Grand Prix des Bibliothèques 2026

Marie-Aude Murail : « La médiathèque idéale est inclusive, accessible, fonctionnelle »

Marie-Aude Murail, dans l'ancienne chambre de Hans Christian Andersen - Photo photo personnelle

Marie-Aude Murail : « La médiathèque idéale est inclusive, accessible, fonctionnelle »

Les bibliothèques francophones du monde entier sont appelées à candidater d’ici le 31 juillet au Grand Prix des bibliothèques 2026, ensemble de prix mettant en lumière leurs pratiques inspirantes. Les récompenses seront remises le 3 décembre après délibération d’un jury de professionnels du livre. À sa présidence Marie-Aude Murail, l’autrice de Nous on n’aime pas lire (La Martinière), Simple, Oh, boy !, 3 000 façons de dire je t'aime ou encore de la série des Sauveur & fils (L'École des loisirs), elle-même auréolée par le prix international Hans Christian Andersen. Marie-Aude Murail nous raconte son rapport aux bibliothèques.

Par Fanny Guyomard
Créé le 15.06.2026 à 16h40

Livres Hebdo : Quelle est la bibliothèque de votre enfance ?

Marie-Aude Murail : On n’allait pas dans les bibliothèques, mon papa avait une bibliothèque qui montait au plafond ! Quand j’avais un exposé à faire et lui demandais un livre sur le thème, c’est lui qui me le dénichait. Les livres interdits étaient tout en haut… Là où ils doivent être ! Ma maison est devenue une bibliothèque, que je fais parfois visiter. Il y a une pièce manga, une pour les livres policiers… J’avais déjà la trentaine quand j’ai découvert ma première médiathèque municipale, avec mes enfants, Faidherbe [aujourd’hui Violette Leduc] dans le XIe à Paris. Dans la bibliothèque de mon enfance, il me manquait la littérature jeunesse. Là, j’étais servie. Et j’ai aussi beaucoup écumé le premier étage, la section psychologie et développement de l’enfant. En emménageant à Orléans en 2002, j’ai découvert sa médiathèque de centre-ville, moderne, lumineuse. Le troisième étage, comme dirait ma fille, on l’a poncé ! On a tout lu, écouté tous les CD, vu tous les DVD…

Et aujourd’hui ?

J’habite à Bonny-sur-Loire, un village où j’ai été la troisième abonnée de la bibliothèque ! Je suis aussi abonnée à la médiathèque voisine de Neuvy-sur-Loire, où le médiathécaire est un copain et nous met de côté les nouveautés ! Les médiathèques, j’y suis toutes les semaines, quand je voyage partout, à travers le monde. Je pense d’ailleurs tenir ma vision de l’univers à travers les CDI, médiathèques, librairies, beaucoup plus qu’à travers les musées et les sites touristiques.

« Quand on vient à la médiathèque, il y a tout ! Et pour zéro euro »

L’une de ces bibliothèques vous a-t-elle marquée plus que d’autres ?

Je vais faire une ode au bibliobus. Il y en avait un au parc bordelais, un bus converti en bibliothèque, avec deux marches un peu brinquebalantes. On y rencontre des personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer, des mamans pressées comme moi… Et on demande au bibliothécaire de mettre tel ou tel livre de côté pour soi. J’avais confié mes enfants à une jeune femme, Luisa, qui avait tout à apprendre, ça me ravissait. Un jour, ma fille lui avait demandé dans une file d’attente à Monoprix comment on faisait les bébés. La nounou ne savait que lui répondre ! Je lui ai alors parlé du bibliobus, « où tu vas trouver tout ce qu’il faut pour les enfants ». Elle y est allée, le médiathécaire lui a trouvé l’album Comment on fait les bébés de Babette Cole, et Luisa a aimé le bibliobus autant que le médiathécaire…

À quoi ressemblerait votre médiathèque idéale ?

D’abord, elle accueille les mamans avec les poussettes, les personnes en fauteuil roulant et non-voyantes. Ensuite, ce n’est pas une étuve l’été, ni une glacière l’hiver. Donc pas conçue avec une verrière pour le geste architectural ! On peut s’asseoir avec son journal et son café ; personne ne dit aux ados qu’ils ont mieux à faire que de jouer aux jeux vidéo… Et avant de l’aménager, on écoute les gens qui vont vivre dedans. Ça évitera les livres brûlés par les baies vitrées et le mobilier qu’on ne peut pas bouger ! Elle a des coins d’ombre, de la verdure, et tout est sur roulettes. Elle est donc inclusive, accessible, fonctionnelle. Si on veut être utopiques, on peut faire un pas de plus : mettre la médiathèque à côté d’un cinéma d’art et d’essai, d’une salle de spectacle, d’une crèche, d’un Ehpad, d’une école de musique et de danse… Quand on y vient, il y a tout ! Et pour zéro euro. Un grand brassage socioculturel. C’est ce que je veux, et ça existe dans certains endroits, souvent dans les banlieues en difficulté. Cette utopie est réalisable : il faut juste une volonté politique et démocratique.

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