduit le directeur de la revue à lancer cette nouvelle collection avec Gallimard.
Fondée en 2019, Le Grand Continent est une revue en ligne consacrée à la géopolitique. Le média compte aujourd'hui sur son site plus de 3 500 contributions écrites d'intellectuels : chercheurs, décideurs, universitaires etc. En passant au format livre, la revue aspire à donner une nouvelle temporalité à son contenu. « Historiquement, ce que font les "Bibliothèques" chez Gallimard, c’est ouvrir un lieu identifié par les lecteurs, où l’on peut faire émerger des éléments sur une temporalité plus lente », explique Gilles Gressani.
Une inscription patrimoniale
Même maquette, même format, « La Bibliothèque de géopolitique » s’inscrit dans la lignée des célèbres collections « Bibliothèque » de Gallimard. De « La Bibliothèque des Idées », fondée en 1927, à « La Bibliothèque des Histoires », créée en 1971, ces collections ont rassemblé certains des plus grands intellectuels, tels que Jean-Paul Sartre, Paul Valéry ou Michel Foucault.
L’ouverture d’une nouvelle Bibliothèque chez Gallimard n’a donc rien d’anodin, comme le rappelle Sophie Kucoyanis en charge de « La Bibliothèque de géopolitique » chez Gallimard, interrogée par Livres Hebdo : « On ne prend pas à la légère la décision de créer une nouvelle série avec un héritage aussi prestigieux, mais il nous est apparu que la géopolitique devait avoir un écrin éditorial à sa mesure ».
Pour Gilles Gressani cette nouvelle collection permet d’inscrire le travail du média « dans une filiation » tout en affirmant une différence avec ses autres formats de publication, notamment le volume annuel déjà publié depuis quatre ans chez Gallimard. Paru en avril 2025 le dernier volume dirigé par Giuliano da Empoli, L'Empire de l'ombre. Guerre et terre au temps de l'IA, s’est écoulé à 12 976 exemplaires selon les donnéesNielsenIQ BookData de la base Electre.
Outil d'un « réarmement intellectuel »
Derrière « La Bibliothèque de géopolitique », se dessine une ambition plus large : la collection se veut un outil de « réarmement intellectuel », destiné aussi bien aux chercheurs qu'aux simples citoyens, en s’appuyant sur « des paradigmes issus de la recherche en sciences sociales », développe le directeur de la revue.
« La Bibliothèque de géopolitique » reposera sur trois types de publications : des livres de chercheurs en sciences sociales, des textes fondamentaux de la géopolitique jusqu’ici indisponibles ou jamais publiés, et des traductions de textes contemporains afin de « réarticuler le débat francophone avec le débat anglophone », précise Gilles Gressani.
À raison de trois à cinq titres par an, « La Bibliothèque de géopolitique » ambitionne de publier des ouvrages pensés comme de véritables « classiques contemporains ». « Ce sont des textes que nous estimons capables de rester pertinents dans dix ans, des ouvrages qui s’inscrivent dans le temps long et contribuent à structurer de nouvelles questions », poursuit le directeur de la revue.
Dans le prolongement de cette démarche, Le Grand Continent prévoit également le lancement prochain d’un nouvel institut au sein de l’école Normale Supérieure, destiné à produire des travaux de fond et à renforcer cette dynamique intellectuelle.
