Une foire de Pékin plus tendue, mais plus professionnelle | Livres Hebdo

Par Fabrice Piault, à Pékin, le 25.08.2017 à 20h11 (mis à jour le 25.08.2017 à 21h00) Chine

Une foire de Pékin plus tendue, mais plus professionnelle

L'entrée de la Foire internationale du livre de Pékin (BIBF), dont l'Iran était, du 23 au 27 août, l'invité d'honneur. - Photo F.PIAULT/LH

Sous tension à la veille du congrès du parti communiste chinois, la foire internationale du livre de Pékin a néanmoins pu démontrer un meilleur professionnalisme et affiche un nombre d'exposants en hausse.

S'accompagnant d'un raidissement et de la généralisations de réflexes d'autocensure, la perspective du 15e congrès du parti communiste chinois qui doit renouveler, à la mi-octobre, le mandat de Xi Jinping à la tête du pays, s'est reflété dans le déroulement de la 24e Beijing international book fair (BIBF), la foire du livre de Pékin organisée du 23 au 27 mars dans la périphérie nord de la capitale chinoise.
 
Les éditions internationales de "La gouvernance de la Chine", du président Xi Jinping, à la foire de Pékin le 24 août 2017. - Photo F.PIAULT/LH
Dès le lundi 21 mars, un article vantait, à la une du très officiel quotidien China Daily, l'accueil enthousiaste suscité par le dernier livre du président, Seven Years as an Educated Youth, dans lequel Xi Jinping raconte sa période de "rééducation" à la campagne de 1969 à 1975, pendant la période de la Révolution culturelle. Trois jours plus tard, un autre article sur l'ouverture de la manifestation soulignait le succès d'un autre de ses livres, La gouvernance de la Chine, qui se serait vendu, en 21 langues, à... 642 millions d'exemplaires dans le monde. A la foire, non seulement le livre fait l'objet d'une table entière toute de rouge décorée sur le stand du China International Publishing Group, mais dans un autre hall, un immense mur d'honneur, largement fleuri,
célèbre les multiples éditions de l'ouvrage.

De nombreux autres signes ont manifesté la volonté des autorités chinoises de renforcer le contrôle sur l'édition et la distribution de livres, depuis l'annonce, l'hiver dernier, d'une volonté de réduction des achats de droits étrangers, particuièrement en jeunesse, jusqu'à la demance adressée à l'éditeur britannique Cambridge university press, à la veille de la BIBF, de retirer de la vente 300 articles du Journal of Asian Studies, un nombre réduit ensuite à une centaine.

Un aménagement mieux maîtrisé

Pourtant dans le même temps la BIBF, que les éditeurs chinois ont souvent critiqué, notamment du fait de sa distance du centre-ville (plus d'une heure de métro), a fait des efforts d'aménagement et de signalétique, et mieux séparé les espaces dédiés à la jeunesse et aux animations grand public, qui sont progressivement développés pour la troisième année consécutive, de la foire professionnelle.

D'après les données communiquées par sa directrice, Li Yin, la manifestation comptait cette année, répartis sur 92 000 mètres carrés dans 7 pavillons, 2500 exposants issus de 89 pays et régions, soit 4,8 % de plus qu'en 2016. Parmi les 122 nouveaux exposants, 102 venaient de l'étranger, précisent les organisateurs. Plusieurs grands groupes ont rénové leur stand et on pouvait remarquer un grand stand de la principale entreprise privée d'édition, Thinkingdom (par ailleurs actionnaire majoritaire, en France, des éditions Philippe Picquier). "On constate une vraie professionalisation de la manifestation et une véritable volonté de développement", se félicite Jean-Guy Boin, le directeur général du Bureau international de l'édition française.

Satisfaction des Français
Une bonne quinzaine de responsables de droits et d'agents de l'édition française ont enchaîné les rendez-vous sur le stand du Bief. - Photo F.PIAULT/LH

Sur le stand du Bief, toujours l'un des plus actifs de la foire, la bonne quinzaine de responsables de droits et d'agents présents est unanime à tirer un bilan positif de son édition 2017 au cours de laquelle Marion Girona (Fleurus) a enchaîné 45 rendez-vous, un nombre équivalent à celui d'Alessandro Munari (Glénat), heureux de constater que "par rapport à l'an dernier, un plus grand nombre de nos interlocuteurs parlent anglais et même français". Auzou, qui aménage son propre stand depuis trois ans, en a doublé la surface cette année. Dargaud China disposait également d'un stand spécifique.

"Le marché est très dynamique, les modes de consommation changent à la vitesse de la lumière et se rapprochent de plus en plus de ceux des occidentaux", observe May Yang, la directrice des droits d'Eyrolles. Pierre-Jean Furet (Hachette Pratique) note que les éditeurs chinois "cherchent maintenant des gros livres, avec du contenu, et moins de petits livres". D'une manière générale, "ils savent mieux ce qu'ils veulent que par le passé, et ils sont très intéressés par l'art", complète Jana Navratil Manent (Flammarion illustré).

Julie Finidori (Albin Michel), a pris un temps pour "faire le tour du salon pour récupérer des cartes et des catalogues et mieux comprendre qui fait quoi". Le marché chinois continue d'attirer de nouveaux éditeurs tels, cette année, Vigot-Maloine, dont la responsable des droits, Sarah Larsen, était à Pékin pour la première fois. Mais l'essentiel, insiste Anne Risaliti (Hatier, Didier jeunesse), qui vient tous les ans depuis six ans, c'est "la fidélité". Maintenant "je connais mes interlocuteurs, et vice versa : c'est important". "C'est vraiment un pays où, à moins de disposer d'un catalogue vers lequel les gens se tournent spontanément, il faut aller régulièrement, renchérit Florence Giry (Flammarion). Les éditeurs chinois nous en sont reconnaissants et nous pouvons établir des relations proches et confiantes."
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