Rapport parlementaire

L'impact de la crise sanitaire sur le Livre en Europe

Au parlement européen à Bruxelles. - Photo Olivier Dion

L'impact de la crise sanitaire sur le Livre en Europe

Dans un épais rapport, la commission CULT du parlement européen dessine un tableau dramatique des effets de la crise sanitaire sur la chaîne du Livre, rappelant que les artistes et les auteurs ont été sous-employés et oubliés par de nombreux états européens. Quelques pistes politiques sont envisagées pour l'avenir.

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Par Vincy Thomas ,
Créé le 04.03.2021 à 12h32

Un rapport du parlement européen sur les secteurs créatifs et culturels en temps de Covid-19 a été publiée fin février. "Comme les théâtres, les musées et les festivals, les librairies ont fermé leurs portes dans la plupart des pays membres de l'Union européenne durant plusieurs semaines ou plusieurs mois dans certains cas" indique le document en préambule du chapitre consacré à l'industrie du Livre. "Les librairies et les manifestations liées au livre ont été forcées de fermer, annulant ou reportant leur édition, dans les quatre principaux marchés (Allemagne, France, Italie, Espagne)".

Or, le rapport réaffirme l'importance de la culture et des arts dans la cohésion sociale des citoyens européens. Le parlement va plus loin en rappelant que les auteurs et les artistes ont été sous-employés dans la crise de 2020 en tant qu'acteurs et moteurs pour changer la société, jusqu'à critiquer les médias, trop concentrés sur les sujets techniques, économiques et sanitaires, au détriment de thèmes plus spirituels et artistiques. Or, selon le rapport, "les arts et la culture ont été une médecine puissante pour combattre les problématiques psychologiques".

Bilan dramatique

La commission CULT du parlement européen confirme que les ventes en librairies ont chuté de 75 à 95 % dans les premières semaines du confinement. Rien qu'en mars, les ventes se sont effondrées de 30% en Allemagne, de 50% en France et en Belgique, de 74% en Autriche., de 75% en Italie, de 78% au Portugal, de 80% en Espagne, de 85% en Roumanie. En avril, les chiffres ont empiré: -90% en France, en Espagne et en Slovénie, -85% en Italie.

Dans tous les pays, cela a entraîné un report des parutions et une réduction de la production, ce qui "a affecté les recettes de toute la chaîne du livre". Si, en France, le report a concerné environ 18% des titres, en Bugarie le chiffre sélève à 20%, en Grèce de 75%...

Le rapport pointe malgré tout l'apport des bibliothèques durant cette période, notamment à travers le prêt numérique (+200% au Royaume Uni), permettant un accès à la lecture pendant la fermeture des librairies.

Des initiatives insuffisantes

Plusieurs réponses ont été observées selon les pays: le click and collect, la vente en ligne, la parution de nouveaux titres en format numérique... Les ventes sur Internet ont ainsi bondi (+52% en mars, + 180% en avril pour la France). Les ventes de livres audio ont aussi fortement progressé dans la plupart des pays. Mais ni le livre numérique, ni le livre audio, ni les ventes en ligne n'ont pu compenser l'effondrement des recettes dans la chaine du livre.

De plus, le document souligne que les acquisitions de droits, les traductions, la chaîne de promotion, la distribution, l'exportation ont été fortement impactées. Ce qui a entraîné un recours massif au chomage partiel dans la plupart des pays, comme la France et l'Italie, mais aussi des problèmes de trésorerie chez les éditeurs et une accentuation de la précarité chez les auteurs et traducteurs. 97% d'entre eux ont avoué avoir subit une perte de revenus, notamment à causse de l'annulation des événements (festivals, lectures, ateliers, conférences, prix littéraires). 64% s'attendent à une perte de rémunération à cause du report de leur publication et 40% à cause du report de versements de droits d'auteur.

Parfois, cela a prix une tournure plus dramatique: en République Tchèque, les grands éditeurs ont cessé de payer les factures des auteurs et traducteurs. Plusieurs éditeurs européens ont cédé gratuitement les droits numériques de leurs livres pour les bibliothèques, sans consulter les auteurs. Amazon a pratiqué de gros rabais sur le prix du livre numérique là où la Loi n'encadre pas le tarif d'un ouvrage. L'abonnement par streaming dilue fortement la part des auteurs dans les recettes récoltées. Dans des pays comme l'Espagne, le piratage a triplé en nombre. Et, dans de nombreux pays, l'Etat n'a pas fournit d'aides aux auteurs et traducteurs. Tous ces facteurs ont conduit à l'affaissement des rémunérations pour les auteurs.

Des pistes pour l'avenir

Pourtant, la commission CULT note que la lecture a été plébiscitée. Le Global Web Index Coronavirus Research a révélé qu'un tiers des habitants dans le monde a davantage lu ou écouté un livre durant la crise sanitaire.

Outre ces constats sur l'impact de la crise sanitaire et les listes de mesures prises au sein de l'Union par les différents pays, ce rapport veut tirer les leçons pour l'avenir. La précarité des auteurs et artistes, la faiblesse de leur représentativité, les différences de statuts entre les pays membres, l'inégalité de l'accès au numérique et la disparité des outiles numériques, le manque d'innovations et de technologies appliquées au grand public, l'absence de coopération européenne sur ces sujets sont ainsi vus comme autant de failles dans le système pour protéger la création. Et autant de réponses à apporter.

Or, la culture est désormais entre les mains de plusieurs commissaires selon les dossiers : Thierry Breton, en charge du Marché intérieur et Margrethe Vestager, en charge du Numérique, ont ainsi plus de poids que Mariya Gabriel (Innovation, Recherche, Culture, education et Jeunesse).  Aussi les principales pistes qui émergent concernent avant tout la valeur ajoutée dans la culture numérique, l'équité des relations entre les créateurs et les plateformes numériques, l'accès unifié à la culture numérique. Tout ce que Thierry Breton a annoncé dans le Digital Service Act.  Cependant, le Parlement a conscience qu'il va falloir réfléchir à un statut de l'artiste, modifier l'accès aux fonds de Creative Europe, améliorer la coopération culturelle en Europe, orienter davantage Erasmus sur les matuères culturelles, assurer la protection sociale de ceux qui ne sont pas salariés, et établir un plan d'action sur la propriété intellectuelle. La difficulté principale est évidemment l'ahrmonisation des statuts concernant les auteurs au niveau européen. Le parlement, en rédigeant ce rapport, espère influencer la Commission, qui a quand même décidé d'augmenter de 50% le budget de Creative Europe pour le programme 2021-2027 (soit un total de 2,4 milliards d'euros).




 

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