Hors d'âge. Voici un livre qu'Olympia Alberti, née à Antibes en 1950 mais installée à Nice depuis qu'elle a cessé d'enseigner la littérature française à l'étranger, porte en elle depuis longtemps. Certaines des douze nouvelles de Promenade des Anglais remontent à la fin des années 1990, d'autres sont récentes, comme celle écrite en 2023, sept ans après l'atroce attentat terroriste islamiste du 14 juillet 2016 qui a ensanglanté et traumatisé à jamais les Niçois et la France entière. Ce jour-là, Olympia Alberti et sa mère auraient pu être descendues sur « la Prom' » pour assister au feu d'artifice, et, partant, être tuées. Il n'en fut rien, mais la romancière, poétesse et essayiste dépeint sa sidération suite aux messages de ses proches qui s'inquiétaient, jusqu'à ce qu'elle apprenne la sinistre nouvelle.
Olympia Alberti alterne « je » romanesque (ainsi, dans la dernière nouvelle, elle incarne une nonagénaire d'origine russe qui revit toute sa longue existence) et portraits campés, comme celui de l'élégante Mamie Louise aux yeux bleus, l'habituée fortunée de La Rotonde du Negresco, qui perd peu à peu « le désir d'aimer » et s'éteint après leur unique conversation, à 91 ans. Il y a aussi ce couple âgé, qui s'est raté pendant la guerre et qui se retrouve en copains. Mais elle ne lui a jamais pardonné de l'avoir laissée, en Écosse...
Tout cela est original, sensible, tendre, et le recueil méritait bien, après deux éditions, partielle ou régionale, de toucher enfin un public plus vaste.
Promenade des Anglais
Gallimard
Tirage: 1 500 ex.
Prix: 14 € ; 144 p.
ISBN: 9782073150523
