Sur les traces des mangas | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 12.08.2014 à 17h29 (mis à jour le 12.08.2014 à 18h00) Voyages littéraires 6/6

Sur les traces des mangas

Le champ de riz Naruto

Afin de vous faire voyager cet été, nous vous proposons une série de destination littéraire pour plonger dans l'univers d'écrivains ou de sagas romanesques célèbres. Cette semaine, nous nous envolons vers le Japon, qui célèbre sous de multiples formes ses héros de mangas.

Trains et avions aux couleurs des héros, musées (le musée-librairie-bibliothèque du manga à Kyoto, le plus populaire de tous, mais aussi l’Ishinomori Mangattan pour les œuvres de Shotaro Inshinomori, le Fujiko F Fujio pour celles de l’auteur de Doraemon ou le The Tezuka Osamu Manga pour celles d’Osamu Tezuka), des statues honorant les personnages les plus célèbres, des librairies spécialisées de plusieurs étages en pleine ville électrique à Tokyo : le manga est partout au Japon.
 
Mais la dernière tendance est d’aller dans les villes et régions qui ont inspiré les auteurs : le manga, qu’il raconte une histoire d’hier ou de demain, puise dans les paysages et les villes du quotidien des auteurs. 

Campagne publicitaire pour le Tour Naruto à la gare d'Okayama - Photo VINCY THOMAS
1- Okayama, patrie de Naruto
 
A la gare d’Okayama, les publicités sont partout, vantant un train décoré aux couleurs de Naruto, l’enfant (fictif) de la région. Son créateur Masashi Kishimoto est natif de cette ville moyenne à une heure d’Hiroshima. Dans les villes de la région, toutes les occasions (expositions, célébrations) sont bonnes pour rendre hommage à la star international du manga.  La compagnie ferroviaire nationale propose même des bentos Naruto pour les voyageurs. Un champ de riz a été conçu à l’effigie du héros. En flânant dans la région, on retrouve les villes et les paysages qui ont inspiré Kishimoto, et notamment la ville de Nagi, perdue entre rizières et montagnes.
 
2- Lucky Star, dans la campagne tokyoïte

Inconnu en France, le manga Lucky Star de Kagami Yoshimizu, qui fête ses dix ans cette année, a pour décor la région de Saitama au nord de Tokyo. L’auteur a installé son feuilleton dans la ville de Waishimiya, l’école des quatre héroïnes et celle de Kasukabe, le temple du prêtre s’inspire de celui de Washinomiya, et la gare est celle de Satte.
 
La carte Evangelion de la région d'Hakone
3 - Evangelion, star d'Hakone

La région d’Hakone, à proximité du Fuji Yama, est le cadre du manga Neon Genesis Evangelion d’Yoshiyuki Sadamoto (publié par Glénat en France). Entre mer et montagne, pas très loin de Tokyo, cette région thermale a investit sur la notoriété de la série, jusqu’à créer un parc d’attraction dédié dans la ville de Fujiyoshida. En voyageant dans la région, le fan reconnaîtra les paysages qui ont influencé l’auteur pour son récit futuriste. L’Office de tourisme a d’ailleurs réalisé une carte dédiée aux fans, où tous les endroits montrés sont recensés.
 
Le géant de bronze de Kamakura - Photo WIKI CREATIVE COMMONS
4- Kamakura, la nouvelle destination tendance

Kamakura Diary d’Akimi Yoshida (Kana), bientôt adapté au cinéma par Hirokazu Kore-eda, se déroule à Kamakura, ville balnéaire au sud d’Hakone et de Tokyo. Cette capitale des arts martiaux, et lieu de résidence de Kawabata Yasunari, Prix Nobel de littérature, est devenu un lieu de pèlerinage pour les fans avec des parcours organisés qui passent notamment par des temples, des sanctuaires,, le Grand Bouddha de bronze mais aussi l’île d’Enoshima, déjà dessinée par Mitsuru Hattori dans Umishô (Pika) ou le cap d’Inamuragasaki.
 
La sculpture représentant Mizuki Shigeru en train de dessiner
5- Sakaiminato devenue Kitaro-City

A Sakaiminato, au sud du Japon, ville qui fait face à la Corée du Sud, la gloire s’appelle Shigeru Mizuki, (Grand prix d’Angoulême en 2007) où il a grandit. Ici le héros se nomme Kitaro, l’enfant démon, et ses aventures (Kitaro le repoussant) sont parues en France chez Cornélius. Dans la ville portuaire, il y a toute une avenue, la bien nommée Shigeru Mizuku Road, rendant hommage aux personnages et à la série. Les trains de la Japan Railways sont évidemment décorés avec les personnages. Depuis 2003, un musée est consacré au mangaka. Des commerces ne vivent que des produits dérivés. Mais le clou du spectacle ce sont les 153 statues de bronze qui bordent l’avenue, chacune de taille différente. Il y a même des animateurs locaux, déguisés en Kitaro, Yamada, Neko ou Nezumi sont là pour les touristes.
 
L'entrée du musée Ghibli, gardée par Totoro - Photo VINCY THOMAS
6- Le Musée Ghibli, de Nausicaä à Totoro

Concluons le périple avec le Musée Ghibli, drôle de maison (dans les environs de Tokyo) qui sert de temple à l’œuvre d’Hayao Miyazaki. Ici vénération et adoration se combinent à la pédagogie (comment faire un film animé), le ludique (un chat-bus qui peut contenir de nombreux enfants) et la curiosité (les influences littéraires et visuelles du maître). Nausicaä : de la vallée du vent (Glénat), manga imprimé fondateur de l’œuvre du cinéaste, est évidemment mis en valeur, aux côtés de Totoro, mascotte nationale. Le musée limite son nombre d’entrées quotidiennes (il faut réserver à l’avance) et attire chaque année 650 000 visiteurs, ravis de se plonger dans la tête du mangaka. La librairie, à l’écart de la boutique de produits dérivés, comblera les collectionneurs.

Quelques livres pour poursuivre l'aventure: 

Manga, les 120 incontournables : la mangathèque idéale, d'Olivier Richard (12 bis, 2012). Une sélection pour connaître les meilleures séries.

Manga: Histoire et univers de la BD japonaise, de Jean-Marie Bouissous (Philippe Picquier, 2010). Le livre explique comment le manga est devenu une industrie puissante qui a su fidéliser des générations de lecteurs, et ainsi devenir un média à part entière, reflétant les mentalités collectives japonaises.

Histoire du manga, de Karyn Poupée (Tallandier, 2010). Explorer l'histoire des manga, c'est aussi retracer celle de la société nippone depuis les origines de ce genre du début du XXe siècle à aujourd'hui.

Mille ans de manga, de Brigitte Koyama-Richard (Flammarion, 2007. Synthèse sur l'histoire culturelle et artistique du manga de la fin du VIIe siècle à aujourd'hui.
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