Organisée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication en partenariat avec la Wilaya, la Région et la Commune de Rabat, la 31e édition du SIEL s’est déroulée à l’OLM Souissi du 1er au 10 mai. Le prince héritier Moulay El Hassan s’y est déplacé le 30 avril pour l’inaugurer, accompagné du ministre marocain de la Culture, Mohamed Mehdi Bensaid, et de son homologue française, Catherine Pégard. Cet évènement incontournable se tient depuis cinq ans à Rabat, « Ville lumière » promue par le roi Mohammed VI comme une place forte de la culture en Afrique, et non plus à Casablanca où il a vu le jour en 1987.
Une affluence sans précédent
Avec 321 exposants directs (188 éditeurs entourés d’ambassades, d’institutions, d’universités, de librairies, de distributeurs ou d’associations) venus de 61 pays, essentiellement du monde arabe et de l’Afrique, et plus de 200 rencontres organisées, le SIEL 2026 était placé sous le thème d’Ibn Battûta, explorateur marocain qui a porté, au XIVe siècle, une vision du monde fondée sur la paix au-delà des frontières, des cultures et des langues.
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L’espace jeunesse, conçu avec le soutien de la Fondation Saint-Exupéry pour la Jeunesse comme un parcours interactif dédié au Petit Prince, s’est articulé avec une programmation propice au voyage et au vivre-ensemble. « Le fil conducteur de cette édition est la littérature mondiale au Maroc, et le Maroc dans les littératures du monde », explique Ghyslaine Derrous, commissaire du SIEL. La directrice du Livre, des Bibliothèques et des Archives au ministère de la Culture se félicite de l’affluence sans précédent de 502 000 visiteurs à cette édition du salon qui coïncidait, pour la première fois, avec les vacances scolaires.
La France à l'honneur
Après le Maroc à l’honneur au Festival du Livre de Paris en 2025, la France était à l’honneur du SIEL cette année, avec son pavillon de 165 m2 comprenant une scène, un espace pour les ateliers et une librairie partenaire, LivreMoi, dans un contexte de réchauffement diplomatique favorable au déploiement d’une vaste coopération bilatérale dans laquelle le livre occupe une place importante.
Le Pavillon de la France au SIEL.- Photo JUDITH ORIOLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
La programmation grand public, pensée avec et pour la jeunesse, en écho à la thématique de la saison culturelle de l’Institut Français du Maroc, s’est déclinée en ateliers, en rencontres avec une quinzaine d’auteurs – de Morgane Moncomble à Timothée de Fombelle en passant par Valentine Goby ou Soundouss Chraïbi – et en proclamations de prix comme la 4e édition du Choix Goncourt du Maroc décerné à Nathacha Appanah pour La Nuit au cœur (Gallimard). Annie Ernaux, Prix Nobel de Littérature 2022, s’est exprimée devant des salles combles. Émue à l’issue de sa première rencontre, elle a remercié les jeunes réunis pour ce moment suspendu pendant lequel elle a pu « véritablement rencontrer le Maroc ».
Annie Ernaux sur scène au SIEL. - Photo JUDITH ORIOLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Mieux connaître le marché pour « augmenter le nombre de cessions »
Rencontrer le Maroc, c’est aussi ce que sont venus faire la trentaine de professionnels français, acteurs institutionnels ou éditeurs, invitée dans le cadre d’une programmation sur les enjeux de l’écosystème du livre. Parmi eux, Lucie Campos, directrice de la Villa Gillet, qui lance un premier appel à candidatures de mentorat littéraire au bénéfice de jeunes voix marocaines ; Géraldine Prévost, responsable du Pôle Livre et Édition de l’IF venue restituer l’expérience vertueuse du programme « Livres des deux rives » qui s’achève en 2026 ; Gaëlle Bohé, directrice de la Fontaine O Livres qui a animé une Fresque du Livre adaptée au contexte marocain ; ou Régine Hatchondo, présidente du CNL, entendue dans une rencontre sur les pratiques de lecture des jeunes dans les deux pays.
Atelier "La Fresque du Livre" animé par Gaëlle Bohé, directrice de la Fontaine O Livres.- Photo JUDITH ORIOLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Elsa Misson, responsable des cessions de droits de Denoël, se rendait pour la première fois au Maroc. Elle a récemment signé deux contrats avec les éditions Le Fennec, l’un pour les droits en langue française de plusieurs titres de Driss Chraïbi dont le centenaire est célébré en 2026, l’autre pour les droits en langue arabe de Y a-t-il des leçons de l’Histoire ? d’Edgar Morin : « Je souhaite mieux connaître les éditeurs au Maroc pour y augmenter le nombre de cessions, notamment en français. » Une des clefs pour contribuer à l’accessibilité du livre français au Maroc.
Autant de débats qui ont ouvert les horizons des intervenants français et nourri les réflexions des professionnels marocains qui, sur le terrain, s’emparent courageusement de sujets qu’il leur faudra encore porter à un niveau politique, de la structuration de la chaîne du livre à la lutte contre le piratage ou à l’encadrement du prix du livre.
Toutefois, ces échanges se sont déroulés avec les seuls acteurs déjà convaincus et mobilisés, en l’absence des institutions marocaines qui devront encadrer, labelliser, légiférer pour protéger toute une filière en demande de régulation, dans une période à la fois favorable car portée par l’enthousiasme de Rabat, Capitale mondiale du livre, et défavorable à cause des élections législatives prévues en septembre prochain qui rebattront les cartes en même temps que le gouvernement.



