Libraires et diffuseurs: une relation tumultueuse en trois chiffres | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, à Marseille, le 01.07.2019 à 17h33 (mis à jour le 01.07.2019 à 18h00) RNL 2019

Libraires et diffuseurs: une relation tumultueuse en trois chiffres

De gauche à droite : Michèle Béal (gérante de la librairie Chapitre 8 à Strasbourg), Maya Flandin (vice-présidente du SLF) et François Céard (gérant de la librairie Ruc à Colmar). - Photo NICOLAS TURCEV/LH

Dans un contexte de surproduction, les libraires se sentent de moins en moins satisfaits de leurs échanges avec les représentants des diffuseurs, et le font savoir.

"Trop chronophage", "manque de considération et d’adaptation", "préconisations à côté de la plaque"… La table ronde sur la diffusion, qui s’est tenue lundi 1er juillet aux Rencontres nationales de la librairie à Marseille, a délié les langues des libraires qui ont fait part d’une longue liste de doléances à la vingtaine de diffuseurs et représentants présents dans la salle. La gérante de la librairie Chapitre 8 (Strasbourg) Michèle Béal et son confrère François Céard de la librairie Ruc (Colmar) ont égrainé des exemples concrets qui illustrent la mésentente entre les libraires et certains diffuseurs. Retour en trois chiffres sur une relation tumultueuse.

2 heures 30

Michèle Béal a fait le compte: entre les rendez-vous avec les représentants et le traitement des offres parfois absconses des diffuseurs, elle doit prévoir en moyenne 2 heures 30 de travail supplémentaire par jour dans son planning. Un chiffre étayé par une étude à paraître d’Edelweiss, qui révèle que les libraires consacrent actuellement entre 1 heure et demi et 2 heures de rendez-vous par représentant, alors qu’ils préféreraient y consacrer seulement trente minutes. Une perte de temps d'autant plus significative que certaines boutiques reçoivent chaque mois la visite de dizaines de représentants. "Dans mon établissement nous sommes deux libraires, souvent sollicités par les clients. Le temps que nous passons en rendez-vous, en plus sur la surface de vente, est du temps perdu sur le conseil clientèle, notre cœur de métier. Comme le travail quotidien reste latent, on doit faire des horaires à rallonge", regrette Michèle Béal.

48%

C’est le taux de retour "monstrueux" qu’a atteint plusieurs fois François Céard dans son ancienne librairie de second niveau à Gap. Le libraire estime que certains représentants souffrent d’un "décalage entre l’estimation et la réalité du terrain." Puis d’ajouter: "on constate une incapacité à s’adapter aux spécificités des différents magasins. Tous les excès de retour étaient dus aux représentants qu’on ne voyait pas et qui ne connaissaient pas vraiment l’établissement". Michèle Béal abonde: "on aimerait que les représentants s’intéressent à ce qu’il y a sur les tables et comprennent la boutique, pour qu’ils puissent adapter leur catalogue et leurs préconisations".

22000 euros

C’est la somme qu’aurait dû débourser François Céard pour financer un libraire à temps plein afin de recevoir les représentants chaque mois s’il n’avait pas instauré un code de conduite pour les rendez-vous avec le diffuseur. Désormais gérant de la plus grande librairie de Colmar, il reçoit la visite d’une cinquantaine de représentants chaque mois. "On a limité les délais et les libraires ne s’occupent plus de voir les représentants, je m’en charge. Ensuite, les visites se font obligatoirement hors de la surface de vente pour ne pas troubler l’activité. Enfin, pour garantir un travail efficace, le représentant ne doit pas partir sans que le bon n’ait été validé en intégralité."
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