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Littérature érotique : les influenceurs et influenceuses séduisent l'édition

Salon de la littérature érotique à Paris le 28 novembre 2021 - Photo T. GIRAUD / LH

Littérature érotique : les influenceurs et influenceuses séduisent l'édition

La 5e édition du salon de la littérature érotique s'est tenue ce dimanche à la Bellevilloise (Paris 20ème). Une majorité d'auteurs invités se sont d'abord fait remarquer sur Instagram avant de se lancer dans le monde de l'édition. Un nouveau "terreau de création" qui prend de l'ampleur dans le secteur.

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Par Dahlia Girgis,
Créé le 29.11.2021 à 15h38,
Mis à jour le 29.11.2021 à 16h23

Sexualité, amour ou féminisme, ces sujets étaient au centre de leurs publications Instagram. Ce dimanche à la Bellevilloise (Paris 20ème), ils ont formé la majorité des auteurs invités à la 5e édition du salon de la littérature érotique. Du réseau social, ils ont décidé de passer à l’écriture d’un livre. "Instagram commence à peser sur le secteur de la littérature érotique : à la place des phrases à rallonge, ces auteurs proposent des punchline plus incisives", estime Flore Cherry, à la tête de l’événement. 
 
Affiche du Gang du clito au Salon de la littérature érotique à Paris - Photo DG


Ce sens de la punchline est apprécié par les éditeurs comme Anne Hautecoeur, directrice générale de La Musardine et partenaire du Salon. Sur la mezzanine, son stand librairie surplombe la salle principale où les rencontres auteurs ont lieu. "Un terreau de nouvelles créations", analyse l’éditrice. Il y a 5 ans, elle se créé un compte personnel pour suivre la variété de débats autour du sexe, mais surtout pour les illustrations. Lors de l’échange avec le créateur d’un compte Instagram, elle demande l’écriture d’une histoire inédite à côté de ses punchlines. Pour l’instant, seuls deux auteurs d’Instagram ont été publiés au sein de la maison spécialisée, un troisième auteur publiera un cahier de jeux en juin 2022. "Nous nous y sommes mis un peu tard", admet Anne Hautecoeur. 



D’autres maisons d’éditions plus confidentielles se sont emparées du réseau social fondé en 2010. C’est le cas de Kiwi. En novembre 2020, la maison contacte Ivo Da Silva alias Coeurnichons, près de 50000 abonnés. Il a carte blanche. En juin dernier est publié, L'amour avec un grand A et un petit Q : aphorismes romantico-transgressifs. En plus de ses citations humoristiques, il partage dans des nouveaux formats histoires et conseils personnels. "Ce livre est né parce que j’avais des abonnés", pense l’étudiant en master de journalisme, qui a toujours voulu écrire un livre. 

Publier pour que les idées restent dans le temps

L’intérêt sincère des éditeurs est un aspect scruté de près par les instagrammers. Manon Lugas, alias Le Cul nu, a refusé de nombreuses propositions. "Certaines maisons ne voulaient pas que j’aborde certains sujets qui me tenaient à coeur comme la prostitution", regrette la jeune femme. Elle s’est faite démarcher quand sa communauté a atteint les 50000 personnes. Issue du milieu de la tech, elle accepte finalement la proposition du label "Les Insolentes" chez Hachette Pratique et publie Le cul mis à nu : le livre qui déculotte les idées reçues. Pour elle, il était important de pouvoir s’adresser au grand public et approfondir ses sujets dans un livre : "Instagram, c’est du snacking à raison d’une vingtaine de secondes consacrées à une publication."



Même son de cloche chez Dora Moutot, alias tasjoui, qui a publié Mâle baisées : le livre qui dénonce le patriarcat sous les draps : l'analyse qui va vous ré-jouir ! chez Guy Trédaniel. "Sur Instagram la pensée est simplifiée, les autres posts plus approfondis ne marchent pas." Sur son compte, elle reçoit des milliers de témoignages sur la sexualité des femmes qu’elle souhaite articuler dans un ouvrage. "Le compte peut s’arrêter ou la plateforme sauter, or je voulais que cela reste dans le temps, quelque chose qui attestera de cette génération Instagram", explique l’autrice. 

Se faire éditer par une maison n’est pourtant pas une évidence pour tous. A la suite des réticences des maisons d’édition, Julia Pietri, militante du "Gang du clito" a décidé d’autoédité son Petit guide de la foufoune sexuelle, illustré par Victoire Doux. Les grandes maisons d’éditions semblent moins ouvertes à cette "génération Instagram" et leur style plus direct. "Il est plus difficile de trouver des auteurs de littératures érotiques , les grandes maison restent attachées à une littérature avec une grand L, rattachées à l’excitation", explique entre deux signatures, la grande invitée du Salon, la journaliste Maïa Mazaurette.

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