Dans la première sélection du prix Goncourt dévoilée ce mercredi, on note plusieurs textes abordant la filiation, déjà au centre de la rentrée 2025, comme le touchant Minotaure de Boris Bergmann (Albin Michel), présenté comme une autofiction sur la relation au père.
Lire aussi : Prix Goncourt 2026 : la première sélection dévoilée
Autre histoire de filiation, côté mère cette fois, avec Faire la peau, âpre récit de transmission signé Louise Chennevière chez P.O.L. Ou celui d'Emma Marsantes qui dans N’efface pas mes cercles (Verdier) raconte le suicide de la mère de la narratrice en 1980. Histoire familiale également pour Anne Godard mais écrite d’une plume et d’un point de vue singuliers qui rend impossible la classification de Nous aussi (Actes Sud).
Ailleurs, l’intimité d’une séparation est racontée à travers les objets qui restent par Clémentine Mélois dans Choses que je croyais perdues (l’Arbalète/ Gallimard). Yannick Haenel (déjà prix Interallié et Médicis) se souvient, lui, de ses années de jeune prof avec un élan métaphysique à la limite du fantastique dans La solitude des professeurs est infinie (Gallimard).
Enquêtes
Inclassable, Sylvain Prudhomme n’est pas non plus loin du fantastique, mais également du roman noir avec De l’autre côté du lac (Minuit). Quand Philippe Jaenada (Prix de Flore et Femina) propose une enquête truculente et nostalgique avec L’inconnue du quai de Javel (Flammarion) qui démarre très fort en librairie.
À la limite de l’essai littéraire et historique, Bataille en procès de Patrice Trigano (Maurice Nadeau) revient sur le témoignage de Georges Bataille au procès de Jean-Jacques Pauvert, poursuivi en 1956 pour avoir publié Sade. Plus tragique, Sonia Devillers se penche sur la spoliation des instruments de musique des juifs français pendant la Seconde Guerre mondiale dans Le Fabuleux piano (Robert Laffont).
Guerres
Car la guerre qui s’invite dans l’actualité est au centre de bien des romans. Seconde Guerre mondiale également chez Jean-Yves Jouannais, qui s’attache à un officier allemand ornithologue à ses heures perdues dans Une Forêt (Albin Michel). Olivier Rolin (Prix Femina 1994) propose une vaste parabole martiale de Troie à Gaza dans La Guerre éternelle (Gallimard).
Alors que C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien, primo-romancier québécois d’origine haïtienne, s’attache à l'exil d’un de ses compatriotes, suite à la guerre des gangs qui a pratiquement détruit son île. Guerre encore ? dictature en tout cas : Olivier Gourdeau, aux confins du témoignage, raconte sa détention comme otage en Iran dans Joseph dans la nuit (L’Iconoclaste).
Autres violences, autres cieux, Ananda Devi explore l’histoire de l’Ile Maurice dans Chronique d’un royaume perdu (Grasset), une fresque qui raconte une plantation sur quatre générations de maîtres et d’esclaves, puis d’ouvriers agricoles et de servantes. Alors que Lilia Hassaine (Gallimard) se réapproprie l’histoire littéraire en revisitant Jane Eyre de Charlotte Brontë du point de vue de la femme recluse de Rochester, dans JE (Gallimard).
Sur les 16 titres de ce cru 2026, deux sont des premiers romans écrits par Olivier Grondeau (Joseph dans la nuit, L'Iconoclaste) et Thélyson Orélien (C'était ça ou mourir, Grasset), un chiffre stable par rapport aux premières listes 2025 et 2023, tandis qu’en 2024, un seul primo-romancier, Ruben Barrouk avec Tout le bruit du Guéliz (Albin Michel) s’était affiché dans la première liste.
Madrigall confirme, Média Participations absent
Côté groupe, Madrigall écrase la sélection avec sept titres (quatre chez Gallimard et l’Arbalète ainsi que chez P.O.L, Flammarion et Minuit), confirmant une domination déjà nette en 2025 et 2024. Comme l’an dernier, Hachette se limite à deux romans, tous deux signés Grasset, contre quatre en 2024 et trois en 2023. Albin Michel place également deux titres comme en 2024, contre un l’an dernier et en 2023.
Contrairement à 2025 où Editis avait placé trois titres, le groupe revient à ses représentations des années 2024 et 2023, avec un seul titre chez Robert Laffont, tout comme Actes Sud. Présent chaque année depuis 2023, Média Participations disparaît totalement de la liste 2026.
Avec trois maisons d’édition hors groupe dont deux diffusées et distribuées par des grands groupes (L’Iconoclaste, qui compte encore dans son capital Editis, qui la diffuse et distribue ; Verdier, distribué et diffusé par le groupe Madrigall, alors que Maurice Nadeau est diffusé et distribué par Harmonia Mundi), cette liste est la plus ouverte aux indépendants depuis 2023.
