Atouts et handicaps des Français à la journée professionnelle de Quais du polar | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Lyon, le 30.03.2019 à 19h38 (mis à jour le 01.04.2019 à 12h02) Rencontres professionnelles

Atouts et handicaps des Français à la journée professionnelle de Quais du polar

Photo PETER AVONDO / QUAIS DU POLAR

Aux côtés des rencontres sur l’audiovisuel et les innovations numériques, Polar Connection, la journée professionnelle de Quais du polar, travaille à faire découvrir son modèle de manifestation et la nouvelle vague d’auteurs français.

Avec un point sur le polar scandinave - pays invité - en ouverture de la journée professionnelle Polar connection le vendredi 29 mars -, Quais du polar a marqué son ouverture sur l’international. Il a été suivi d’une rencontre avec auteurs et éditeurs roumains, dans le cadre de la saison « France Roumanie ». Tandis que l’Institut français avait convié pour la première fois 17 éditeurs et directeurs de manifestation pour mettre en avant le Festival en tant que modèle d’ingénierie culturelle. 

« Quelle place pour les auteurs étrangers aux pays du polar nordique ? » s’interrogeait la première table ronde organisée par le Bief et animée par son directeur Nicolas Roche. L’édition nordique ne laisse que peu de place aux traductions autres que celles de l’anglais et de l’américain. « On devrait traduire davantage mais vu la production scandinave, on ne va pas tuer la poule aux œufs d’or » s’est exclamé Asbjorn Overas (Aschehoug). Fred Vargas, Jean-Christophe Grangé, Pierre Lemaître, Caryl Ferey sont les auteurs français qui ont été le plus souvent cités, sans parler de la série Le bureau des légendes, que tous « les Norvégiens ont adoré ». Pourtant les éditeurs scandinaves ont insisté sur le côté traditionaliste des lecteurs norvégiens, peu enclins à sortir des sentiers battus du roman policier traditionnel. « On cherche avant tout des choses originales même si nos lecteurs sont conservateurs » a nuancé le danois Sune de Souza Schmidt-Madsen (Lindhardt & Ringhof). 

Des auteurs français pas assez anglophones

Les textes français ont d’autres obstacles à franchir. La norvégienne Siren Maroy Myklebust (Gyldendal) a souligné le manque de lecteurs francophones et demandé qu’on lui soumette des textes en anglais. Parallèlement le fait que les auteurs français ne parlent pas anglais est aussi un frein. « Avec les réseaux sociaux, les auteurs ont un rapport beaucoup plus familier avec leurs lecteurs. Les auteurs français qui ne parlent pas anglais passent à coté de 95 % du public scandinave » a-t-elle insisté. Nécessité d’une aide à la traduction et cession des droits audio (les scandinaves téléchargent de plus en plus de livres audio) ont aussi été abordés. 

La situation n'est guère plus brillante pour les éditeurs et auteurs roumains, invités à une table ronde dans le cadre de la saison France-Roumanie. « Après la crise on a renoncé aux traductions » raconte Magdalena Marculescru, du groupe Treni, qui avoue publier 90 % d’auteurs roumains. Si les lecteurs romains se passionnent pour les écrivains scandinaves et britanniques, les Français Fred Vargas, Pierre Lemaître, Antonin Varenne, Ian Manook, Bernard Minier, Jena-Christophe Grangé ont toutefois été traduits en roumain. « Les Roumains aiment le polar social » selon l’écrivain Lucian-Dragos Bogdan tandis que l’auteur Bogdan Teodorescu (auteur de Spada, traduit chez Agullo) soulignait que « les problèmes sociaux en Roumanie étaient assez développés pour être intéressants dans un polar ». D’autres traductions pourraient venir puisque des auteurs français participeront aux « Mystères de Bucarest » dans le cadre du partenariat avec Quais du polar.  Tandis que l’éditeur Bogdan Hrib (Tritonic) en présentant son anthologie Balkan noir, réunissant des textes d’auteurs des 7 pays et publiée par un éditeur dans chacun d'entre eux, mettait tous ses espoirs dans le dialogue avec « vous, les Français, et avec tous les éditeurs étrangers ». 

Laboratoires

Parallèlement l’Institut français avait invité 17 éditeurs et directeurs de manifestation de 12 pays, dans le cadre de « Focus international Livre », à apprécier l’exemple d’ingénierie culturelle que représente Quais du polar. Rencontres avec les bibliothèques, les musées, la prison et la librairie faisaient partie du programme. Erik Fitoussi de la librairie Passages, qui leur a présenté les tendances, les auteurs émergeants et les coups de cœur des libraires, les a particulièrement marqués, tout comme l’utilisation du polar par la SNCF pour son action culturelle et sociale. Le laboratoire d’innovation de la métropole de Lyon, Erasme, un atelier d’écriture collaborative pour les enfants, a enthousiasmé Sami Mokaddem, éditeur tunisien (Pop libris). « L’école laisse peu de place à la créativité. Ce programme est extraordinaire car il prépare l’enfant à faire face à la vie, à cultiver son talent et sa créativité, il lui apprend à communiquer et à collaborer avec ses camarades au cours du projet. J’ai reçu un flux d’idées que je rêve de partager à mon retour en Tunisie » nous a-t-il confié. 

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