Livret de famille. Née d'un père, Pierre Angot, qui ne l'a d'abord pas reconnue, Christine Angot avait déjà vécu sous le nom de Christine Schwartz jusqu'à ses 14 ans - avant que ce père, qui daigna enfin assumer sa progéniture devant la mairie après une lutte acharnée de sa mère Rachel et moult rebondissements, lui fasse payer de la pire des manières. « Il y a eu un troc. Un troc entre le nouveau nom sur le livret de famille, par lequel il me reconnaissait comme sa fille, et l'inceste, par lequel il vidait la procédure de son sens, et m'arrachait ce nom qui devait m'intégrer dans la normalité, et la respectabilité, comme tous les enfants de couples mariés. »
L'écrivaine revient sur ses années d'écriture, de procès, de confrontations filmées pour son documentaire Une famille (2024). Elle traduit la colère, la tristesse et l'indignation qu'elle éprouve face aux membres de la famille et face aux institutions qui taisent, lissent, édulcorent voire inversent les faits. « Quand j'entends le mot victime, il désigne la femme de mon père, parce que j'ai mis le pied dans la porte qui se refermait. J'explique au juge en sanglotant que ce qui me fait pleurer, c'est l'inversion des rôles. [...] La victime devient l'agresseur. Inversion classique. Ce n'est plus moi, qui ai été violée à treize ans par Pierre Angot. »
Alors elle recompose l'histoire de ce nom, Angot. Un nom qui lui a coûté si cher mais qui lui assurait une reconnaissance civile importante. « L'État est plus strict avec les mariages blancs qu'avec les crimes d'inceste. Les crimes d'inceste attaquent l'enfant. Alors que les mariages blancs attaquent le nom. » Mais ce nom l'a aussi enfermée dans la situation d'une victime d'inceste - une affaire qui s'est achevée sur un non-lieu, une affaire non reconnue.
Aujourd'hui, l'autrice renoue avec l'histoire du nom de sa mère, Schwartz, qui lui vient de son grand-père maternel Joseph, un juif polyglotte, longtemps absent du cocon familial. Elle renoue aussi avec la judéité dont personne ne lui avait parlé en famille, visite Israël, exprime son désir d'être identifiée par le nom de mère et explique que le nom Angot la protégeait de l'antisémitisme. Désormais elle s'expose, de son écriture toujours aussi singulière et violente. « Le 7 octobre était-il un pogrom, ou un acte de résistance contre l'envahisseur ? La Shoah est-elle un plan d'extermination des Juifs, ou un acte de guerre ? L'inceste était-il un viol criminel, ou l'acte d'amour exceptionnel d'un homme libre ? Israël était-il un pays nazi qui reproduisait l'extermination des Juifs sur les Palestiniens, ou était-ce un pays où les Juifs devaient pouvoir poser leurs valises ? » Poursuivant par ce constat : « même si j'étais en désaccord avec la politique de Netanyahou, j'étais de leur côté quand même sans pouvoir rien y faire. »
Je change de nom
Flammarion
Tirage: 25 000 ex.
Prix: 16,50 € ; 140 p.
ISBN: 9782080232038
