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Par Michel Puche, à Manosque, le 25.09.2016 à 08h00 (mis à jour le 25.09.2016 à 12h21) - 1 commentaire Correspondances de Manosque

Profession modérateur

Maya Michalon, animatrice littéraire aux Correspondances de Manosque depuis 2007 - Photo FRANÇOIS-XAVIER EMERY/CORRESPONDANCES DE MANOSQUE

Le statut des animateurs littéraires était au cœur de la rencontre professionnelle organisée le 24 septembre dans le cadre des 18es Correspondances de Manosque. De leurs bonnes pratiques à leur rémunération, synthèse des débats.

Où plus qu’aux Correspondances de Manosque, réputées aussi pour leur équipe de modérateurs – ils sont six à officier, chacun avec son style –, eût-il été plus légitime de débattre du statut des animateurs littéraires ? Lors de la 18e édition de la manifestation, du 21 au 25 septembre, il était en tout cas au cœur, le 24 septembre, de la traditionnelle matinée professionnelle du samedi. Sujet pointu certes, et “peu traité”, remarquait dans son introduction Olivier Chaudenson, directeur des Correspondances, alors que l’animateur est pourtant “un élément essentiel de la rencontre littéraire”.

Qui sont-ils ? Souvent des journalistes, bien sûr, mais pas seulement. Sophie Quetteville, par exemple, dernière arrivée dans le pool manosquin, est une ancienne libraire. Comment les choisir ? Yann Nicol, animateur à Manosque mais aussi organisateur du festival du livre de Bron, recherche “des gens qui ont une identité, qui collent à l’esprit du festival, qui en sont la vitrine”. Il s’agit de “mettre les bonnes personnes autour de la même table… Il y a une part d’intuition”, explique Laurence Bernis (association Les Nouvelles Hybrides, à La Tour d’Aigues).
 
Yann Nicol, à gauche, présente Denis Michelis (au centre) et Emmanuel Venet.
La question de la rémunération reste la plus épineuse. Longtemps payés en droits d’auteurs ou en notes de frais, les animateurs ont été rémunérés en salaire, après un rappel à l’ordre de l’Urssaf. Aujourd’hui, ils le sont le plus souvent sous le statut d’auto-entrepreneur, au tarif d’environ 300 euros bruts pour une animation d’une heure, desquels il faut déduire 25% de charges, soit 225 euros nets, selon le barème pratiqué à Bron ou à Manosque. D'après son expérience, Sophie Quetteville évoque des rémunérations très variables, “du simple au triple”, quand on est payé, bien sûr…

Le rôle de "passeur"

Chef du département de la création au Centre national du livre, Florabelle Rouyer précise qu’il ne saurait y être question de mettre en place pour l'heure une grille de rémunération des animateurs, tant il y a encore à faire pour promouvoir celle concernant les auteurs qui interviennent dans les salons et festivals. Mais voilà à n’en pas douter un dossier à traiter pour tous les adhérents du Relief, le Réseau des événements littéraires et festivals créé à Manosque en 2005.

Maya Michalon, qui animait cette année ses dixièmes Correspondances, avec huit rendez-vous programmés avec le public, et qui est suivie ici par de nombreux fans, comptabilise une cinquantaine d’animations par an, soit l’équivalent d’un mi-temps. Elle a commencé cette activité en librairie, aidée à ses débuts par Pascal Jourdana, aujourd'hui directeur artistique de La Marelle, lieu de résidences et de programmation littéraire à Marseille. Maya Michalon insiste sur son rôle de “passeur” ; elle cherche à être “dans la circulation des émotions, dans la fluidité”. “Rester discret” est un autre précepte à mettre en pratique.

Des formations pour les libraires et les bibliothécaires

Faut-il créer, pour ces animateurs, une association ? Ou une charte ? C’est peu dire qu’on n’y est pas encore. Mais cette activité, comme celle d’organisateur, tend à se professionnaliser. Maya Michalon plaide d'ailleurs pour l’élaboration d’un contrat modèle. Et elle propose aux libraires et aux bibliothécaires des formations sur deux journées : théorie et pratique, gestion du stress, prises de notes, jeux de rôle – elle prend alors la place de l’auteur – et débriefing. 

Reste une seule question restée sans réponse, mais que n’a pas manqué de poser Michel Abescat, lui aussi modérateur à Manosque, journaliste à Télérama et encore animateur de ce débat d’animateurs : combien sont-ils ? Il y aurait en effet quelque intérêt à les répertorier.


 

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“ Première fois que je lis un article sur ce métier, qu'on exerce avec passion. Et d'accord avec 1/ Sophie Quetteville : la rémunération est trèèèès variable, au point qu'elle peut être i... ” Sandrine il y a 3 ans à 07 h 58
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