Les combats de Jérôme Lindon à la BNF | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, le 04.10.2018 à 13h21 (mis à jour le 04.10.2018 à 14h00) Exposition

Les combats de Jérôme Lindon à la BNF

La Bibliothèque nationale de France exposera à partir du 9 octobre une centaine de livres issus de la bibliothèque de celui qui fut directeur des éditions de Minuit de 1948 à sa mort, en 2001.

La Bibliothèque nationale de France (BNF) exposera, à partir du 9 octobre, une centaine de livres issus de la bibliothèque de Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit de 1948 à sa mort, en 2001, et de son épouse, Annette.
 
L'exposition, intitulée "Les combats de Minuit, dans la bibliothèque de Jérôme et Annette Lindon", présentera une sélection tirée de l’ensemble de 900 ouvrages donnés à la BNF par les enfants du couple, Irène, André et Mathieu en 2015, après le décès d’Annette Lindon. Elle esquisse le portrait d’un éditeur combattant, qui entretint des relations privilégiées avec les plus grands écrivains de son temps parmi lesquels Samuel Beckett, dont l’exposition présente des photographies inédites et le manuscrit d’En attendant Godot, mais également Marguerite Duras, Claude Simon ou encore Alain Robbe-Grillet. L’exposition témoigne ainsi des engagements esthétiques et politiques des éditions de Minuit.
 
Jérôme Lindon en 1993. - Photo LAVIEILLE
Jérôme Lindon eut le courage d’éditer des témoignages sur la Shoah, tels La Nuit d’Élie Wiesel ou la trilogie Auschwitz et après de Charlotte Delbo, et de dénoncer, avec le concours de son ami Pierre Vidal-Naquet et au péril de sa maison d’édition, les crimes des autorités françaises pendant la guerre d’Algérie.  Il lutta contre la censure politique mais aussi morale, donnant la parole à des groupes sociaux en quête d’émancipation : prostituées, féministes, homosexuels, etc. Il est par exemple l’éditeur de Monique Wittig, de L’Opoponax au Corps lesbien.
 
L’exposition montrera aussi l’intérêt que l’éditeur avait pour les pensées d’avant-garde comme celles de Gilles Deleuze ou de Jacques Derrida, et le soutien qu’il apporta aux recherches en sciences humaines et sociales en accueillant revues et collections, telles Arguments ou Critique.

Nouvelles formes d'écriture
 
Les combats littéraires de Jérôme Lindon furent également menés de haute lutte. Publier Molloy de Samuel Beckett, découvert en 1951, est une première victoire. Jérôme Lindon veut défendre des formes nouvelles d’écriture, indépendamment du goût du public et des lois du marché. Il est rejoint, dans ce combat, par Alain Robbe-Grillet, l’"inventeur" du Nouveau Roman, qui attire chez Minuit Michel Butor, Prix Renaudot pour La Modification, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Marguerite Duras et Moderato Cantabile, ou encore Claude Ollier, peaufinant l’image avant-gardiste de la maison.
 
Dans leurs envois, les écrivains rendent en général hommage à l’exigence de Jérôme Lindon, à sa lecture attentive et à ses conseils avisés. Pour Jérôme Lindon, seule la vérité de l’écriture compte, mais c’est aussi la passion qui le pousse à publier des ouvrages singuliers dans son catalogue comme par exemple L’évocation du Vieux Paris de Jacques Hillairet ou la collection "Forces vives" presque entièrement consacrée à Le Corbusier.
 
Une génération plus tard, à la suite de Jean Echenoz et dans l’ombre prestigieuse de Beckett, les jeunes auteurs du "nouveau Nouveau Roman", de Jean Rouaud à Jean-Philippe Toussaint, d’Éric Chevillard à Marie N’Diaye, montrent que le modèle voulu par l’éditeur, ce "découvreur de lieux littéraires et limitrophes" salué par Christian Oster, est toujours vivant.
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