Rarement les libraires ont accordé leur coup de cœur à un premier roman. Seul Jonathan Littell avec son premier texte - écrit en français du moins - Les bienveillantes, en 2006, est arrivé en tête d'un Palmarès Livres Hebdo des libraires.
Lire aussi : La rentrée littéraire 2026 vue par 4 libraires du palmarès Livres Hebdo
Pour cette 22e édition néanmoins, Thélyson Orélien remporte leurs faveurs avec C'était ça ou mourir (Grasset). Découverte par la maison québécoise Boréal, qui a publié son texte outre-Atlantique le 10 mars dernier, cette nouvelle plume, qui vient de remporter le prix du Roman Fnac, suscite un incroyable engouement. « Quand on obtient une offre avant parution, on est déjà très contents, c'est exceptionnel en soi. Mais alors là, arriver à céder les droits à 20 éditeurs différents avant même que le livre soit en librairie ici, c'est la première fois dans l'histoire des éditions du Boréal », se réjouissait en avril dernier le codirecteur de la maison Renaud Roussel sur Radio-Canada.
Consécration française
Sur le territoire français, l'histoire de Jonas Dorléon, professeur d'histoire-géographie contraint à l'exil, apparaît dans toutes les listes ou presque. Il s'affirme dans les premières sélections des prix Goncourt, Décembre, Renaudot ou encore Femina.
Thélyson Orélien ne séduit pas seulement les libraires et les jurés mais aussi les lecteurs et lectrices. Son roman s'est écoulé à près de 35 000 exemplaires, selon les dernières données de NielsenIQ BookData, et s'inscrit dans les meilleures ventes depuis sa sortie.
Au sein du Palmarès Livres Hebdo des libraires, C'était ça ou mourir remporte 63 votes et devance JE de Lilia Hassaine (Gallimard, 52 votes) remarqué dans les sélections des prix Goncourt et Interallié. Présente dans la première sélection du prix Femina, La dernière des Wilberforce de Julia Kerninon (L'Iconoclaste, 42 votes) referme le trio de tête. Pour la première fois, le classement francophone laisse une belle part aux autrices. Elles sont 14 à remporter les faveurs des libraires. Comme l'année dernière, deux premiers romans figurent dans le top 20 francophone. Outre Thélyson Orélien, les libraires ont pris plaisir à découvrir Joseph dans la nuit d'Olivier Grondeau (L'Iconoclaste, 16e).
Coups de cœur d'ailleurs
Au rayon de la littérature traduite, les libraires plébiscitent Baignade surveillée de Laura Kasischke (traduit par Céline Leroy, Gallimard). L'œuvre dans laquelle l'autrice retrace les heures précédant la noyade tragique du jeune Richie Manning est notamment présente dans les premières sélections des prix Médicis étranger et Femina étranger. Avec 71 votes, Laura Kasischke domine très nettement le classement. Ce qui nous frôle sous la surface de Colum McCann (traduit par Clément Baude, Belfond) et Lázár de Nelio Biedermann (traduit par Rose Labourie, Belfond) referment le podium de la littérature traduite avec 27 votes chacun.
Dans ce rayon, les auteurs l'emportent majoritairement avec 12 romans. Le classement de littérature traduite semble, cette année, bien plus propice à la découverte. Six premières œuvres traduites en français ont été remarquées par les libraires : Lázár de Nelio Biedermann (3e), Ici, maintenant de Tom Newlands (traduit par Marguerite Capelle et Anatole Pons-Reumaux, Métailié, 4e), Les brebis égarées de Madeline Cash (traduit par Alexandre Civico et Barbara Tajan, Denoël, 6e), Les porteuses d'eau de Sasha Bonét (traduit par Valérie Le Plouhinec, Les Léonides, 13e), Les lieux souterrains de Gustavo Faverón Patriau (traduit par Robert Amutio, Christian Bourgois, 14e) et Le phare de l'impossible de Michael Pedersen (traduit par Claire-Marie Clévy, Buchet-Chastel, 20e).
Traduire le monde
À l'image des années précédentes, les libraires préfèrent les ouvrages traduits de l'anglais (14 livres). Parmi ces derniers, huit titres nous parviennent des États-Unis. L'Écosse est représentée par Tom Newlands, Douglas Stuart (John, fils de John, traduit par Charles Bonnot, Globe, 5e) et Michael Pedersen tandis que l'Irlande est portée par Colum McCann et Paul Murray (La piqûre d'abeille, traduit par Pierre Demarty, Albin Michel, 11e).
Les fictions de langue espagnole restent plébiscitées (trois livres) avec l'auteur colombien Juan Gabriel Vásquez (Les noms de Feliza, traduit par Isabelle Gugnon, Seuil, 10e), l'écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte (Ligne de feu, traduit par Gabriel Iaculli, Gallimard, 12e) et le primo-romancier péruvien Gustavo Faverón Patriau. Sara Stridsberg est la seule représentante de la littérature suédoise avec Adieu, Panic Beach (traduit par Marianne Ségol, Grasset, 17e).
Curiosité
Cette année encore, le nombre de maisons représentées reste élevé : 23 structures sont présentes au sein des deux tops 20 dont dix apparaissent à plus d'une reprise. Avec six titres, dont quatre dans le classement francophone, Gallimard est la maison la plus plébiscitée par les libraires. Suivent ensuite Actes Sud (quatre livres dont trois dans le classement francophone) et Albin Michel (trois dont deux dans le top 20 de la littérature traduite). Sept autres maisons ont deux ouvrages remarqués : L'Olivier, Belfond, Le Seuil, Les Léonides, Sabine Wespieser, Grasset et L'Iconoclaste.
Le travail de la traductrice Céline Leroy a également été salué à deux reprises avec Baignade surveillée de Laura Kasischke et Burn de Peter Heller (Actes Sud, 19e).
Les libraires confirment leur curiosité pour les titres de la rentrée littéraire avec une moyenne, particulièrement élevée, de 22 ouvrages lus contre 16 l'année passée. Au sein des enseignes interrogées, l'optimisme semble régner. La rentrée paraît éclectique pour 48,4 % des personnes interrogées mais aussi prometteuse pour 41,8 % d'entre elles.
Le palmarès complet
Romans français
- Thélyson Orélien, C'était ça ou mourir (Grasset)
- Lilia Hassaine, Je (Gallimard)
- Julia Kerninon, La Dernière des Wilberforce (L'Iconoclaste)
- Caroline Hinault, Ce qui se joue (Le Rouergue)
- François-Henri Désérable, Le Palais (Gallimard)
- Bérénice Pichat, Un marché noir (Les Avrils)
- Sophie Divry, Rochebrune (Actes Sud)
- Clémentine Mélois, Choses que je croyais perdues (L'Arbalète/Gallimard)
- Sylvain Prudhomme, De l'autre côté du lac (Minuit)
- Colin Niel, Le Septième Siffleur (Seuil)
- Polina Panassenko, À voix haute (L'Olivier)
- Marion Brunet, Ne cherche pas le chaos (Albin Michel)
- Yannick Haenel, La Solitude des professeurs est infinie (Gallimard)
- Anne Godard, Nous aussi (Actes Sud)
- Tiffany Tavernier, Congés payés (Sabine Wespieser)
- Olivier Grondeau, Joseph dans la nuit (L'Iconoclaste)
- Isabelle Pandazopoulos, Mordre l'orage (Actes Sud)
- Anaïs Llobet, Ceux qui nous frappent (Les Léonides)
- Véronique Ovaldé, Vivre sans bonheur et n'en point dépérir (Flammarion)
- Angélique Villeneuve, Des idées d'incendie (Phébus)
Romans étrangers
- Laura Kasischke, Baignade surveillée (Gallimard), trad. Céline Leroy
- Colum McCann, Ce qui nous frôle sous la surface (Belfond), trad. Clément Baude
- Nelio Biedermann, Lázár (Belfond), trad. Rose Labourse
- Tom Newlands, Ici, maintenant (Métailié), trad. Amélie de Saint-Vincent
- Douglas Stuart, John, fils de John (Globe), trad. Charles Recoursé
- Madeline Cash, Les Brebis égarées (Denoël), trad. Brabant-Tan-Ac
- Tiffany Quay Tyson, Les Trois Rivières (Sonatine), trad. Héloïse Esquié
- Lily King, À cœur, l'amant (Albin Michel), trad. Marina Boraso
- Amity Gaige, Heartwood (Gallmeister), trad. Juliane Küsel
- Juan Gabriel Vásquez, Les Noms de Feliza (Seuil), trad. Isabelle Gugnon
- Paul Murray, La Piqûre d'abeille (Albin Michel), trad. Pierre Demarty
- Arturo Pérez-Reverte, Ligne de feu (Gallimard), trad. Gabriel Iaculli
- Sasha Bonét, Les Porteuses d'eau (Les Léonides), trad. Valérie Le Plouhinec
- Gustavo Faverón Patriau, Les Lieux souterrains (Christian Bourgois), trad. Robert Amutio
- Jeanine Cummins, Parle-moi de chez nous (Philippe Rey), trad. Christine Auché
- Kae Tempest, Toute une vie à chercher (L'Olivier), trad. Madeleine Nasik
- Sara Stridsberg, Adieu, Panic Beach (Grasset), trad. Jean-Baptiste Coursaud
- Robert Seethaler, La Rue (Sabine Wespieser), trad. Elisabeth Landes
- Peter Heller, Burn (Actes Sud), trad. Céline Leroy
- Michael Pedersen, Le Phare de l'impossible (Buchet-Chastel), trad. Anne-Marie Cléry
