La colline a des yeux. L'autrice est discrète mais son entrée dans le monde du roman noir a pourtant provoqué un joli séisme, ponctué d'emblée par un mérité Grand Prix de littérature policière 2025 pour Les saules (Seuil), plus sournois que pleureurs. Comme la Marie des Saules, Monroe est enceinte, à 17 ans. Soit neuf mois de grossesse qui feront tanguer sa vie entre campagne âpre mais protectrice et cités rennaises à cran. L'effroyable découverte d'un nouveau-né, abandonné dans un container à ordures citadines, lance un autre roman à la fois choral et mosaïque, avec flash-back et procès-verbaux pour rythmer l'ignominieux. Les drames ruraux et urbains s'enchaînent « plus sombres que le ciel breton avant l'orage » sur quatre générations : de Marie-Louise, l'arrière-grand-mère faiseuse d'anges, à Madeleine, la grand-mère guérisseuse et bienveillante, d'Anna, la mère aussi absente qu'abominable, à Monroe, toutes « filles perdues » comme statuait l'opprobre d'un temps pas si révolu. Ponctués cette fois par un peu de gouaille souriante inoculée à certains narrateurs en contrepoint d'un récit glaçant et dramatique, toujours aussi modestes dans la forme et virulents dans le fond, les mots de Mathilde Beaussault dessinent une « colline » à la fois terre vallonnée et ventre qui s'arrondit, tous deux aux prises avec ceux qui n'aiment voir pousser ni les arbres ni les enfants. C'est d'une absolue cruauté mais d'une poignante humanité, entre terre et béton, entre le besoin de racines et les risques de s'en affranchir.
La colline
Seuil
Tirage: 0
Prix: 19,90 €
ISBN: 9782021602302
