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Astérix et le Griffon : "Pas de livraison gratuite d'Amazone!"

Extrait d'Astérix et le griffon - Photo ALBERT-RENÉ

Astérix et le Griffon : "Pas de livraison gratuite d'Amazone!"

Dans le nouvel album d'Astérix, les références au milieu du livre et à la culture contemporaine s'insèrent au milieu d'un récit bien plus aventureux, féministe et écologique que les précédents. Avec leur "Eastern" en Asie centrale, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad font évoluer les exploits des héros Gaulois dans de nouvelles contrées, parfois hors des sentiers battus de la série.

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Par Vincy Thomas,
Créé le 21.10.2021 à 00h01,
Mis à jour le 21.10.2021 à 07h00

"Il l'a trahie et livrée aux Romains sans même une rançon! Pas de livraison gratuite d'Amazone!" Voilà une réplique qui fera plaisir aux libraires... C'est l'un des nombreux jeux de mots et gags, souvent drôles, dans Astérix et le griffon, le nouvel album du héros Gaulois qui sort en librairie le jeudi 21 octobre. Les éditions Albert-René ont prévu un tirage à 2 millions d'exemplaires.

Autre clin d'œil immanquable au secteur du livre : le personnage de Terrinconnus qui prend les traits de Michel Houellebecq, auteur de La Carte et le Territoire. Logiquement géographe érudit de César, il apparaît dès la première page et reprend la filiation des conseillers civils de l'Empereur comme Lucius Fleurdelotus, Caius Prenlomnibus, ou Tullius Détritus. Terrinconnus est savant, le nez dans les papyrus, nourri par les textes grecs.

Si toute la Gaule est occupée, toute sauf le village Gaulois, on apprend dès la première case qu'il y a un monde aux confins de l'Empire, nommé Barbaricum.

Tous les fleuves mènent à Rome

Livres Hebdo a pu lire ce nouvel opus d'Astérix avant sa parution et on n'y compte plus le nombre de noms "créatifs" chez les Sarmates (Klorokine, Barovamaltine, Maminovna) comme chez les Romains (Ibernatus, Tutévucantabus), de calembours et de références au monde moderne (peut-être davantage que dans les récents albums). Ainsi les guides des Romains, les Scythes, peuple nomade eurasien, conduisent à quelques plaisanteries comme "Je ne suis qu'un Scythe de rencontre". C'est la troisième référence au Livre, puisque ces Scythes parlent et recommandent comme des guides touristiques.

Mais le scénariste Jean-Yves Ferri, plus inspiré que jamais, s'autorise aussi quelques audaces (dont une case avec les Pirates qui n'a aucun lien avec l'histoire). Il rompt avec plusieurs traditions dans cette aventure, l'une des plus lointaines pour les Gaulois avec La Grande Traversée, L'Odyssée d'Astérix et Astérix chez Rahàzade. Pour gagner un peu de temps dans le récit (et de pages), le scénariste plante le décor avec un enjeu (récupérer l'animal mythique qu'est le Griffon pour que César puisse briller à Rome) avant de nous emmener dans les steppes glacées à l'est de l'Ukraine.

Ainsi l'ouverture de ce 39e album d'Astérix ne se déroule pas dans le village gaulois, mais à Rome. Et dès la troisième page, nous découvrons Astérix, Obélix, Idéfix et Panoramix sur un traineau au milieu d'un désert blanc. Le long voyage entre le village et ces contrées se résume à une case blanche. Le teaser révélé en janvier pour annoncer l'album n'est pas inclut dans le récit, même s'il en est le véritable prologue. Tout juste l'ellipse se résume sous la forme d'un bref dialogue entre Panoramix et Cékankondine.
 
Extrait du prologue - teaser non inclus dans l'album Astérix et le griffon - Photo ALBERT-RENÉ


A l'Est du nouveau

L'histoire est, selon ses auteurs, un "Eastern", en référence au "Western". Cette longue traque vers le mystérieux griffon, avec ses chevaux, ses attaques et autres actions en quatre cases, ses paysages vierges, ses couleurs plus contrastées permet au dessinateur Didier Conrad de s'échapper des décors habituels de la série. Les références au cinéma sont multiples, tout comme la caricature du folklore qui brasse les coutumes de la Mongolie à la Russie. Comme ce chaman qui provoque des transes chez Obélix.

Mais Astérix et le griffon, dans la plus pure tradition des aventures du Gaulois, s'adapte surtout à son époque. Ici, les femmes Sarmates sont des guerrières et les hommes s'occupent du foyer. #MeToo est passé par là. Courageuses et battantes, les femmes prennent d'ailleurs de plus en plus de place dans les périples des héros au fil des albums. C'est l'une des évolutions les plus marquantes des récents albums : les deux héros Gaulois ne sont plus au centre de l'histoire.

Entre chien et loup

Ancré dans son époque, et encré avec soin, Astérix et le Griffon se paye même les conspirationnistes, obscurantistes et autres complotistes avec le soldat romain Fakenius qui va jusqu'à remettre en cause la rotondité de la Terre. Mais c'est bien le versant écologique qui domine la trame narrative de cet album avec la protection du vivant et une critique de la déforestation et de la colonisation. Amoureux des arbres, Idéfix s'émancipe de son maître et décide de se réensauvager, pour reprendre le terme de Gilbert Cochet, avec des loups qui ne déplaieraient pas à Baptiste Morizot.

Quant au Griffon, il se révèle page 40. Mais on l'a bien compris, ce mythe n'était qu'un prétexte à une rencontre entre deux peuples, unis contre l'impérialisme cupide et vaniteux de César. Et pour les auteurs, il s'agit d'une excuse pour se dépayser et faire évoluer les codes de Goscinny, sans s'en affranchir, et tirer un dernier coup de chapeau à feu Uderzo, en dessinant un hibou, animal qu'il adorait dessiner, dans la traditionnelle case du banquet final. Pour le coup, la fin est immuable.


 

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