21 août > Roman France

Le 2 août 2010, à Shreveport, dans le nord-est de la Louisiane, six adolescents se sont noyés dans la Red River qui borde la ville. Aucun d’entre eux ne savait nager. Chacun d’eux était noir. Parfois, certains faits divers sont bien plus que des faits divers. Ce sont des miroirs tendus à notre monde pour savoir comment il va et pourquoi il ne va plus. Libre alors à qui sait le regarder d’en faire ce qu’il veut. Pour la journaliste et romancière Judith Perrignon, avec Les faibles et les forts, ce sera un requiem pour des innocents et un chant de colère. Le livre est porté tout du long de ses 160 pages par une ferveur désolée, une capacité d’incarnation qui peut aller jusqu’à rappeler le Mailer du Chant du bourreau. Judith Perrignon fait tour à tour défiler sur le devant de la scène chacun des protagonistes du drame (qui se noue dès les premières pages par une descente de police aussi musclée qu’humiliante) : grand-mère héritière malgré elle d’une longue tradition d’exploitation, mère célibataire, fille qui cherche en vain un chemin différent. Les pères sont absents et les fils aimeraient ne plus tarder à les imiter. Il y a derrière tout cela comme dans toute tragédie autant d’amour que d’incompréhension. Au cœur du livre, un flash-back vers l’aube de la lutte pour les droits civiques afin de mieux comprendre pourquoi, soixante ans plus tard, les Noirs ne savent toujours pas nager…

De Judith Perrignon, on savait sa capacité à interroger le réel et quelques-uns de ses grands témoins. Elle met ici ce sens minutieux de l’observation (qu’on pourrait aussi appeler l’empathie…) au service d’une fiction vibrante de douleur. Une leçon de ténèbres sur fond de soul music. O. M.

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