Nouveau chapitre pour la librairie Les Parleuses, à Nice. Créée en 2018, elle avait fermé ses portes le 13 mai suite au départ de ses deux fondatrices, Anouk Aubert et Maud Pouyé, vers de nouvelles aventures à Vaison-la-Romaine (Vaucluse), où elles reprendront dès septembre la librairie Montfort. L'enseigne féministe rouvre le mardi 11 août, sous la houlette de quatre associés.
« Quand j'ai appris par Maud et Anouk que la librairie fermait à partir de mai 2026, ça m'a grandement peiné et je me suis permis de leur demander : que faudrait-il pour que cette aventure continue ? », retrace Samuel Aubert. Par ailleurs éditeur chez Audimat éditions, il reprend le commerce avec Mahina Estebes, jusqu'ici salariée des Parleuses, Lena Schillinger, libraire-documentaliste avec une expérience dans le livre rare, et Yannick Derand, expert comptable. « À partir de cette simple question, on a commencé à en discuter et à envisager la reprise », poursuit-il. Conditions, calendrier… Les échanges s'accélèrent si bien que, lors de la soirée de fermeture, une réouverture est annoncée.
Une librairie généraliste et militante
« Ce qui a motivé notre engagement dans ce projet, avec une urgence folle, c'est la nécessité de continuer le travail de Maud et Anouk avec la même orientation : celle d'une librairie généraliste avec une ligne féministe et militante », expose Samuel Aubert. « C'est un pari en ce moment de reprendre une librairie, mais c'est aussi un honneur et une nécessité compte tenu du contexte politique, à Nice notamment », poursuit le désormais libraire. Comme tous les cogérants, il vit dans la capitale économique et culturelle de la Côte d'Azur, où l'élu d'extrême droite Éric Ciotti officie en tant que maire depuis mars 2026, et président de la métropole depuis avril 2026.
Les quatre associés ont ainsi racheté le fonds de commerce, mais pas la société, conservée par Anouk Aubert et Maud Pouyé pour leur nouveau départ. « Administrativement, on repart de zéro, indique Samuel Aubert. Il a fallu rouvrir tous les comptes, de l'accès internet aux comptes chez les distributeurs, ça a été sportif. Mais comme nous conservons la marque et le projet des Parleuses, nous avons réussi à récupérer les remises existantes auprès des distributeurs. »
Pour le droit de terrasse et l'obtention d'une licence III permettant de vendre certaines boissons alcoolisées, l'équipe repart également d'une feuille blanche. La partie café-bar de la librairie ne sera donc pas de retour avant la fin du mois d'août.
Défendre l'édition indépendante
Autre changement, le second local des Parleuses, dédié à la jeunesse, a été vendu, conduisant la nouvelle équipe à rapatrier les ouvrages pour enfants dans l'espace café de la boutique de 60 m2. Un nouveau rayon dédié aux arts et à la musique est aussi en phase de création, ce qui portera le nombre de références autour de 6 000.
Pour les nouveaux gérants, il s'agit aussi de défendre une certaine manière de publier, à l'heure où environ 200 éditeurs indépendants, de la BD indépendante aux sciences humaines, sont fragilisés par les difficultés financières du diffuseur-distributeur Makassar. « On espère qu'on sera à la hauteur et qu'on participera d'un contrepoids pour défendre ces maisons d'édition indépendantes et engagées », souligne Samuel Aubert dont la maison, Audimat auditions, est aussi concernée par cet effondrement.
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Bien connues des Niçoises et des Niçois, Les Parleuses ont consolidé, en huit années d'existence, leur réputation de librairie militante. Ce qui leur a valu, malgré elles, de défrayer la chronique.
En décembre 2022, à l’occasion de la venue de la journaliste Hélène Devynck pour son livre Impunité (Seuil), des colleuses avaient apposé un message sur la vitrine de la librairie, alors que l'ancien ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, accusé alors de viol et depuis relaxé, venait visiter le futur hôtel de police de la ville. Des policiers avaient occulté la devanture de la librairie à l'aide d'un panneau noir pour dissimuler l’inscription. En janvier 2026, le tribunal administratif de Nice a annulé cette décision administrative d'occultation et jugé la mesure illégale, la caractérisant d’« atteinte à la liberté d’expression » et retenant « la responsabilité pour faute de l’État ».
