Lancée le 22 février, une pétition en ligne a recueilli plus de 58 000 signatures pour demander le retrait de la vente du roman Corps à cœur, de l’autrice française Jessie Auryann. Présenté comme une dark romance psychologique destinée à un public majeur et averti, l’ouvrage, autoédité et diffusé sur Amazon, a d’abord été publié en deux tomes (le premier en juin 2023, le second en février 2025) avant d’être proposé dans une édition intégrale regroupant les deux volumes. Au moment où la polémique enfle, cette version occupe la première place du classement des meilleures ventes de la catégorie romance sur la plateforme.
Contenu controversé et accusations
Si le résumé s’inscrit dans les codes habituels de la dark romance, plusieurs passages dénoncés sur les réseaux sociaux sont toutefois accusés de décrire de manière explicite des actes de torture et des abus sexuels impliquant des enfants. Pour les signataires de la pétition, ces éléments feraient ainsi basculer l’ouvrage dans le champ d’un contenu potentiellement illégal.
Au-delà de la nature des scènes évoquées, certains lecteurs soulèvent également la question de l’information du public. Selon eux, les avertissements (« trigger warnings ») mentionnés dans le livre ne permettraient pas d’anticiper l’ampleur ni la nature précise des passages incriminés.
La réponse d’Amazon
Sollicité par Livres Hebdo, Amazon assure examiner le signalement. Un porte-parole de l'entreprise déclare : « Amazon dispose de règles strictes en matière de contenu et nous exigeons que tous les livres vendus sur Amazon respectent la réglementation en vigueur. Nous enquêtons immédiatement sur tout signalement et retirons les livres non conformes. Nous procédons à l'examen urgent du titre signalé et prendrons les mesures qui s'imposent. »
Amazon précise par ailleurs prendre très au sérieux les signalements de contenus susceptibles de violer ses directives et engager des enquêtes avec diligence. Elle rappelle également la possibilité pour les clients d’utiliser la section « Signaler un problème » en bas de la page produit pour alerter sur un contenu qu’ils jugeraient inapproprié à la vente.
À l’origine de la pétition
Selon Anaïs Hillion, fondatrice du site spécialisé The Romance Times également contactée par Livres Hebdo, la controverse a émergé ce dimanche 22 février, avant d’être relayée par plusieurs comptes influents. La mobilisation s’est ensuite amplifiée, portée par des auteurs et autrices de romance comme Noémie Conte, qui a pris position publiquement sur Instagram.
C’est dans ce contexte qu’est née la pétition. À son initiative, on trouve Anaïs Fenautrigues-Petrelli, « lectrice passionnée » connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme « Ana au pays livresque ». « En analysant la situation et en constatant les réactions de l’autrice, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de citoyenne d’offrir un cadre légal et collectif à cette indignation : c’est ainsi qu’est née la pétition », explique-t-elle.
Avec une première publication en 2023, cette prise de conscience tardive questionne. D’après Anaïs Hillion, la discussion aurait d’abord pris forme au sein de groupes Facebook consacrés à la dark romance, où un message dénonçant le contenu du livre aurait circulé après avoir échappé à la modération.
Mobilisation institutionnelle et associative
La mobilisation a rapidement dépassé le cadre des réseaux sociaux. Le député Antoine Léaument (La France insoumise) a annoncé sur X avoir saisi la plateforme Pharos ainsi que le procureur de la République.
Je découvre avec la nausée les extraits du «livre» en ligne «Corps à coeur», qui présente des scènes explicitement pédocriminelles en les «romançant».
— Antoine Léaument 🇫🇷 (@ALeaument) February 23, 2026
Cette publication contrevient à mes yeux à l'article 227-24 du Code pénal.
Je saisis Pharos et le procureur de la République. pic.twitter.com/vBEyxf9NrY
De nombreux internautes indiquent également avoir procédé à des signalements individuels via les canaux officiels. Par ailleurs, plusieurs associations de protection de l’enfance ont engagé des démarches afin d’examiner le contenu de l’ouvrage et évaluer d’éventuelles suites à donner.
Une affaire loin d’être isolée
La controverse intervient dans un climat marqué par une récente affaire judiciaire en Australie. Le 9 février, l’autrice australienne Lauren Mastrosa, connue sous le pseudonyme Tori Woods, a été reconnue coupable par un tribunal australien de création, possession et diffusion de matériel pédopornographique à la suite de la publication d’un roman érotique contenant des passages controversés.
Pour Anaïs Hillion, cette condamnation a contribué à une vigilance accrue concernant la représentation de mineurs dans des œuvres de fiction. L’affaire n’est d’ailleurs pas sans rappeler d’autres polémiques, notamment celle visant Bastien Vivès en France, ou encore le cas de l’auteur canadien Yvan Godbout, accusé en 2019 puis acquitté en 2020 de production et de distribution de pornographie juvénile.
