Quand le masculinisme gagne du pouvoir, la littérature contre-attaque. Sur la trentaine d’ouvrages d'imaginaire lus pour notre rayon consacré aux littératures de l'imaginaire, absolument tous avaient un propos féministe. Dans Blood over bright haven (Calix), M.L. Wang raconte le plafond de verre qu’a dû affronter son héroïne devenue « première femme haut mage ». Le thriller technologique Un rêve dans un rêve de Ken Liu (le Bélial) peut être lu sous le prisme de la libération de deux femmes, comme le réussi Magie d’encre d’Emma Törzs (Folio fantasy).
Bragelonne lance à partir d’octobre une série female rage Fille des corbeaux de Mark Lawrence. Dans le recueil de nouvelles Elles rêveront dans le jardin de Gabriela Damian Miravete (Rivages imaginaire), la SF et le fantastique permettent de révéler les atrocités subies par les Mexicaines sur des générations. Tandis que dans L’oiseau qui boit des larmes (au Rayon imaginaire), Young-do Lee imagine une société matriarcale avancée maltraitant les mâles… qui le rendent bien.
Moins cruel : le très attendu quatrième volet de la saga Assistant to the Villain d'Hannah Nicole Maehrer ou le cosy fantasy automnale Au puzzle enchanté de Betty Piccioli, tous deux chez Calix. « Moderne, féministe et dans l’univers des casse-tête, une tendance incontournable du marché », décrit leur éditrice française Florence Lottin.
Réécrire la mythologie
Autre grande tendance des autrices comme des auteurs : apporter un contre-récit aux classiques patriarcaux, comme T. Kingfisher (Verso), qui apprend non pas à épouser mais Comment tuer un prince (chez Verso, Prix Hugo du meilleur roman en 2023). Dans Hécate la sorcière (Le Rayon imaginaire), Nikita Gill complète la mythologie grecque par un regard féministe. Comme Victor Fleury dans Tu ne sais rien de la guerre de Troie (Critic, 2026). Dans Le Chant des déesses (Hauteville, 2023), Claire North donne la parole à Héra remontée contre les hommes, comme Jennifer Sain dans un portrait de la reine des déesses, female rage éponyme publié par Sabran en avril.
Tel que le préface Morgane Stankiewiez dans Eros macabre (Goater), recueil de textes à la misandrie éhontée et souvent drôlissime, « Donnons une place à ce qui n'en a pas, montrons - monstrons - ce qui nous habite, ce dont le patriarcat exige que nous ayons honte, et vomissons-le-lui à la figure dans un rire-cri. Il y a du dégoût et de la peur, dans ces œuvres, mais surtout la joie d'être soi et de reconquérir des terres défrichées, de les faire refleurir dans un tendre sacrifice, pour s'y baigner avec délice… »
La ligne éditoriale de Goater est de « ne plus faire de la SF à la Papa », nous résume Antoine Mottier, directeur de la collection Rechute, qui vise à « donner la parole aux minorisés, à dire ce qu’est la différence ».
En créant une nouvelle langue, comme l’avait imaginé dans les années 1980 Suzette Haden Elgin dans Langue natale, que Mnémos a publié en août. Tandis qu’Au diable vauvert prépare pour 2027 La Princesse, la sorcière et la putain, de Sandrine Proget, décrit par l'éditrice Marion Mazauric comme une « fantasy féministe qui devrait intéresser toutes les lectrices de romantasy. Sans mecs, elles tracent leur chemin très bien ! »