SOCIAL

La Ligue des auteurs dénonce un message «faux» du président du SNE

La Ligue des auteurs professionnels s'étonne de la non communication du rapport réalisé par Bruno Racine sur la situation des créateurs dans l'édition. - Photo COLIANDRE

La Ligue des auteurs dénonce un message «faux» du président du SNE

Dans une lettre ouverte en forme de réquisitoire, l’association demande un « dialogue social encadré par l’État » et « une politique volontariste en faveur des auteurs et autrices » et déplore le retard de la publication du rapport Racine. De son côté, Marion Montaigne dénonce l'inaction du gouvernement à l'égard des auteurs et réclame elle aussi la publication rapide de ce rapport.

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Par Hervé Hugueny,
Créé le 16.01.2020 à 17h37,
Mis à jour le 16.01.2020 à 18h00

Lors de son discours de vœux la semaine dernière, Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition, s'est opposé, en raison de la fragilité des éditeurs, à une éventuelle règlementation par l’Etat d’un niveau minimum de droits. En réponse, la Ligue des auteurs professionnels dénonce dans une lettre ouverte publiée le 15 janvier un message "faux, inacceptable et uniquement bâti sur la défense des intérêts économiques des entreprises que vous représentez."
 
"Faux car certaines maisons d'édition agissent dans le respect de leurs auteurs sans que cela ne nuise à leur croissance. Inacceptable car la grande majorité des autres maisons d’édition tirent largement profit de la précarité de leurs auteurs, alors même que ces derniers sont à l’origine de l’ensemble de leurs publications" poursuit le texte, qui rappelle les données de la dernière étude de la Scam : un quart des auteurs sans à-valoir, lequel est inférieur à 3000 euros pour 30% d’entre eux, 41% des auteurs affiliés sont en dessous du Smic, 60% doivent réclamer leur reddition de compte à leur éditeur, etc.
 
"La crise sociale et économique que traversent les auteurs et autrices est directement imputable à la politique de maisons d’édition désireuses de maintenir une situation d’exploitation des créateurs plutôt qu’un réel partenariat liant auteurs et éditeurs", affirme la Ligue des auteurs professionnels, ajoutant que le SNE a bien su se mobiliser "pour la réglementation du secteur, quand il s’est agi du "droit d’auteur" au niveau européen dont les exploitants des œuvres sont les premiers bénéficiaires, ou encore du prix unique du livre qui a été de fait une mesure de régulation vous offrant un puissant pouvoir dans la chaîne du livre".

Rapport Racine égaré
 
Déplorant une "rupture du dialogue social", le communiqué estime qu’il "est d’autant plus urgent que les pouvoirs publics légifèrent pour protéger davantage les créateurs et créatrices et leur donner enfin un cadre de travail digne". Il appelle aussi à une publication rapide du rapport Racine, qui doit fournir une analyse de la situation des auteurs, et des propositions pour l’améliorer. "Si vous vous opposez par avance et avec une telle force à ses propositions aux législateurs, c’est que ce rapport pourrait bien contenir enfin les mesures de régulation que nous attendons. Et s'il advenait que le rapport Racine soit amputé de mesures régulatrices, nous saurions que des pressions auront été exercées".
 
Jugeant que les créateurs traversent une "crise sociale, économique et administrative sans précédent", la Ligue déclare que "le temps d’un dialogue social encadré par l’État et d’une politique volontariste en faveur des auteurs et autrices est venu".
 

Le coup de gueule de Marion Montaigne


Sur France Inter, au micro d’Augustin Trapenard le 16 janvier, la dessinatrice Marion Montaigne a aussi vivement exigé la communication du rapport commandé par le ministre de la Culture : "l'Etat, précisément, a demandé à une commission de se pencher sur la situation des auteurs. Ce texte existe : c'est le rapport Racine, mais il semble avoir été égaré par le ministre Franck Riester. En attendant qu'il soit dévoilé, redoutant peut-être ses conclusions, le patron des éditeurs prévient : pour lui, c'est niet ! Non à un éventuel rééquilibrage du rapport de force. Non aux auteurs qui voudraient vivre de leur travail. Non à une meilleure répartition des droits. Bref, les éditeurs veulent que tout reste comme avant", s’insurge l’auteure de Tu mourras moins bête. Agacée, elle reproche au membre du gouvernement de n’avoir pas pris "le moindre début de mesure concrète pour ceux qui font de la BD" alors que 2020 a été désignée "année de la BD" par le ministère. "Nous écouter avec gravité, c'est bien. Mais agir, c'est mieux !," a tonné Marion Montaigne, avant d’adresser un défi au ministre. "Cette année, on veut aller au festival en lisant le rapport Racine dans le train. Nous avons hâte de vous voir à Angoulême, Monsieur Riester. Mais si vous avez oublié le rapport, s'il vous plaît, épargnez le budget de l'Etat et restez chez vous."
 

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